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Après nous avoir donné il y a quelques mois des nouvelles de Dracula, de ses fils et fille et de sa maison, avec des sequels réalisées à la Universal dans les années trente et quarante, voilà qu’Elephant met sur le marché deux aventures de loups-garous (Le monstre de Londres et She-Wolf of London) et deux suites de L’étrange créature du lac noir : La revanche de la créature et La créature est parmi nous (dont nous reparlerons plus tard). Ça s’appelle avoir de la suite dans les idées et nous, on adore !

Commençons par les monstres à poils. Rien que la première image visible de The Werewolf of London (Le monstre de Londres) de Stuart Walker nous donne du plaisir. Le logo de la Universal est bien le globe terrestre en pleine rotation mais, ici — nous sommes en 1935 —, il est bien sûr en noir et blanc avec un petit avion qui tourne autour. La date a aussi son importance parce que le film se situe à une charnière. Jusqu’en 1934, les cinéastes se sentent libres de raconter les histoires qu’ils veulent, sans souci de censure. On qualifie alors leurs œuvres de Pré-Code. En 1934 est justement appliqué stricto sensu le Code Hays qui interdit la violence, les relations homme/femme en dehors du mariage, la nudité, le métier de prostituée, la vision d’un couple, même marié, dans un lit à deux places, etc. Inutile de détailler tout ce que les films d’après le Code perdent en modernité et en fraîcheur. The Werewolf of London offre tous les attributs Pré-Code. Quelques exemples ? Disons d’abord en quelques mots de quoi il s’agit : au Tibet, à la recherche d’une plante très rare qui ne fleurit qu’au clair de lune, un botaniste (Henry Hull) est attaqué par une étrange créature qui le griffe au bras. L’homme rentre à Londres où il retrouve sa femme (Valerie Hobson) et son laboratoire. Il échoue à faire pousser des fleurs à sa plante tibétaine au profit de longs poils sur ses mains, ses bras et son visage. Il se transforme, évidemment, en loup-garou. Au cours d’une garden-party qu’il donne chez lui, sa tante (Spring Byington) donne à la séquence un allant étonnant. Comme une mouche du coche, elle virevolte de-ci de-là en picolant plus que ne le veut la bonne société britannique et en lançant à Valerie Hobson plusieurs sous-entendus grivois. Il faut dire que l’épouse du botaniste vient de retrouver son ancien amoureux (Lester Matthews) et que, c’est visible, quelque chose se passe entre les deux qui n’a rien à voir avec les bonnes conventions. À propos d’alcoolisme, il y a encore ces deux vieilles dames (Ethel Griffies et Zeffie Tilbury) qui ne boivent pas uniquement de la verveine et, dans un bar, une poivrote (Tempe Piggott) qui tient à peine debout.

Werewolf of London-Henry Hull

Revenons à la garden-party. Henry Hull exhibe quelques espèces exotiques très étranges : une plante carnivore qui mange une mouche, une autre encore plus vorace, avec des tiges qui s’agitent comme des tentacules, et qui avale une grenouille. Un des convives est alors très choqué de voir apporter ce genre de végétation « dans un pays chrétien ». Joué par l’habitué hollywoodien des rôles asiatiques, le Suédois Warner Oland, un savant tibétain répond alors : « La nature est très tolérante, elle n’a pas besoin de croyance. » Si c’est pas du Pré-Code, ça ! Autre exemple encore : le loup-garou s’approche d’un zoo, dont le gardien est en train de bécoter farouchement une très jolie blonde. Quand leurs lèvres se séparent, l’employé lance : « Je ne devrais pas. J’ai une femme et des enfants. » Et il l’embrasse de plus belle.

Werewolf of London -Warner Oland Henry Hull

On ne peut s’empêcher de penser, en regardant ce très intéressant Werewolf, à la version 1932 de Jekyll & Hyde, celle réalisée par Rouben Mamoulian et dans laquelle le pauvre docteur (Fredric March) est coincé dans la société victorienne qui l’empêche d’épouser sa fiancée : son futur beau-père, une vieille ganache, lui apprend qu’il a lui-même patienté cinq ans avant de pouvoir tenir sa promise dans les bras. La sexualité frustrée de Jekyll lui fait fréquenter une jolie prostituée (Miriam Hopkins) et, une fois son breuvage digéré, il la tripote et la violente à qui mieux-mieux. Ici, le botaniste est trop perdu dans son étude pour pouvoir s’occuper de sa femme. Il faudra qu’il devienne loup-garou pour que sa fougue déborde et qu’il montre combien il est jaloux de Lester Matthews.

The Werewolf of London a cela de formidable qu’il arrive six ans avant l’archétype du loup-garou, The Wolf Man de George Waggner, dans lequel Lon Chaney Jr incarne Larry Talbot. Le scénario de Curt Siodmak est très proche de l’histoire de Robert Harris adaptée par John Colton pour The Werewolf of London. La seule grosse différence est l’invention par Siodmak de la balle d’argent, la seule capable de tuer un loup-garou, qui va s’inscrire à tout jamais dans la mythologie de la Bête.

Werewolf of London - Henry Hull2

Reste le problème de la transformation du monstre. On se dit que, à cette époque, les effets spéciaux étaient balbutiants. Qu’on se détrompe ! Plusieurs transformations arrivent au cours du récit, chaque fois étonnantes, chaque fois différentes, filmées dans le mouvement. Le maquillage de Jack Pierce et les effets spéciaux de John P. Fulton, deux orfèvres dans leurs domaines respectifs, sont formidables. Ajoutons à cela des idées plutôt fracassantes, telle cette vidéo-surveillance inventée par le botaniste, avec une caméra qui lui montre qui sonne à sa porte. Ainsi, tout au long de The Werewolf of London, allons-nous de surprise en surprise, ce que déjà nous indiquait la première séquence. Dans un Tibet qui hésite entre le studio et le parc naturel de Vasquez Rocks, un coin de Californie où ont été tournés de nombreux films — un des plus récents étant Ave César des frères Coen —, tous les premiers dialogues sont en langage local, sans le moindre sous-titre. De quoi faire bondir le spectateur de 1935 qui devait se demander dans quelle galère on l’avait entraîné. Preuve que Stuart Walker, cinéaste complètement oublié de nos jours, aimait donner du fil à retordre à ses contemporains.

She_Wolf

Sur un sujet proche — une jeune femme se croit victime d’une malédiction qui la transforme en louve —, She-Wolf of London (1946) de Jean Yarbrough joue davantage sur l’atmosphère. Le brouillard cache beaucoup de choses et, malgré une production assurée par Universal, le film est plus proche de ceux que Val Lewton assumait à la RKO, dirigés par Jacques Tourneur ou Mark Robson. La féline n’a été tournée que quatre ans auparavant et Angoisse date de 1944 et ces deux sujets, portés à l’écran par Tourneur, ont forcément influencé le scénario de Dwight Babcock et George Bricker.  Ajoutons que June Lockhart, l’héroïne, a une tante psychorigide incarnée par Sara Haden, dont le personnage peut faire penser à celui de Judith Anderson dans le Rebecca (1940) de Hitchcock. On le voit, She-Wolf a suffisamment de bonnes influences pour être intéressant. Sans doute ne s’en départit-il pas assez pour être complètement original. Reste un film que l’on prend plaisir à regarder : malgré ce qu’annonce le titre, il est beaucoup plus éloigné des monstres classiques Universal. Et finalement, atmosphère, atmosphère, oui il a une gueule d’atmosphère qui le fait sortir du lot.

Jean-Charles Lemeunier

2 DVD édités par Elephant Films le 27 avril 2016

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