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Dans la rubrique DVD de notre dernier numéro, nous avions chroniqué les deux premiers films d’un nouvel éditeur de DVD: Hantik Films. The Death Kiss et Black Dragons, deux petites pépites tournées dans les années 1930 et 1940 aux Etats-Unis avec Bela Lugosi, étaient ainsi les premiers titres édités par André Quintaine à la tête de sa nouvelle structure. Le troisième, Tomorrow at Seven, sera très prochainement chroniqué sur ce blog. A l’heure où le marché de la vidéo s’essouffle, et où un travail envers les vraies raretés se fait… rare, Versus donne la parole à un homme qui depuis près de vingt ans, œuvre dans l’ombre pour la reconnaissance du cinéma de genre et des petites mains de l’écriture. En espérant que cela dure le plus longtemps possible !



Versus : Pouvez-vous, dans un premier temps, nous parler de vous, vous présenter ?

André Quintaine : Je suis André Quintaine. J’ai créé en 1994 Sueurs Froides, un fanzine dédié au cinéma de genre qui depuis existe également sous la forme d’un site web. En 1998, j’ai créé Sin’Art, une association qui édite des fanzines et des films amateurs en DVD et qui gère un site web de VPC grâce auquel on peut acquérir des DVD et des fanzines des 4 coins du monde. En 2010, j’ai créé une nouvelle structure, Hantik Films pour éditer des films en DVD, mais pas seulement. Comme j’ai un « vrai » travail à côté, j’ai créé toutes ces structures en parfaite indépendance.

Versus : Qu’est-ce qui pousse l’ancien rédacteur en chef de Sueurs Froides à monter sa maison d’édition de DVD ?

A.Q. : L’appât du gain, évidemment ! Mais non… Tout d’abord, en ce qui concerne Sueurs Froides et Sin’Art, j’ai pu me reposer sur des gens talentueux, fiables et rigoureux pour continuer l’activité et reprendre mes tâches. Cela m’a permis d’avoir le temps d’entreprendre de nouvelles activités. En outre, en 15 ans, j’ai accumulé une foule de contacts très utiles. Par exemple, les 20 membres de l’équipe qui travaillent sur Hantik Films sont quasiment tous d’anciens bénévoles de Sin’Art ou de Sueurs Froides. Et mes contacts avec les éditeurs m’ont également beaucoup aidé. Stéphane Bouyer du Chat Qui Fume m’a apporté énormément d’informations utiles pour démarrer. Et naturellement, grâce à Sin’Art, la mise en page, le sous-titrage d’un film, etc, sont des choses que je pratiquais et maîtrisais déjà plus ou moins.
Finalement, il était donc logique de tenter l’aventure de l’édition DVD.

Versus : Quels sont les moyens pour y parvenir dans le contexte actuel difficile de l’édition ?

A.Q. : Le cas d’Hantik Films est particulier car les membres de l’équipe n’attendent pas sur les ventes pour remplir leurs assiettes. Nous avons tous un travail à côté. En revanche, et contrairement à Sin’Art et Sueurs Froides, nous voulions tout de même que tout le monde à Hantik Films soit rémunéré, même si chacun doit malgré tout beaucoup donner de lui bénévolement. Cet apport est important car il nous permet d’avoir la liberté de peaufiner un produit avant de le mettre en vente. Par exemple, les films de la Scare-ific Collection sont des films vraiment très obscurs et, grâce à notre disponibilité, nous pouvons nous permettre de soigner les éditions avec le visuel d’époque, un livret, un serial sous-titré en bonus, etc. Ce ne serait pas possible si nous devions compter toutes nos heures de travail.

Versus : Techniquement, où dénichez-vous ces films et comment se passe l’acquisition de leurs droits ?

A.Q. : Black Dragons, The Death Kiss et Tomorrow at Seven que nous avons sortis jusqu’à présent sont libres de droit. Nous n’avons donc pas eu à payer les droits d’exploitation de ces films. Nous avons simplement un contact, dont le métier est de trouver la meilleure copie existante de ces films et de vérifier s’ils sont vraiment libres de droit ou pas. C’est cette prestation que nous payons et rien d’autre. En revanche, nous sommes actuellement en négociation avec un réalisateur allemand pour exploiter son film en France et en Espagne. Là, il faut donc se tenir au courant de ce qui sort, via Internet, les revues de cinéma. Lorsque nous contactons un auteur, nous mettons en avant notre particularité. Nous essayons de valoriser plusieurs points qui nous semblent essentiels comme l’honnêteté de notre démarche ou la passion qui nous anime, mais également notre expérience. L’auteur sait alors que son œuvre bénéficiera d’une bonne exposition et que nous ferons le maximum pour la valoriser.

Versus : Comment travaillez-vous la ligne éditoriale de votre collection The Scare-ific…, quels sont les critères de sélection des films finalement édités ?

