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Dans la collection de DVD Hollywood Legends Premium, mise en vente par ESC Conseils dans des versions restaurées en haute définition, on retrouve trois films interprétés par Gregory Peck : David and Bathsheba (1951, David et Bethsabée) de Henry King, The Man in the Grey Flannel Suit (1956, L’homme au complet gris) de Nunnally Johnson et The Chairman (1969, L’homme le plus dangereux du monde) de J. Lee Thompson, ce dernier tourné en Grande-Bretagne (et à Taïwan) et tous trois battant pavillon de la Twentieth Century Fox.

Ce qui est curieux dans les deux premiers, produits à une époque où le code de censure très puissant dictait ce que l’on pouvait montrer ou pas à l’écran, c’est qu’ils traitent tous deux d’une histoire d’adultère. Un sujet très mal vu par les puritains à la tête du Code Hays. Pourtant, David et Bethsabée est entièrement centré sur ce problème de l’adultère. Non seulement le roi David (Gregory Peck) assiste à la lapidation d’une femme adultère et montre son désaveu d’une telle pratique, mais il va tomber fou amoureux d’une femme mariée (Susan Hayward), alors que lui-même l’est également. Ce double adultère biblique va bien sûr entraîner quantité de problèmes mais, à aucun moment, Henry King semble juger la passion de ses deux héros ni la condamner. Il est d’ailleurs étonnant qu’un film consacré à David ne soit pas axé sur son célèbre combat contre le géant Goliath. Ici, le Philistin coriace n’apparaît que lors d’un flashback, incarné par le Lithuanien Walter Talun, haut de 2,18 m si l’on en croit internet. Et donc l’histoire avec Goliath n’interfère pas du tout dans la passion amoureuse qui lie les deux héros. Elle est juste rappelée pour dire qu’on ne l’a pas oubliée.

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L’intérêt de David et Bethsabée, l’un des premiers films américains à remettre le péplum au goût du jour après le Samson and Delilah (1949, Samson et Dalila) de Cecil B. DeMille, est de montrer un homme seul, ici un souverain, s’opposant à la foule et même au prophète Nathan (Raymond Massey) qui la dirige. Un souverain pourtant mythique dont le spectateur est amené à douter, suite à certaines de ses prises de position. Surtout en ce qui concerne Urie (Kieron Moore), le mari de Bethsabée. Ce scénario de Philip Dunne, mettant en scène un héros solitaire en lutte contre tous les autres, va devenir l’un des schémas récurrents du cinéma hollywoodien des années cinquante, que reprendra Carl Foreman dès l’année suivante avec Gary Cooper dans High Noon (1952, Le train sifflera trois fois). Sobre comme il l’est toujours, Gregory Peck est, suivant les séquences, à la fois tendre ou calculateur, juste ou partial, passionné ou indifférent face à une Susan Hayward flamboyante. Sobre, la mise en scène l’est tout autant qui ne recherche pas les habituels effets spéciaux qui firent la gloire de DeMille et de tous ceux qui se frottèrent au péplum. A peine y glisse-t-il un zeste d’érotisme avec le bain de Bethsabée maté depuis sa terrasse par ce voyeur de David et la danse lascive de Gwen Verdon.

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Ecrit et réalisé par Nunnally Johnson, scénariste de John Ford, L’homme au complet gris pèche curieusement par… son scénario. Comme si Johnson avait voulu trop en dire ou comme si, hésitant sur ce qu’il voulait raconter – il se basait pourtant sur un récit de Sloan Wilson -, il avait tout à la fois signé une comédie familiale, un film de guerre, une histoire d’amour, un mélo sur l’adultère, une étude sur le monde de l’entreprise, un drame…  sans jamais se ranger dans un genre ou dans l’autre.

Campant un type assez fade, digne du complet gris du titre, Gregory Peck ne semble avoir aucune ambition, si ce n’est celle d’écouter sa femme et de lui faire plaisir. Cette dernière est incarnée par Jennifer Jones, à cent lieues du personnage qu’elle interprétait dix ans auparavant, face au même Peck, dans Duel in the Sun (1946, Duel au soleil). L’intrépide sang mêlé qui vouait à Gregory Peck autant d’amour que de haine est devenue une épouse rangée, un peu contraignante, souvent rigide face à ses trois enfants. Le début de L’homme au complet gris est une vraie réussite de comédie familiale avec ses petits drames traités d’une façon très sérieuse, comme cette belle séquence où le jeune fils de la famille, âgé d’une dizaine d’années, décide de quitter le domicile parce que sa mère lui interdit d’accueillir le chien dans son lit.

