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Après la cinémathèque de Paris, Martin Scorsese vient d’être honoré à Lyon, où il a reçu ce 16 octobre le prix Lumière 2015, après Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino et Pedro Almodovar. Tout au long de la semaine, l’ensemble des cinémas de l’agglomération lyonnaise a accueilli l’une ou l’autre des nombreuses sélections du festival organisé par Thierry Frémaux et l’Institut Lumière, d’une rétrospective Duvivier à des hommages à Jean Yanne et Larissa Chepitko, des films de la Gaumont au grand cinéma mexicain des années cinquante et des trésors d’archives aux années Toho d’Akira Kurosawa. Plus, bien entendu, une rétrospective Scorsese et une carte blanche.

Dédié à Chantal Akerman, qui devait présenter Je, tu,il, elle, et à l’historien Raymond Chirat, tous deux disparus ces dernières semaines, le festival a connu son point d’orgue lors de la remise du prix Lumière, devant un parterre d’invités prestigieux. Il y eut quelques chansons, Camelia Jordana avec New York, New York et Jane Birkin reprenant As Time Goes By. De la musique avec le piano de Jean-Michel Bernard. Une vidéo de 25 secondes de Bob De Niro qui, en tournage dans la Grosse Pomme — il interprètera Bernard Madoff dans un téléfilm réalisé par Barry Levinson —, souhaitait un bon prix à son copain Marty. Un court-métrage d’Abbas Kiarostami, coprésident de la Cinéfondation à Cannes avec Scorsese, qui s’était déplacé à Lyon pour la circonstance. Et l’intervention de François Cluzet, partenaire de Scorsese dans une séquence d’Autour de minuit de Tavernier, ravi d’avoir eu « un partenaire aussi balèze ».

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Thierry Frémaux et François Cluzet (Photo J.-C.L.)

Il est temps de faire monter sur la scène les invités du cinéaste, au nombre desquels les acteurs Max von Sydow, Geraldine Chaplin, François Cluzet et Emily Mortimer, les cinéastes Abbas Kiarostami, Elias Suleiman, Matteo Garrone, Tony Gatlif, Jean-Pierre Jeunet et Souleymane Cissé, le décorateur Dante Ferretti, Olivia Harrison — la femme du Beatle George, à qui Scorsese a consacré un documentaire —, la productrice Margaret Bodde, le directeur de la cinémathèque de Bologne Gianluca Farinelli… L’habituel maître de cérémonie du prix Lumière, Bertrand Tavernier, ne pouvant être présent pour cause d’opération, il avait envoyé un texte lu par Thierry Frémaux et François Cluzet, rappelant que Scorsese était nommé « le Kurosawa de la 42e rue » « Comme ta passion est contagieuse, notait justement Tavernier. Dès la création de ce festival, j’ai pensé que le prix Lumière était pour toi ! »

En guise de conclusion, Tavernier cite saint Augustin : « Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion. »

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Martin Scorsese et Salma Hayek (Photo J.-C.L.)

C’est curieusement Salma Hayek qui remet, sans rien dire, le prix Lumière à Martin Scorsese. Habituellement, ce sont des proches du cinéaste — Marisa Paredes et Rossy De Palma pour Almodovar, Uma Thurman et Harvey Keitel pour Tarantino —, ou tout au moins des gens ayant travaillé avec lui qui se déplacent : Cécile de France pour Eastwood, Éric Cantona pour Loach, Fanny Ardant pour Depardieu. La salle — et ce serait vraiment stupide de prétendre le contraire — était très excitée par la présence de la ravissante Salma mais tout le monde se disait qu’elle aurait pu être là mais aussi, puisque De Niro était en tournage, pourquoi pas Di Caprio ou Joe Pesci ou Matthew McConaughey ou à nouveau Keitel ?

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Geraldine Chaplin, Jean-Pierre Jeunet, Gérard Collomb, le maire de Lyon, Jean-Jack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes, Abbas Kiarostami, Martin Scorsese et sa femme (Photo J.-C.L.)

Quoiqu’il en soit, la vedette de la soirée était émue : « Je ne sais pas si je vais survivre à cela », soupirait Marty avant de commenter sa passion pour le cinéma : « J’étais un enfant asthmatique et mes parents, ne sachant pas quoi faire de moi, me traînaient au cinéma. J’ai vu Duel au soleil, La Belle et la Bête, La strada, Paisa. Tous ces films auxquels j’ai été exposé petit et le cinéma en général me renvoient à cette étincelle, ce point de proximité extrême avec ma famille. Je n’ai fait peut-être que rechercher cela. Le cinéma était aussi une ouverture au monde pour l’enfant que j’étais, une fenêtre qui s’ouvrait sur le Japon avec les films de Mizoguchi, sur la France avec Les enfants du paradis, sur l’Inde avec Le salon de musique. Puis, il y a eu le miracle de pouvoir faire des films, ce qui était inenvisageable pour moi à New York en 1959. Après est venue la colère et la frustration de voir disparaître ce matériau magnifique, que j’ai cherché à sauvegarder et restaurer. »

C’est bien autour de cet amour du cinéma que se cristallise le festival Lumière. Une semaine de projections de films, du muet aux dernières années, prouve que tout doit se retrouver au même niveau et qu’on ne négligera pas un film sous prétexte qu’il ne parle pas, qu’il est en noir et blanc ou qu’il a été tourné à l’époque où nos grands-parents tétaient nos aïeuls. Quel plaisir de revoir tel grand classique, de découvrir un film méconnu, de voir enfin des films jamais ressortis en salle et encore moins diffusés à la télé, tel le Maine-Océan de Jacques Rozier, de comparer un western de 1932 d’Edward L. Cahn (Law and Order) avec son contemporain signé Raoul Walsh (Wild Girl).

