Home

les-collines-nues-jaquette

Un western de plus, pourrait-on penser à l’annonce de la sortie chez Artus Films de The Naked Hills (1956, Les collines nues) de Josef Shaftel ? Oui mais pas seulement car, pour routinier qu’il puisse paraître, le film présente l’avantage certain d’être produit par Allied Artists, studio en tête de gondole des productions fauchées hollywoodiennes, à peine battu par Monogram et PRC. Et donc d’être différent de ce que l’on a l’habitude de voir.

À l’origine, Allied Artists fut créé au sein de Monogram Pictures en 1946 pour financer des films un peu plus prestigieux que ceux habituellement tournés en quatrième vitesse par Jean Yarbrough et consorts. Au cours des années cinquante, la firme affichera à son palmarès les noms de Don Siegel, Jacques Tourneur ou Phil Karlson, y compris celui de l’oscarisé William Wyler.

les-collines-nues-barton-wayne-wynn

James Barton, David Wayne et Keenan Wynn

L’originalité des Collines nues est que le scénario de Shaftel, inspiré d’une histoire de Helen S. Bilkie, traîne ses personnages sur une longue période. Et que ceux-là n’ont pas les atours habituels des héros hollywoodiens. Au tout début du film, deux amis, Tracy Powell (David Wayne) et Bert Killian (Denver Pyle) quittent leur Indiana natal pour aller chercher fortune en Californie. Nous sommes en 1849, époque de la ruée vers l’or et cette fièvre contagieuse va contaminer le pauvre Powell. Il va se défaire de son ami, s’acoquiner avec deux malfrats (Keenan Wynn et Jim Backus), tomber amoureux (de Marcia Henderson), devenir l’ami d’un vieux chercheur d’or (James Barton), s’enrichir, tout perdre, chercher à nouveau… Le récit emprunte les styles de nombreux films sans jamais s’y attarder, lui donnant toute son originalité. L’arrivée des deux amis dans ce qu’ils pensaient être une ville et n’est qu’un campement de fortune ressemble à celle de James Stewart dans The Far Country (1953, Je suis un aventurier) d’Anthony Mann, situé pendant la ruée vers l’or du Klondike. Son amitié avec le vieux prospecteur renvoie forcément au duo Humphrey Bogart/Walter Huston du Trésor de la sierra Madre (1946) de John Huston. Mais les personnages ne sont pas sacrifiés et David Wayne a le mérite de composer un aventurier pas très sympathique, habité par un désir d’or qui le fait délaisser ses amis, sa femme et son fils. Marcia Henderson est, quant à elle, le contraire d’une potiche. Elle soutient la maison, fait bouillir la marmite, élève seule son fils sans jamais plonger dans la haine pour celui qui l’abandonne plusieurs fois tout au long de ces années.

Denver Pyle, David Wayne et Marcia Henderson

Denver Pyle, David Wayne et Marcia Henderson

Il y a encore les méchants, représentés par le duo Wynn/Backus. Comme on les retrouve eux aussi de loin en loin sur une longue période, on se rend compte que l’un des deux n’est pas aussi mauvais et que l’autre, filou parmi les filous, est devenu banquier. Pour un pays qui croit dur comme fer au dieu dollar, c’est étonnant ! Car s’il fallait placer en avant une des qualités du scénario, ce serait la distance qu’il met entre le sujet et sa représentation. Atteints de la fièvre de l’or, nous dit-on dès l’ouverture, les hommes se sont mis à creuser la montagne comme autant de fourmis. La caméra suit ces insectes qui perdent peu à peu toute humanité, sans commisération, les regardant gratter sans jamais pouvoir s’arrêter des collines dont le titre-même nous annonce qu’elles sont nues. Et que tout cela est à perte.

Un mot enfin sur Josef Shaftel qui, il faut bien l’avouer, est loin de posséder une renommée internationale. Alors, grâce aux sites habituels (wikipedia, Imdb), on apprend qu’il fut essentiellement producteur, qu’il mit des sous dans une adaptation de Simenon avec Claude Rains (L’homme qui regardait passer les trains en 1952). Qu’il dirigea coup sur coup deux films, No Place to Hide en 1955 et les présentes Collines l’année suivante. Et qu’il redevint ensuite producteur et, éventuellement, scénariste. Ses titres de gloire : la série des Incorruptibles avec Robert Stack et L’assassinat de Trotsky de Losey.

Jean-Charles Lemeunier

 

 

Les collines nues
Année : 1956
Titre original : The Naked Hills
Pays : États-Unis
Réalisateur : Josef Shaftel
Scénario : Josef Shaftel d’après Helen S. Bilkie
Photo : Frederick Gately
Musique : Herschel Burke Gilbert
Montage : Gene Fowler Jr
Avec David Wayne, Keenan Wynn, James Barton, Marcia Henderson, Jim Backus, Denver Pyle…
Les collines nues, sorti en DVD chez Artus Films le 24 janvier 2017.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s