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Untamed, titre original de Tant que soufflera la tempête (1955) de Henry King que ESC Conseils édite en DVD (version restaurée en haute définition) dans sa collection Hollywood Legends Premium, se réfère tout autant à l’héroïne du film qu’au pays où elle va vivre. Untamed signifie insoumis et l’Afrique du sud, où débarquent Susan Hayward et son mari fuyant la famine irlandaise au milieu du XIXe siècle, l’est et la jeune femme également. Écartée du casting d’Autant en emporte le vent en 1939, l’actrice prend ici sa revanche sur Scarlett O’Hara. Comme la jeune femme incarnée par Vivien Leigh dans le classique du film romantique, la rousse Susan Hayward ne s’en laisse pas compter et passe volontiers d’un homme à l’autre, même si en réalité elle n’en aime qu’un seul, Tyrone Power.

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Acteur fétiche de Henry King avec qui il a tourné pas moins de 11 films, ce dernier incarne une sorte de ranger qui, à la tête de ses commandos, lutte pour la naissance de l’État libre d’Orange. Plus apte à partir au combat qu’à roucouler auprès d’une femme, il rendra d’autant plus mouvementée la vie de sa chérie que les péripéties, qu’elles soient guerrières ou naturelles, surviennent régulièrement dans ce pays sauvage. Tant que soufflera la tempête est bien évidemment un western en Cinemascope, comme aimait en tourner la Twentieth Century Fox à l’époque, qui a beau se dérouler dans une contrée qui n’a rien à voir avec l’Ouest américain, en conserve toutefois tous les attributs : des paysages arides qu’il faut traverser en chariots comme les pionniers américains, des tribus sauvages contre lesquelles il faut se battre, des maisons en bois que l’on construit au milieu de nulle part, des bals où beaux officiers et belles dames virevoltent, des hommes qui se disputent âprement le cœur d’une dulcinée, etc.

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Sitôt arrivée en Afrique du sud, Susan Hayward et son mari se joignent donc à une caravane de pionniers qui quittent Le Cap pour aller conquérir de nouvelles terres. Les historiens nomment cette quête le Grand Trek et les chariots disposés en cercle (laager) subissant l’attaque des Zoulous ressemblent à ce que nous ont montré de nombreux westerns. Curieusement, le film évoque une bataille célèbre, celle de la Blood River, sans vraiment entrer dans les détails alors qu’elle aurait pu être le sujet du film. Dans la réalité, en 1837, les chefs Boers tentèrent de négocier la paix avec les Zoulous. 70 hommes se rendirent au camp indigène sans armes, selon la volonté des Zoulous, et furent massacrés. Puis le reste de la caravane, essentiellement composée de femmes et d’enfants, subit le même sort. Un an après, les Boers revinrent se venger et exterminèrent à moins d’un millier quelque 3000 Zoulous, teintant de leur sang une rivière. La bataille fut désignée sous le nom de Blood River. En 1955, à l’époque où King tourne son film, les mentalités commencent à changer et le cinéma montre comment les Blancs ont trahi la confiance des Indiens qui, après tout, étaient chez eux. Les Zoulous étaient dans le même cas et un film ne pouvait se permettre de les accabler, d’autant que, parmi les scénaristes de Tant que soufflera la tempête, on trouve les noms de Michael Blankfort, qui servit de prête-nom à Albert Maltz pendant le maccarthysme pour le western pro-Indien La flèche brisée (1950), et de Talbot Jennings. Lequel, tout au long de sa carrière, des Révoltés du Bounty (1935) à Au-delà du Missouri (1951), n’a cessé de raconter des amours inter-raciales. Les Zoulous sont donc dépeints ici comme de vaillants guerriers, sans que la caméra ne s’attarde vraiment sur eux.

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Curieusement, le thème du racisme est évité tout au long du film. Or, Tyrone Power et ses commandos n’ont de cesse de vouloir se séparer des Anglais pour créer leur propre état boer. Historiquement, les Boers refusaient l’égalité des races que voulaient leur imposer les Britanniques et l’on sait parfaitement — ce qui n’était un secret pour personne en 1955 — que les Afrikaners, représentés dans le film par Power et ses rangers, ont plus tard créé l’apartheid. Visiblement, King ne s’intéresse qu’à la fresque (et son film en est une belle), délaissant ce qui aurait dû devenir le vrai sujet. Plusieurs belles scènes sont à mettre au crédit du cinéaste. Celle du Trek et de l’attaque des Zoulous, bien évidemment. Mais aussi ce remarquable duel au fouet entre Tyrone Power et Richard Egan pour les beaux yeux de Susan Hayward. Pas du tout négligeable, la séquence de la tempête est malgré tout en-deçà de celle déjà vécue par Ty Power en 1938 dans Suez, tourné pour le même studio de la Fox par Allan Dwan. Mais ce que l’on retient surtout de ce film, très regardable, c’est la place qu’y tiennent les femmes et la liberté qu’elles montrent dans leur sexualité. Ainsi Susan Hayward, qui rencontre Tyrone Power en Irlande et tombe immédiatement amoureuse de lui mais qui épouse John Justin aussitôt après le départ du premier. Elle vivra tour à tour auprès de Power et d’Egan, lui-même acoquiné à la belle et farouche Rita Moreno, qui ne se prive pas de montrer que Egan est son homme. Ces femmes et toutes celles qui croisent leur route, dont l’immense Hope Emerson, tant par le talent que par la taille (1,88 m), ont toutes besoin d’un mari pour mener l’aventure mais savent tout aussi bien s’en passer quand ceux-ci sont défaillants.

Là encore, peut-être une caractéristique de la Fox des années 50, comme cela apparaît déjà dans L’homme au complet gris dont nous avons déjà parlé, le scénario de Tant que soufflera la tempête est assez relâché, pas du tout centré sur une seule action. Cela aurait pu être la conquête d’une terre nouvelle et l’histoire d’amour entre Susan Hayward et Tyrone Power. Mais Hayward se construit une maison, puis l’abandonne et va vivre au Cap, puis est ruinée et part chercher des diamants. Les épisodes s’enchaînent, pas forcément liés. Ils sont bien sûr tous conditionnés par les retrouvailles (ou non) du couple vedette. Et mènent vers la conclusion le spectateur sans que celui-ci s’ennuie le moins du monde.

Jean-Charles Lemeunier

« Tant que soufflera la tempête » de Henry King, édité en DVD par ESC Conseils le 2 novembre 2016. Nouveau master en haute définition.

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