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Cela se passe dans un Tex Avery. Une vache offusquée débarque dans le bureau du shérif.
“Mooo ! Mooo ! Moooo !, meugle-t-elle
Quoi !, s’exclame l’homme étoilé. Un de ces sales colons a planté sa clôture autour du lac Red Rock Canyon ! OK, passe-moi ma Winchester, Sam ! Je vais régler ça tout de suite !
Dans Homesteader Droopy (Droopy pionnier, 1954), Avery s’amuse des grands courants qui parcourent les westerns. L’installation des pionniers et la traversée des terres appartenant aux grands propriétaires en est un, illustré deux ans auparavant par l’Argentin Hugo Fregonese et son Untamed Frontier (Passage interdit, 1952).
Minor Watson y est ce patriarche, possédant un immense domaine et qui refuse aux colons le droit de traverser ses terres pour venir s’installer dans une parcelle appartenant au gouvernement. Autour de lui, les clans vont se former, les bons désireux de la libre circulation d’un côté et les méchants isolationnistes de l’autre.
Ce qui est curieux avec Passage interdit, c’est qu’à l’issue de la projection, les spectateurs retiennent mieux les seconds. Le couple bad boy/vilaine fille, formé par Scott Brady et Suzan Ball (alors également amants dans la vie), est bien plus haut en couleurs que celui formé par Joseph Cotten et Shelley Winters, tous deux bien en deçà de leurs possibilités. Le Stetson et les éperons ne siéent d’ailleurs pas à Cotten, bien plus à son aise dans les costumes modernes du Troisième homme, de Citizen Kane ou de L’ombre d’un doute. Et l’on pourrait dire, de la même manière, que Shelley Winters a beaucoup plus de force de persuasion lorsqu’elle endosse le costume d’une héroïne moderne, de Menace dans la nuit à La nuit du chasseur, du Grand couteau au Coup de l’escalier, en passant par Lolita et La tour des ambitieux.

 

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Donc, Scott Brady et Suzan Ball. Ceux-là forment un duo impeccable, aussi beaux qu’ils sont adeptes du coup bas. Auprès d’eux, Lee Van Cleef n’est pas en reste. Nous aurons une petite pensée émue pour la brûlante brune Suzan Ball, morte trois ans après le film, à l’âge de 22 ans, d’une tumeur à la jambe développée à la suite d’un accident de voiture. Elle n’aura pas eu le temps de participer à de grands projets mais les quelques séquences où elle apparaît dans Passage interdit montrent son potentiel.
On l’aura compris, Passage interdit n’est pas à la hauteur de Quand les tambours s’arrêteront, disponible chez le même éditeur, que Fregonese avait réalisé l’année précédente. Dans les bonus, Bertrand Tavernier vante les talents plastiques du cinéaste : utilisation des couleurs, cadrages. Ils sont d’autant plus remarquables que le scénario, signé par Gerald Drayson Adams, l’acteur John Bagni et sa femme Gwen, reste poussif. Il aurait mérité davantage de péripéties et de rôles secondaires marquants. Auteur de plusieurs westerns (Duel sans merci de Don Siegel, Taza fils de  Cochise de Douglas Sirk, Au mépris des lois de George Sherman), Adams a également participé (certes avec Daniel Mainwaring) à ce petit bijou de polar nerveux qu’est Ça commence à Vera Cruz, réalisé par Siegel. C’est dire si, ici, il pensait à autre chose, pension alimentaire ou impôts à payer.

Jean-Charles Lemeunier

DVD sorti le 20 mars 2012 chez Sidonis

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