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C’est bien connu, un cowboy cultive sa solitude. Tous les lecteurs de Lucky Luke vous le confirmeront. Alors, mettez-vous un peu à la place de Sterling Hayden dans Shotgun : ce shérif adjoint voit son chef se faire dessouder sous son nez par un trio de méchants. Il en abat un mais désire au plus vite liquider les deux autres. Que croyez-vous qu’il fasse, notre cowboy solitaire ? Il part tout seul comme un grand à la poursuite du duo qui en fait, mais il ne le sait peut-être pas encore, est un quintet Les choses commencent à se gâter quand il rattrape le premier des renégats. Celui-ci, non content d’avoir été attaché au sol avec un serpent à sonnette à quelques centimètres du crâne, est flanqué d’une jolie brune (Yvonne De Carlo), elle aussi liée, mais à un arbre. Je vous passe les péripéties mais voilà notre cowboy solitaire accompagné de cette brune qui ne cesse de l’envoyer aux prunes puis, rapidement, d’un troisième larron (Zachary Scott), tout aussi mal embouché. Pour la solitude, c’est fini !

Premier drame pour notre soliste, vite confronté à un deuxième : ces belles dames de l’Ouest, faut se les faire ! En laissant tout pour sa quête vengeresse, Sterling a surtout plaqué une blonde en or massif et aux yeux d’un bleu extraterrestre. Entre nous, c’était une bonne chose tant elle paraissait prétentieuse et sans discussions possibles. Bon, et maintenant, le voilà avec cette brune qui lui court sur le haricot, dont il n’a qu’une envie, c’est l’expédier à Calexico, en Californie, un bled dont elle est originaire.

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Il faudra une séquence, et quelle séquence pour un western de 1955 : voir le reflet dans la rivière des fesses nues d’Yvonne. Nos deux lascars, Sterling et Zachary, en restent tout choses. On peut d’ailleurs dégotter une affiche française de Shotgun, sur laquelle le film est ridiculement rebaptisé Amour, fleur sauvage, avec en image une Yvonne De Carlo qui a du mal à cacher ses trésors derrière une serviette. Mais le fait est : il suffit que la belle dame découvre un peu son cœur (et le reste) pour que le cowboy solitaire ait de moins en moins envie de le rester.

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J’ai l’air de rigoler comme ça mais ce film est loin d’être une comédie. Il tient plutôt un discours sans concession sur ces gaillards de l’Ouest, plus prompts à dégainer une arme qu’à tendre la main. Il y a du sadisme chez chacun d’eux et la scène du crotale en est un excellent exemple. Sadisme des Indiens qui font subir ce supplice, sadisme de Hayden qui veut obtenir des renseignements. Les méchants ne sont pas en reste. Ils sont tous lâches et attaquent le plus souvent par traîtrise. Les paysages sont rudes… beaux mais rudes, et l’on ne s’étonne pas de trouver une telle dureté chez tous ceux qui les peuplent.

Il me vient en tête une publicité aznavourienne, une de celles que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître (et même, soyons honnêtes, les moins de 35 ans). On y voyait un monsieur Plus qui, d’un petit coup de coude, mettait dans la préparation que la pub vantait un peu plus de chocolat, un peu plus de cacahuètes, un peu plus de pépites, un peu plus de etc. Et bien Lesley Selander, qui signe ce Shotgun, ferait plutôt figure de monsieur Moins. Il évacue le groupe, qu’il soit composé des personnages sympathiques que l’on retrouve chez Ford ou Hawks, ou de ceux qui, comme chez Zinnemann, ne brillent pas par leur bravitude. Son héros, campé par Hayden, est certes brut de décoffrage mais il n’a pas l’ambigüité qui faisait toute la saveur des compositions de James Stewart dans la sublime série de films d’Anthony Mann (Winchester 73, Les affameurs, L’appât, Je suis un aventurier, L’homme de la plaine). Selander a des bouffées de sadisme bien amenées, qui nous donnent envie de revoir tout Gordon Douglas ou presque. Et le personnage d’Yvonne De Carlo, malgré son allure, reste loin derrière les héroïnes de Walsh (on pense à la même Yvonne dans L’esclave libre) ou celles de Lang.

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Loin de moi l’envie de dire que le petit père Lesley ne vaut pas tripette. Au contraire, car il y a dans Shotgun quantité de séquences qui vous frappent : l’arrivée des bandits dans la ville, digne d’un film noir avec le suspense qui s’installe immédiatement ; celles déjà citées de la torture avec le serpent et du bain de la vedette féminine ; l’attaque du refuge et la description des Indiens. Pour le coup, Selander que l’on a souvent traité sous le coude dans les histoires du cinéma américain, est plus proche de la dignité d’un Delmer Daves que du raccourci des méchants sauvages habituellement montré dans les séries B. Avec une carrière impressionnante (il affiche à son palmarès quelque 150 titres en tant que réalisateur) qui s’étale sur plus de trente ans, Selander n’a malheureusement pas laissé beaucoup de films parvenir jusqu’à nous. Autant dire que ses multiples aventures de Hopalong Cassidy, Kit Carson et quelques autres ne devaient pas passionner les distributeurs français. On peut découvrir deux autres de ses réalisations en DVD : Le justicier de la sierra (chez le même éditeur, Sidonis) et Flight to Mars dans le coffret Destination Mars (Artus Films).

Malgré sa rareté, Shotgun n’a rien du western routinier auquel on était en droit de s’attendre. En outre, Selander a eu la bonne idée d’embaucher Sterling Hayden. Lequel a été, l’année précédente, le héros du mythique Johnny Guitare de Nick Ray. Mais ce sont les films noirs que Hayden marque le mieux de sa haute carrure, de Asphalt Jungle de Huston à Ultime razzia de Kubrick, sans parler du Parrain de Coppola et du Privé d’Altman. La dureté que montre l’acteur dans chacun de ces chefs-d’œuvre est déjà bien présente dans ce sympathique Shotgun.

Jean-Charles Lemeunier

Shotgun est sorti le 20 mars 2012 chez Sidonis en DVD

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