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Wild Girl (1932) de Raoul Walsh avec Morgan Wallace, Joan Bennett et Eugene Pallette

Parlons-en, justement, de ces deux-là ! On s’attendait à voir sortir le Raoul grand vainqueur du citizen Cahn et il faut se rendre à l’évidence, Law and Order est nettement supérieur à Wild Girl. Allez, dans ce dernier, c’est vrai que la toute jeune Joan Bennett est bien mignonne et délurée, à des encablures de la brune distinguée des films de Lang, Ophuls ou Renoir de la décennie suivante. Et il y a quand même dans Wild Girl cette séquence où la jolie se baigne à poil. Comme souvent — encore que, à cette époque Pré-Code de censure… —, on ne voit rien, sauf lorsque la belle se rhabille de dos, laissant échapper en levant le bras un globe que ne perd pas de vue le méchant Morgan Wallace. L’histoire est sans surprise, plutôt décevante. Une scène est à sauver toutefois, qui renvoie à ce que montrera Wellman dix ans plus tard dans The Ox-Bow Incident (L’étrange incident) : un lynchage. Curieusement, chez Walsh, tous les acteurs surjouent, à l’exception du couple vedette Joan Bennett-Charles Farrell. Que dire d’Eugene Pallette en conducteur de diligence, dont la gouaille un peu forcée rappelle ce que fera Andy Devine dans le même rôle chez Ford (Stagecoach, La chevauchée fantastique, 1939) ? Peu de choses, à part que Devine est mieux que Pallette !

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Andy Devine que, justement, on retrouve chez Cahn, est étonnant dans Law and Order. Plus jeune et plus mince, Andy est un jeune homme un peu balourd qui est jugé pour meurtre et condamné à la pendaison. L’acteur rend formidablement bien tout ce qui peut traverser l’esprit de son personnage et l’interprétation est d’ailleurs l’une des grandes qualités de Law and Order, premier film à se baser sur le fameux règlement de comptes d’OK Corral, alors que Wyatt Earp vient tout juste de mourir (en 1929, le film datant, rappelons-le, de 1932). Qualité des acteurs, donc, que ce soit Walter Huston dans le rôle de Wyatt, Harry Carey dans celui de Doc Holliday — dans le film, les noms ont été changés pour ne pas payer de droits à la veuve Earp — ou Walter Brennan dans le rôle très secondaire du garçon d’étage de l’hôtel où séjournent Earp et ses deux coéquipiers. Il faut le voir nettoyer les crachoirs et tirer le nez quand il s’aperçoit qu’un cowboy vient de tirer un jet de salive dans un des ustensiles nettoyés.

Saint Johnson

Tiré d’un roman du grand W.R. Burnett (Saint Johnson, qui vient d’être réédité chez Actes Sud dans la collection western dirigée par Bertrand Tavernier), le scénario de John Huston et Tom Reed est âpre, sans doute proche de la réalité. Il ouvre surtout les yeux sur ce que pouvaient être les premiers westerns parlants : ici, les héros sont sales car ils ont parcouru des miles dans la campagne et, lorsqu’ils accèdent à une bassine d’eau, ils se lavent frugalement ; les rues de la ville sont boueuses ; les hommes passent leur temps à boire, jouer et se tuer ; les femmes sont soit de petite vertu, soit honorables et tout ce petit monde vit côte à côte sans trop de problèmes. Avec un peu de couleurs, on aurait pu se croire dans un western spaghetti.

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Alain Chabat à la Nuit de la peur (Photo J.-C.L.)

Impossible, bien entendu, de s’étendre sur l’ensemble de la riche programmation de ce Lumière 2015. Un petit mot toutefois de la Nuit de la peur, qui vit plus de 4000 personnes assister aux projections de The Thing, La nuit des morts-vivants, Insidious et Evil Dead. Le tout présenté par un Alain Chabat échevelé. Quel plaisir et quelle rigolade de sentir 4000 personnes vibrer en même temps, sursauter en même temps, hurler en même temps — surtout les filles. C’est Insidious, le petit chef-d’œuvre de James Wan, qui a battu tous les records. Entre 2 et 4 heures du matin, toute la salle avait les yeux grands ouverts et les nerfs à vif. Les ricanements des plus malins cachaient à peine leur angoisse et la moindre stridulation de violons de la B.O. faisait sursauter 4000 cœurs. Du grand art !

Jean-Charles Lemeunier

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Une réflexion sur “Nom de Zeus ! : Marty, Prix Lumière 2015

  1. On peut dire que le public aura bien gâché les deux premières séances avec la moitié de la salle qui riait aux éclats à la moindre séquence de suspens.

    Ou comment ça se fait que je vais de moins en moins voir de films fantastiques au cinéma qui risque d’attirer plus que trois pékins et deux tondus….

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