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Hell de Tim Fehlbaum de par son pitch s’apparente à an another Day in post-apo tant la thématique renvoie au film de Douglas Aarniokoski. L’action se situe sur une terre dévastée, les ressources vitales (nourriture, eau) se sont raréfiées et de cette apocalypse se sont élevés deux types de survivants, les proies et les prédateurs. Contrairement à The Day, Hell fournit quelques maigres explications sur la catastrophe (des tempêtes solaires ont ravagé les terres), le groupe auquel se rattache le spectateur va au-delà de la famille simplement symbolique mais c’est vraiment dans la narration que les deux divergent, Hell jouant la carte du road-movie ou du moins de pérégrinations en extérieur quand les héros de The Day s’enfermaient rapidement dans une masure abandonnée piégée.
Si Hell montre une certaine retenue dans les confrontations, moins graphiques, elles n’en demeurent pas moins agressives et percutantes. Ce qui fait l’intérêt du film sont principalement ses décors baignés dans une lumière aveuglante, donnant l’impression de se retrouver dans une fournaise incandescente permanente. Un aspect visuel primordial (hell, en allemand, signifiant lumière intense, donnant ainsi une double interprétation au titre de ce film d’origine allemande) parfaitement rendu. La surexposition (contrastant avec la sous-exposition de The Day) est ainsi magnifiquement exploitée lors d’une course poursuite haletante en terrain découvert. Tout aussi intéressante est l’évolution du trio, une jeune femme et sa sœur, et l’homme les ayant accueilli dans son véhicule, qui va progresser d’abord numériquement (un quatrième larron rencontré dans une station service vient se rajouter) mais surtout dans leurs relations fluctuantes de par la menace environnante mais également le positionnement moral de chacun. De plus, Fehlbaum contourne avec habileté les séquences attendues que faisaient se profiler l’arrivée dans le camp de la famille adverse (viol, torture, évasion, repas…) pour servir au mieux la transformation définitive de l’héroïne. Une bande diablement efficace qui fait encore plus regretter l’absence en compétition de The Day qui apparaît comme un pendant complémentaire.

Autre film en compétition, Eva de Kike Maillo est une bande d’anticipation précédée d’une bonne réputation méritée mais qu’il convient toutefois de minorer. Certes, la réalisation est soignée mais de multiples défauts narratifs révèlent les limites d’un script inabouti. Alex, un ingénieur en robotique, revient dans sa ville natale, dix ans après l’avoir quittée hâtivement, afin de terminer son projet d’une nouvelle génération de robots à notre effigie, aux comportements et aux sentiments évolutifs. Il retrouve également Lana son amour d’enfance et ex-collègue qui s’est consolée dans les bras de David, le frère d’Alex. Le couple élève dans l’allégresse la jeune Eva, dix ans, dont Alex se prendra rapidement d’affection, voyant en elle une enfant attachante mais surtout suffisamment indépendante de caractère pour servir de modèle à son robot en cours d’apprentissage.
Si Maillo décrit avec minutie un univers crédible où les nombreux et magnifiques robots de toutes sortes ne dépareillent jamais, il s’ingénie à tisser deux trames parallèles, la confection d’un garçon cybernétique et le réveil de sentiments endormis (ceux d’Alex et son entourage), sans qu’il y ait une interaction et des connexions suffisamment efficientes pour faire naître une certaine émotion. C’est d’autant plus dommageable que tout le métrage est structuré autour de la naissance, de l’activation ou la réactivation, des émotions justement, et que le réalisateur écarte parfois trop promptement. De même, on devine rapidement où il veut en venir, éventant les fausses pistes émotives pourtant subtilement mises en place. Eva est un bon film mais la mauvaise exploitation de son énorme potentiel est crispante et a tendance à faire déprécier une œuvre charmante dont la fulgurance poétique de certaines trouvailles visuelles est un véritable ravissement.

Nicolas Zugasti

Bande-annonce de Hell de Tim Felhbaum

Bande-annonce d’Eva de Kike Maillo

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