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On ne le dit jamais assez : les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes. Prenons l’exemple de cette Pagode en flammes (1942) que ESC sort en DVD dans une version restaurée haute définition. Épargnons d’ores et déjà nos larmes sur l’absurdité du titre français, qui transforme cette China Girl en Pagode en flammes, preuve que le traducteur ne s’est vraiment pas foulé. Chinoise, l’héroïne incarnée par la sublime Gene Tierney l’est, au grand dam de l’olibrius qui la drague (George Montgomery). À cette époque, le réalisateur Henry Hathaway a quitté la Paramount, au sein de laquelle il a signé plusieurs chefs-d’œuvre (Les trois lanciers du Bengale, Peter Ibbetson), pour la Fox. À première vue, ce China Girl paraît bien routinier et plutôt faiblard en comparaison des films Paramount de Hathaway et de ceux qu’il signera après-guerre à la Fox, tels les fameux Kiss of Death (1947, Le carrefour de la mort) ou Niagara (1953), avec Marilyn.Et pourtant, pourtant…

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Il n’y a aucun doute là-dessus, China Girl est un film bavard qui contient de longs tunnels dialogués — pourtant par Ben Hecht. Malgré tout, quelle force dans certaines séquences, à commencer par celles qui ouvrent le film et qui montrent l’évasion de trois Américains (Montgomery, Victor McLaglen et Lynn Bari) d’un camp japonais. Plus tard encore, on note cette scène stupéfiante d’enfants chinois dans une école qui doivent subir sans broncher un bombardement, tandis que leur maître (Philip Ahn, l’un des futurs pédagogues du petit scarabée David Carradine dans la série Kung Fu) leur enseigne la sagesse orientale.

Dans ces deux exemples, mais à plusieurs autres reprises également, Hathaway nous livre une belle leçon de mise en scène. Il faut voir ces Chinois, qui vont être fusillés de dos par les Japonais, et qui se retournent pour faire face à la mort. Ou ces enfants apeurés par les secousses d’un bombardement et qui reviennent sagement s’assoir à leurs pupitres d’écoliers dans l’attente d’une mort quasiment certaine. En ce qui concerne l’évasion du début, le cinéaste joue avec les clichés et l’habituelle facilité hollywoodienne qui fait que les héros se sortent toujours des pires épreuves. Hathaway utilise cette facilité et se joue d’elle ensuite, nous faisant comprendre combien il nous a trompés. Tout au long du film, ses images démentent et démontent le récit. Parfois, c’est un gag, comme lorsque le gamin promet au héros de veiller sur son sommeil et que la caméra le surprend profondément endormi au petit matin. D’autres fois, c’est pour mieux perdre le spectateur, de la scène initiale au baiser échangé avec Lynn Bari, si bien que l’on se met à douter : pour laquelle des deux femmes le cœur du héros balance-t-il, d’autant plus que nous sommes à une époque où il ne faut pas chatouiller de trop près la censure, sous peine de la voir gigoter et envoyer tout valdinguer cul par-dessus tête, c’est-à-dire dans les poubelles de la salle de montage.

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Gene Tierney est, bien entendu, au centre du film et c’est vers elle que tendent tous les regards. Hathaway la soigne, secondé par son chef op’ Lee Garmes. Rien d’étonnant, c’est lui qui a photographié tous les grands Sternberg époque Paramount et qui a travaillé aussi, avec quelques autres, sur Duel au soleil ou Autant en emporte le vent. Les images de China Girl sont très belles, qui jouent sur les ombres et lumières et sur la douceur du visage de l’actrice. David Bowie pensait-il à Gene quand il chantait « Quand je regarde ma China Girl, je pourrais croire que rien n’a vraiment d’importance » ? Face à elle, George Montgomery est assez insignifiant. Cet ancien cascadeur cantonné aux séries B de la Fox n’a d’ailleurs jamais vraiment convaincu qui que ce soit. Victor McLaglen, Lynn Bari, Sig Rumann et Tom Neal donnent ce que l’on attend eux et celui qui tire le mieux son épingle du jeu est le petit Robert Blake, qui joue le gamin qui accompagne Montgomery et Tierney. Il connaîtra par la suite plusieurs hauts (ses rôles dans le formidable De sang froid de Richard Brooks, inspiré du livre de Truman Capone, la série Baretta ou le Lost Highway de Lynch) mais aussi des bas (l’accusation d’assassinat de sa femme en, dont il est finalement lavé en 2005).

Jean-Charles Lemeunier

La pagode en flammes
Titre original : China Girl
Origine : Etats-Unis
Date : 1942
Réal. : Henry Hathaway
Scénario : Ben Hecht d’après une histoire de Darryl F. Zanuck (sous le nom de Melville Crossman)
Photo : Lee Garmes
Musique : Hugo Friedhofer
Montage : James B. Clark
Production : Twentieth Century Fox
Avec Gene Tierney, George Montgomery, Victor McLaglen, Lynn Bari, Robert Blake, Sig Rumann, Alan Baxter, Myron McCormick, Philip Ahn, Tom Neal…
DVD édité par ESC Conseils le 2 novembre 2016.

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