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Jacques Deray et Alain Delon

Jacques Deray et Alain Delon

 

La sortie chez Pathé, en version restaurée, de deux films des années soixante-dix, interprétés par Alain Delon et réalisés par Jacques Deray, permet de se replonger dans le cinéma policier français de cette époque. Où, en gros, les voleurs avaient des valeurs. En 1974, nous sommes quatre ans après la sortie de Borsalino de Jacques Deray, gros carton au box-office à cause de son sujet (les aventures de deux gangsters sympathiques dans le Marseille d’avant-guerre) et de ses deux interprètes. Car Borsalino a le mérite de réunir pour la première fois à l’écran, du moins depuis qu’ils sont stars, Belmondo et Delon. Personne ne fait mystère que derrière les deux personnages du film, François Capella et Roch Siffredi (un nom que Delon a emprunté à l’un de ses amis, grand régisseur des films tournés dans le Midi), se cachent Paul Carbone et François Spirito, deux trafiquants qui, pendant l’occupation, n’ont pas hésité à donner un coup de main à la Gestapo pour poursuivre leurs opérations illégales.

 

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Borsalino & Co reprend où Borsalino s’achève, avec la mort de Belmondo. Également mis en scène par Deray, ce second opus ne pourra donc jouer que sur la seule personnalité de Delon pour attirer le chaland. Tout est là pour rappeler le premier film : outre la présence de la vedette, comptons encore les décors et costumes rétro (grande mode de l’époque), la musique de Claude Bolling, les clins d’œil… Comme Mireille Darc qui, en prostituée, apostrophe le commissaire Daniel Ivernel, signifiant ainsi sa fonction – en cette époque troublée, on a parfois du mal à reconnaître les flics des malfrats. Le film tire un peu à la ligne, tant cette rivalité entre deux gangs prend des airs de déjà vu. Deray filme paresseusement les beaux décors 1930 mis à sa disposition et les dialogues de Pascal Jardin qu’on a connu en meilleure forme, le tout enveloppé de la musique populaire de Bolling. Quelques accélérations tirent le film de sa torpeur scénaristique.

 

 

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Deray et Delon se reprennent et signent coup sur coup deux adaptations du  très médiatique commissaire Roger Borniche, Flic Story (1975) et Le gang (1977). Le premier sur la capture d’Émile Buisson, le second sur celle du gang des tractions avant. Autant dans Flic Story Delon incarne un commissaire impeccable, digne de tous les personnages dont il a endossé l’imper, le chapeau et les flingues, autant dans Le gang l’acteur décide de sortir carrément des clous dans lesquels il est populaire. Dans le rôle de Robert le dingue, il porte constamment une perruque bouclée censée être sa véritable chevelure. Très troublé, le spectateur n’attend qu’une chose, c’est qu’elle glisse à un moment ou à un autre. Delon délaisse aussi le héros taciturne qu’il est habituellement au profit d’un gangster foutraque, rigolard, capable de danser et de bouger en tous sens. Une véritable innovation pour le comédien.

 

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Avec la musique sautillante de Carlo Rustichelli, le film, pourtant un polar, s’insinue sur les chemins buissonniers de la comédie. Jusqu’à un certain point. Deray reprend alors le dessus, recadre son action dans le policier pur et signe plusieurs séquences formidables : le braquage de la gare, la fuite du commissariat, le siège de l’auberge…

L’histoire démarre à la Libération, au moment où les gangsters se regroupent pour reprendre leurs activités. Deray a-t-il tenu compte des observations recueillies ici ou là à propos de Spirito et Carbone et de leurs accointances avec les nazis ? Dans Le gang, il oppose ainsi, au sein du groupe qui se reforme après guerre, Xavier Depraz, qui revient des camps de concentration, et Maurice Barrier, qui a collaboré. Et montre que le personnage de Barrier n’est pas spécialement apprécié par ses collègues.

 

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Un vent libertaire soufflait-il alors sur ce cinéma populaire que les critiques de gauche classaient pourtant irrémédiablement à droite ? Quand il est pris dans une rafle au cours d’une manifestation algérienne, Delon se retrouve au commissariat en même temps que plusieurs Maghrébins que les flics, en particulier celui joué par Roland Amstutz, abreuvent de quolibets racistes. Delon parvient à s’en sortir et, dans la foulée, libère ses compagnons d’infortune.

Malgré sa perruque, malgré ses sautillements, Delon finit son parcours de la même manière que tous ces héros qu’il n’a eu de cesse d’interpréter : romantiquement. Et, ici, de la manière fantasque dont ce Robert le dingue n’a cessé de se comporter pendant tout le film.

Jean-Charles Lemeunier

Borsalino & Co (1974) de Jacques Deray
Scénario : Jacques Deray, Pascal Jardin
Photo : Jean-Jacques Tarbès
Musique : Claude Bolling
France
Durée : 1h40
Distributeur : CIC – Pathé
Avec Alain Delon, Riccardo Cucciolla, Reinhard Kolldehoff, Lionel Vitrant, Daniel Ivernel, Catherine Rouvel, André Falcon, Anton Diffring, Jacques Debary, Mireille Darc (apparition)

Le gang (1977) de Jacques Deray
Scénario : Roger Borniche, Alphonse Boudard, Jean-Claude Carrière
D’après Roger Borniche
Photo : Silvano Ippoliti
Musique : Carlo Rustichelli
France-Italie
Durée : 1h40
Distributeur : Columbia – Pathé
Avec Alain Delon, Nicole Calfan, Adalberto Maria Merli, Maurice Barrier, Xavier Depraz, Roland Bertin, Raymond Bussières, Laura Betti, André Falcon, Robert Dalban

Deux films disponibles chez Pathé en DVD, Blu-ray, V.O.D. et téléchargement définitif à partir du 16 juillet 2014.

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