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Portrait n’est pas vraiment le mot qui convient. Le sous-titre du documentaire que le journaliste Denis Robert et sa fille Nina consacrent à Cavanna en dit d’ailleurs un peu plus : Jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai. Car c’est bien à l’écrivain que s’intéressent les Robert, au « polygraphe » un peu plus qu’à cette « figure tutélaire des derniers  journaux vraiment libres de ce pays ». Malgré la soixantaine de bouquins et les milliers de chroniques, ce n’est qu’à quelques titres que veulent se cantonner les auteurs du film. Ainsi, au cours d’une discussion, Denis Robert mentionne-t-il des romans historiques signés par Cavanna, sans citer leurs noms. « Ceux-là aussi, tu les assumes ? » questionne-t-il en substance. Et Cavanna acquiesce, de ses beaux yeux tristes et, malgré tout, toujours plus grands que le ventre, puis de sa bouche surmontée de cette jolie moustache blanche immaculée, tout autant que l’est sa tignasse. Il faudra donc faire avec. Le père François défend tout autant ses Ritals, ses Russkoffs et ses encyclopédies bêtes et méchantes que ses six tomes de Mérovingiens ou ses Aventures de Napoléon.

Cavanna disparaît le 29 janvier 2014, environ un an avant les tueries de Charlie Hebdo, un journal qu’il avait créé avec le Professeur Choron. Quelques mois auparavant, Denis et Nina Robert décident de l’interviewer sur plusieurs séances et de le filmer. Ce qui semble plus intéresser les deux auteurs, c’est donc l’écriture romanesque du grand monsieur. Même s’ils évoquent Hara-Kiri et Charlie, les polémiques allumées par les deux larrons, Choron et Cavanna, et leurs copains, même s’ils illustrent d’extraits d’émissions ou de unes de journaux, c’est avant tout à l’écrivain qu’ils posent des questions. D’où le surtitre.

 

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François Cavanna et Denis Robert

 

Au moment de ces discussions souvent à bâtons rompus, Cavanna est un homme usé, souffrant de cette maladie, Parkinson, dont il n’aime pas parler. Il évoque en revanche l’immortalité à laquelle l’Homme va tôt ou tard accéder. Cette immortalité qui le séduit tant et qui lui permettrait d’écrire encore et toujours. « Et de continuer à faire chier le monde », ajoute malicieusement Siné. Cavanna est également un discret qui, au contraire du fier Sicambre à qui Clovis demandait de courber la tête, n’aime pas brûler ce qu’il a adoré. Denis Robert évoque le procès qui a opposé Cavanna et Choron et le vieil homme n’en parle que du bout des lèvres. C’est à Delfeil de Ton que revient le mérite de raconter cette histoire douloureuse.

Les différents entretiens qui émaillent le film — Delfeil, Willem, Siné, Sylvie Caster, Virginie Vernay, etc. — brossent un portrait hagiographique qui aurait vraisemblablement gêné le principal intéressé. Sans doute aurait-il été judicieux de faire entendre d’autres sons de cloche puisque, c’est entendu, tant pour les auteurs que pour les spectateurs, Cavanna est un grand qui mérite tous ces hommages. On aurait également aimé un grand document sur le parcours de François Cavanna, son goût pour la lecture, son passage obligé par le STO et la période de la guerre, sa participation au magazine Zéro puis l’arrivée de Choron et les années épiques d’Hara-Kiri et Charlie Hebdo. Enfin, le premier roman suivi du suivant suivi du suivant. Et les combats écolos et ceux contre la drogue, qui lui a pris sa petite-fille. Nina et Denis Robert préfèrent à la rétrospective les dernières  images de Cavanna, émouvantes, comme le sont également celles de ses funérailles au Père-Lachaise, témoignages d’anonymes et de gens connus. Parmi ces derniers, Delfeil de Ton, Siné ou l’éditeur Jean-Marie Laclavétine. Mais aussi les présences incontournables, tout au long du film, de Cabu, Charb et Wolinski, assassinés un an après.

 

Cavanna par Baumann

 

L’ombre de la mort, c’est une évidence, flotte sur le film comme elle devait déjà flotter au moment des entretiens. Alors, dans tous les extraits d’émissions montrés, Nina et Denis choisissent de désigner les morts par un petit symbole muni de deux ailes. Si, par exemple, au cours d’un show télévisé, Cavanna se retrouve aux côtés de Brassens à la guitare, en train de chanter Le roi des cons avec Maxime Le Forestier, Georges Moustaki, François Béranger et Marcel Amont, seuls Brassens, Béranger et Moustaki, les trois disparus, ont droit au petit symbole muni de deux ailes. Les autres ne sont ni désignés ni nommés.

Jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai a un autre mérite, mentionné par Denis Robert en voix off au début du métrage. Il a parlé de son projet de tourner un film sur Cavanna à sa trentaine d’étudiants en journalisme. Quand il leur a demandé qui le connaissait, seuls cinq ont levé la main. Et encore, regrette-t-il, quatre serait plus juste car le cinquième le confondait avec l’humoriste québécois Anthony Kavanagh. Il y avait donc urgence à filmer le bonhomme, urgence à redire tout le bien que l’on pensait de lui.

« Dieu n’existe pas, remarquait Charb au Père-Lachaise. Cavanna, oui ! » Quelle meilleure conclusion ?

Jean-Charles Lemeunier

Cavanna – Jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

Origine : France

Année : 2015

Réalisateur : Denis  et Nina Robert

Scénario : Denis  et Nina Robert

Photo : Pascal Lorent, Nina Robert

Musique : Léo Vincent

Montage : Nina Robert

Durée : 1h30

Avec François Cavanna, Delfeil de Ton, Siné, Sylvie Caster, Virginie Vernay…

Double DVD édité par Blaq Out le 15 décembre 2015

 
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