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Puis Johnson change de direction et amène, par quelques flashbacks assez superficiels, une deuxième histoire : celle de la vie militaire du héros, de la perte de ses amis au combat, du moment où il a dû terrasser un ennemi. Et de l’histoire d’amour qu’il a connue avec une jolie Italienne (Marisa Pavan). Notre Greg reprend allègrement la même indifférence qu’il montrait dans David et Bethsabée face à l’adultère. Pour filmer ces séances d’amour entre le soldat américain et l’Italienne, Johnson prend des risques. Les deux amants évoquent sans broncher la femme de Peck restée au pays (shocking !) et se retrouvent allongés sur le même canapé, dans une maison en ruines, à s’embrasser alors que le code de censure interdit de montrer un couple dans un lit (re-shocking !). Puis le cours de l’histoire est repris là où on l’avait laissé avant le flashback. Peck évolue alors dans le monde de l’entreprise et tout cela fait penser à Executive Suite (La tour des ambitieux), sorti deux ans plus tôt, d’autant plus que Fredric March, qui joue ici le patron de Peck, est présent dans les deux films. Johnson se paie ensuite une parenthèse et évoque le drame familial que vivent Fredric March et son épouse (Ann Harding) face à leur fille (Gigi Perreau). Un autre drame va se jouer entre Gregory Peck et Jennifer Jones quand cette dernière apprend la trahison de son époux pendant la guerre. Tous ces segments d’histoire, réunis somme toute d’une manière assez artificielle, pourraient à eux seuls nourrir des films complets. Le choix de Johnson, et sans doute de Wilson, de les mener de front font de cet Homme au complet gris un film somme toute étrange, déséquilibré mais toujours attachant. Avec, cerise sur le gâteau, une musique de Bernard Herrmann.

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Treize ans plus tard, avec L’homme le plus dangereux du monde, on retrouve Peck dans un récit d’espionnage là encore pas tout à fait conforme à la norme. Les traits ont vieilli et se sont durcis, le cheveux est plus long, la concentration moins présente, comme si l’acteur ne se pensait pas crédible dans le rôle. Ce Chairman, qui donne son titre original au film, c’est le président chinois Mao Zedong, joué par Conrad Yama. L’homme le plus dangereux du monde, c’est tout à la fois lui mais aussi le scientifique américain joué par Gregory Peck et chargé de retrouver son homologue chinois (Keye Luke) dont la découverte, une enzyme révolutionnaire, permettrait de cultiver n’importe quelle terre aride.

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Dangereux, Peck l’est puisque les services secrets qui l’ont envoyé en Chine – à la fois américain, anglais et soviétique – lui ont implanté une bombe dans le cerveau, qui peut péter à tout moment. En 1969, le temps a fait son œuvre et l’adultère commencé (mais interrompu avant son terme) entre le héros et une jolie espionne chinoise (Ziena Merton) ne fait plus frémir personne. En revanche, J. Lee Thompson, le réalisateur, et son scénariste Ben Maddow (inscrit sur la liste noire pendant la chasse aux sorcières) sont beaucoup plus gonflés en montrant les Soviétiques sous un jour meilleur que les Américains – est-ce parce qu’il est lui-même Britannique ? – et en filmant un match de ping pong mémorable entre Gregory Peck et Mao. Thompson a du flair, pour ne pas dire qu’il est visionnaire, car ce qu’on a appelé « la diplomatie du ping pong » entre les Etats-Unis et la Chine n’a démarré qu’en 1971. Il prend en outre un part pris insolent pour l’époque en montrant un Mao somme toute sympathique et plus ou moins dépassé par ses gardes rouges, comme le scientifique américain humaniste l’est par les services secrets qui l’emploient. Le cinéma commence à se méfier de la CIA, ce qui sera flagrant quelques années plus tard avec des films comme Three Days of the Condor (1975, Les trois jours du Condor) de Sydney Pollack.

Jean-Charles Lemeunier

David et Bethsabée, L’homme au complet gris et L’homme le plus dangereux du monde édités en DVD par ESC Conseils dans la collection Hollywood Legends Premium depuis le 2 novembre 2016. Nouveaux masters en haute définition.

 

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