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Présenté en sélection officielle.

Au bout de quelques projections, une constatation s’impose : le début du 65ème festival de Cannes est placé sous le signe de l’Amour. Amour impossible avec un (mauvais) film égyptien, Après la bataille. Amour précoce et amour impossible pour la très belle œuvre de Wes Anderson, Moonrise Kingdom, projeté en ouverture. Amour onéreux et inassouvi dans le troublant long-métrage du misanthrope Ulrich Seidl, Paradise… Liebe. Enfin, amour improbable, bancal, mais toujours crédible, dans le magnifique De rouille et d’os de Jacques Audiard. Le film narre l’histoire d’amour entre Stéphanie, une dresseuse d’orques (Marion Cotillard), victime d’un accident qui la prive de l’usage de ses jambes, et Ali, père fauché d’un petit garçon (Matthias Schoenaerts, révélé par le magnifique polar belge Bullhead) venu s’installer chez sa sœur dans le Sud de la France, à Nice, à quelques longueurs de la Croisette. Deux êtres brisés, magnifiques perdants de la vie que le destin va réunir pour en faire des combattants, l`un au sens propre, puisqu’il va s`imposer dans le combat clandestin, et l’autre au sens figuré, bravant tous les obstacles pour retrouver une vie normale après le terrible accident.

Dès Regarde les hommes tomber, cela apparaissait comme une évidence : un cinéaste ambitieux et doué était né. Supériorité de l’actorat sur la narration, réalisation sans effet de manche et détournement des codes du cinéma de genre (le polar notamment) sont les critères qui, au premier coup d’œil, permettent d’identifier le cinéma du réalisateur parisien. Parfaitement dirigés, les acteurs des films d’Audiard semblent souvent à la limite de l’improvisation, évoluant dans des scènes filmées caméra à l’épaule, en gros plan, qui donnent un aspect bricolé aux images pourtant parfaitement maîtrisées. Si l’on excepte Un héros très discret, récompensé à Cannes du Prix du scénario en 1996, le cinéma d’Audiard est surtout un cinéma policier sombre et réaliste. Et sans le rôle d’Emmanuelle Devos dans Sur mes lèvres (2001), son cinéma serait exclusivement à dominante masculine. Mais pour sa troisième participation en compétition après Un prophète (Grand Prix du jury en 2009), Jacques Audiard innove en s’aventurant pour la première fois dans le registre du mélodrame.

A bien regarder sa filmographie, on voit ce qui a inspiré Audiard dans cette adaptation d’un recueil de nouvelles de Craig Davidson, au titre éponyme : la volonté forte de dresser le portrait d’un monde froid et individualiste, à l’intérieur duquel les destins d’individus simples sont modifiés et magnifiés par le drame et les accidents, Ali et Stéphanie rejoignant alors les personnages interprétés par Jean Yanne dans Regarde les hommes tomber, de Matthieu Kassovitz dans Un héros très discret ou de Tahar Rahim dans Un prophète. Histoire d’amour peu banale, légèrement bancale par instant, De rouille et d’os est une œuvre forte et d’une incroyable densité, où le langage des corps meurtris, sublimé par le jeu des deux comédiens principaux, prime sur la parole. Une œuvre impressionnante qui confirme, s’il en était besoin, la dimension prise par celui que l’on peut considérer comme le meilleur cinéaste français en activité.

Fabrice Simon

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