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Présenté, lors du dernier festival Lumière à Lyon, au cours d’un hommage à Anna Karina, Vivre ensemble — écrit, joué, réalisé et produit par la comédienne en 1973 — ressort en salles grâce à Malavida Films.

 

 

Quand elle décide de tourner son premier film en tant que réalisatrice, la muse de Godard a entamé une carrière internationale. On l’a vue devant les caméras de Luchino Visconti (L’étranger, 1966), Guy Green (The Magus, 1968), J. Lee Thompson (Avant que vienne l’hiver, 1968), Volker Schlöndorff (Michael Kohlhaas, 1969), George Cukor (Justine, 1969), Tony Richardson (La chambre obscure, 1969), Hans Geissendörfer (Carlos, 1971) , Lee H. Katzin (Notre agent à Salzbourg, 1972) et elle s’apprête à tourner dans Pain et chocolat (1973) de Franco Brusati quand elle attaque Vivre ensemble. Ce qu’elle désire, visiblement, c’est retrouver cette liberté si présente dans les films de JLG et montrer le monde tel qu’il est, ce qui donne parfois à Vivre ensemble des allures de documentaire. Le Paris d’après 68 et le New York de la contestation anti-guerre au Vietnam, avec ces jeunes qui s’emparent de Central Park, ne sont pas des décors mais les réels personnages de cette histoire d’amour contrariée entre une jeune femme bohème, Julie (Anna Karina), et un prof petit-bourgeois, Alain (Michel Lancelot).

 

 

Tandis que l’une va progressivement mûrir et prendre des responsabilités, l’autre va sombrer dans une dépression entretenue grâce à l’alcool et la drogue. Car, pour vivre avec Julie, Alain va quitter sa femme et son boulot. Pour apprendre bien vite, malgré un voyage à New York, qu’on vit difficilement d’amour et d’eau fraîche. Chronique amère liée à son époque, Vivre ensemble offre de belles vues de Paris et New York et, surtout, un portrait acerbe d’une jeunesse paumée. Qu’est-ce que la liberté, semble s’interroger Anna Karina, quand l’un fait ce qui lui plaît mais qui déplaît à l’autre ? Quand l’alcool et le désœuvrement amènent les coups ? Certaines séquences deviennent d’ailleurs très dures, à la limite du supportable. Ce sont des gens qui s’aiment, certes, mais, comme le chante Ferré dans Madame la Misère, « traînant des mots d’amour avalant les insultes/ Et prenant par la main leurs colères adultes ».

 

 

Dans ce face-à-face qui se déroule sous les regards attentifs de Buster Keaton et des Marx Brothers (les affiches qui ornent la chambre de Julie), Anna Karina incarne une femme tout à la fois attirante et agaçante qui va s’assagir, tandis que Michel Lancelot, très coincé au départ, va sombrer dans le sordide. Le film est une belle occasion de revoir ce journaliste tombé aujourd’hui dans l’oubli (il est décédé en 1984), qui donna quelques heures de gloire à la radio (avec Campus, une émission dans la mouvance libertaire de 68) et à la télé. Oscillant, en tant que critique, de Combat à Minute, qualifié parfois de « beatnik fasciste », Michel Lancelot était devenu le chantre de la contre-culture, célébré par Léo Ferré et tant d’autres. Ce charisme dont il faisait preuve est mis en scène dans Vivre ensemble par celle qui était alors sa compagne. Et le film prend des allures de document sensible et intelligent.

Jean-Charles Lemeunier

 

 

Vivre ensemble
Année : 1973
Origine : France
Réal. et scén., prod. : Anna Karina
Photo : Claude Agostini
Musique : Claude Engel
Montage : Andrée Choty, Françoise Collin
Durée : 93 min
Avec Anna Karina, Michel Lancelot, Monique Morelli, Bob Asklof, Jean Aurel…

Malavida Films ressort « Vivre ensemble » en salles le 14 février 2018.

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