A.Q. : Les critères se sont un peu affinés ces derniers mois… Mais voilà… Les films doivent faire partie des années 20, 30 ou 40. Il ne doit pas forcément s’agir de films fantastiques, mais le scénario doit quand même distiller une ambiance mystérieuse. On ne fait pas dans les classiques ou les chefs-d’œuvre du genre car il faut que ce soit une authentique découverte. Quelque chose dans le film doit également susciter de l’intérêt, ou mieux, de l’attachement… C’est difficile à expliquer mais, pour Tomorrow at Seven, on tombe forcément sous le charme de Chester Morris. De même les deux comiques sont attachants avec leur humour de répétition bien vieillot. Pour Black Dragons, c’est le côté historique qui nous a séduit avec cette histoire de propagande se déroulant en pleine guerre mondiale, ainsi que le final incroyablement sadique. Pour The Death Kiss, c’était rigolo de retrouver tous les acteurs du Dracula de Tod Browning dans une histoire totalement différente. Le scénario parfaitement construit nous a aussi beaucoup plu. Depuis peu, nous essayons également de sélectionner des films avec un brin d’humour. Nous nous sommes rendu compte que la traduction des scènes comiques demande un travail tout à fait particulier. C’est plus dur, mais c’est très motivant.

Versus : Votre travail d’éditeur cherche-t-il à combler un manque dans l’éditions de DVD en France, en partant du principe que vous éditez les films que vous aimeriez trouver vous-même disponibles à la vente ?

A.Q. : Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte le fait qu’Hantik Films est un éditeur européen… Même si c’est plus facile à écrire qu’à faire, nos DVD sont prévus pour être commercialisés en Italie, en Allemagne, en Espagne, en France et, pourquoi pas, en Grande-Bretagne. Dans ce contexte, nous essayons de sélectionner des films inédits dans la plupart de ces pays, mais ce n’est pas évident. The Death Kiss est déjà sorti en Italie, Black Dragons en Espagne. Tomorrow at Seven est à ma connaissance inédit partout… Quoi qu’il en soit, notre travail d’éditeur ne peut pas être seulement de sortir des films inédits. En revanche, ce que nous aimerions vraiment, c’est susciter chez les cinéphiles de la curiosité pour ces films surannés. Les vieux films intéressent de moins en moins, ce qui se comprend car nous sommes inondés de nouvelles productions. Or, ces vieux films peuvent apporter des émotions qu’aucun film récent ne peut offrir : un charme désuet, une certaine naïveté, une ambiance d’époque, etc. C’est quelque chose que nous souhaiterions valoriser et c’est la raison pour laquelle en juillet dernier nous avons organisé un jeu sur 5 forums différents, dont 2 allemands. Il y avait des énigmes à résoudre qui amenaient à un indice et en rapprochant les indices de chaque forum, on découvrait le titre du troisième volume de la Scare-ific Collection, à savoir Tomorrow at Seven. Nous avons fait cela dans le but d’intriguer, d’éveiller la curiosité, de toucher par le jeu, de parvenir à faire un pont entre les gens et ce vieux film. L’initiative a été bien accueillie et nous allons donc développer le concept. A chaque nouvelle sortie, nous organiserons un nouveau jeu qui nous plongera tous dans l’ambiance des années 20, 30 ou 40. Le projet est encore un peu flou, mais ça pourrait être très intéressant, enfin, si nous y parvenons.

Couverture de Grausam Rouge #1

Versus : Parlez-nous également de la genèse de Grausam Rouge, qui comme vos DVD, s’ouvre à l’international puisque les textes y sont traduits en plusieurs langues ?

A.Q. : Grausam Rouge est un objet de référence, ou en tout cas un objet de collection qui se consacre à la reproduction de photos de films. Les 20 pages au format A4 proposent ainsi une quarantaine de photos, souvent de grande taille. L’idée, c’est d’en mettre clairement plein les yeux. Nous avons souhaité proposer le texte dans différentes langues afin de le rendre accessible au plus grand nombre. Le premier volume, entièrement consacré au film Vampire… Vous avez dit Vampire ? de Tom Holland, est sorti en mai dernier. Le prix de vente a fait grincer quelques dents… Mais c’est un peu de notre faute car nous avons vendu le produit comme un magazine. On s’attend donc plutôt à un prix entre 5 et 8 euros. Or, Grausam Rouge n°1 est vendu 14.95 €. Le prix de vente s’explique par les charges fixes importantes (acquisition des photos, traductions, impression couleur sur papier de qualité, marge accordée aux boutiques). L’accueil a malgré tout été bon mais il faut que l’on revoie notre stratégie de communication pour les numéros suivants… Par ailleurs, nous n’avons pas encore communiqué sur Grausam Rouge à l’étranger… Du coup, le second numéro n’est pas prêt de sortir alors qu’il devait être disponible en septembre ! Quoi qu’il en soit, et comme vous pouvez le voir, Hantik Films n’est pas seulement un éditeur DVD et nous avons d’ailleurs d’autres projets en cours de concrétisation.


Propos recueillis par Julien Hairault début septembre.

Chronique de Tomorrow at Seven à lire dans les prochains jours sur ce blog.

A visiter : www.hantikfilms.com


Extrait de The Death Kiss

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2 réflexions sur “André Quintaine, créateur de Hantik Films

  1. Pingback: Hantik Films en interview « Hantik Films

  2. Pingback: Hantik Films en interview - HantikFilms

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