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En matière de mise en scène de la terreur, James Wan a largement démontré son savoir-faire avec le méconnu Dead Silence et le remarqué (et remarquable) Insidious en 2011. Il récidive avec Conjuring : Les dossiers Warren (ici scénarisé par Chad & Carey Hayes et non pas pour une fois son fidèle compagnon Leigh Whannell) démontrant avec quelle facilité et talent il parvient encore à nous coller au siège malgré la connaissance de ses tours et la reconnaissance des références inspiratrices (L’Exorciste et Amytiville en tête). Et c’est ce qui en fait une réussite incontestable, plus que l’histoire d’un classicisme éculé : une famille ayant nouvellement emménagée dans une vieille bâtisse isolée sera persécutée par des forces surnaturelles. Ceci dit, pour que les ressorts horrifiques  fonctionnent, il faut tout de même que l’on soit un minimum impliqué dans le sort des personnages. Et que ce soit les sept membres de la famille Perron (le couple et leurs cinq filles) ou le duo d’enquêteurs du paranormal Ed et Lorraine Warren (lui démonologue et elle ayant des dons de médium), Wan nous fait éprouver leurs angoisses et leurs troubles grâce à une caractérisation précise et concise, prenant le temps d’exposer les doutes initiaux tenaillant les uns et les autres bien avant qu’ils soient pris dans la tourmente. En ce qui concerne le couple Warren, cela renforce même la tension dramatique puisque Ed redoute que cette nouvelle intervention soit la dernière pour sa femme durement affectée par la précédente.
Wan ne renouvelle pas les canons du genre mais utilise leurs codes à merveille, refusant même les jumps scares faciles (apparition dans le miroir, surgissement d’un chat sont promptement désamorcés), se concentrant sur la meilleure manière de nous terrifier à avec ce qui se dissimule dans les armoires, derrière l’entrebâillement d’une porte ou dans la noirceur d’une cave.
Que le film s’inspire d’une histoire réelle n’est qu’accessoire et importe peu dans la montée de la tension. Cela peut toutefois susciter une certaine curiosité a posteriori dans la recherche d’éléments concernant les Warren et notamment la pièce où ils ont entreposés des dizaines d’objets « maudits ».

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Comment s’y prend donc le réalisateur de Death Sentence pour foutre une frousse de tous les diables ? Comme ses précédents longs, tout est question de progression, de montée paroxystique des manifestations jusqu’au déchaînement final.
Cela débute par l’apparition de bleus sur le corps de Caroline la mère de famille, toutes les horloges s’arrêtent chaque nuit à 3h07 du matin, des portes qui claquent, une odeur pestilentielle se déclarant à divers endroits, un frôlement ressenti sur les jambes pendant la nuit. Puis, entre en jeu une vieille boîte à musique, le jeu de cache-tape (cache-cache mixé avec colin-maillard), des pieds que l’on tire pendant le sommeil, la peur de vérifier que rien ne se dissimule sous le lit ou dans l’ombre impénétrable d’une porte… On navigue alors dans un registre proche de Paranormal Activity (mais mieux réalisé), Wan s’appuyant énormément sur l’attente et les apparitions différées. Puis le rythme s’accélère jusqu’à la première manifestation physique du démon, véritablement traumatisante. C’est d’autant plus efficace et rondement mené que Wan a fait usage jusque là de respirations narratives en montant en parallèle des séquences impliquant les Warren dans leurs activités quotidiennes (vie de famille, conférences à travers le territoire), permettant un relâchement de la tension tout en maintenant la pression jusqu’à la réunion de ces deux lignes narratives distinctes.

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Mais la montée de la terreur n’est pas uniquement due à la succession plus ou moins régulière et soutenue d’évènements mais aussi et surtout au sens de la mise en scène de James Wan. Comme pour Insidious, il démultiplie les cadres dans le cadre avec les nombreux encadrements de portes, autant de possibilités supplémentaires pour les apparitions et dont les effets sont renforcés par l’usage de lents plans séquences dans de tels lieux confinés. De plus, comme dans La Bouche de Jean-Pierre de Lucille Hadzihalilovic, l’usage du scope dans ces espaces intérieurs accentue le sentiment claustrophobique, la sensation d’oppression générés par la réalisation.
Enfin, dernier élément d’importance, soulignons la bande sonore et l’emploi de sons bien particuliers pour annoncer la menace prête à se manifester, renvoyant à ce qu’à pu proposer Takashi Shimizu avec les différentes versions de The Grudge.
Véritable grand huit de la frousse, Conjuring : Les dossiers Warren se montre tout aussi intéressant dans le renouvellement de la fascination de Wan pour les poupées, la simple présence du spécimen utilisé ici et prénommé Annabelle couplée à une propagation du noir renvoyant au Darkness de Balaguero formalisent une des scènes les plus terrifiantes du film.
Dernier élément intriguant, le fait que Ed Warren soit interprété par Patrick Wilson qui jouait le père au cœur des maléfices d’Insidious, soit un rôle inverse. Une manière de lier des histoires se déroulant dans des temporalités différentes en remontant aux sources du (même ?) Mal ?…

Nicolas Zugasti

Conjuring : Les dossiers Warren est en salles depuis le 21 août 2013

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