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Cinq mois après la sortie en DVD de cinq des sept longs-métrages qu’il tourna pour le réalisateur américain Budd Boetticher, revoici l’acteur Randolph Scott dans deux nouveaux westerns qui précédèrent la fructueuse collaboration entre les deux hommes.




De facture plutôt classique, l’honnête L’Homme du Nevada (The Nevadan – 1950) est le troisième de ses films pour lesquels l’acteur participe à la production. Après une carrière riche d’environ soixante-dix longs-métrages depuis une vingtaine d’années, le comédien – soucieux de la qualité des œuvres cinématographiques auxquelles il participait – finit par occuper le poste de coproducteur (quelquefois non crédité) auprès de son associé Harry Joe Brown. S’il annonce par certains motifs et thématiques les métrages du duo Scott-Boetticher, L’Homme du Nevada ne parvient pas à atteindre l’excellence d’un Sept Hommes à abattre, d’un Comanche Station ou d’un L’Homme de l’Arizona, malgré la présence derrière la caméra de Gordon Douglas (La Flèche noire, Barquero, Rio Conchos, et dans un autre genre, Des Monstres attaquent la ville). Incarnant déjà un personnage solitaire, Scott interprète le rôle d’Andrew Barclay, un bandit qui croise la route de Tom Tanner (Forrest Tucker), hors-la-loi venant juste de s’échapper des menottes du shérif qui l’avait appréhendé, ainsi que d’une jeune fille, Karen Galt (Dorothy Malone), qui n’est pas insensible à ses charmes. Comme souvent dans les rôles de Scott, cette rencontre ne se concrétisera pas par l’amour, et Barclay poursuivra son chemin préférant le statut du poor lonesome cowboy à celui de mari affectueux et protecteur.

S’il est une thématique qui domine le métrage de Douglas, c’est sans nul doute celle de l’obsession dévorante et inapaisable qui caractérise la majorité des protagonistes de l’intrigue : Tanner ne pense qu’à récupérer la somme de 200 000 dollars en or qu’il déroba quelques temps plus tôt avant sa capture par les forces de l’ordre, tout comme le père de Karen, Edward Galt (George Macready), qui convoite le magot de Tanner et régente la petite ville de Twin Folks comme un patron autoritaire le ferait sur son entreprise (autre point commun avec les westerns de Boetticher, Décision à Sundown et L’Aventurier du Texas notamment). Seul Andrew Barclay ne semble pas être consumé par une obsession incontrôlable, manifestant au contraire une sérénité et un sang-froid à toute épreuve. Aucune trace de vengeance ni de culpabilité liée à un traumatisme passé pour le héros de L’Homme du Nevada, ce qui tranche avec de nombreux rôles que campera par la suite Randolph Scott.
Le sort réservé à Tom Tanner et à Edward Galt renvoie à une condamnation morale (et religieuse aussi sans doute) de cette « envie » dictant inévitablement les comportements de ces personnages : dans le meilleur des cas, la poursuite de l’or tant désiré aboutira à un retour à la case départ, quand les poignets de Tanner retrouveront les menottes portées au début du film ; pour Galt et ses hommes de main par contre, le sang se mêlera à la poussière lors de l’affrontement final dans le désert. Dans l’Amérique pieuse et conservatrice des années 1950, il n’est guère surprenant que l’un des « sept péchés capitaux » (même si sans doute le moins grave d’entre eux) n’éprouve un châtiment et une pénitence à la hauteur de la « faute » commise.
L’âpreté et l’inflexibilité du propos sont heureusement contrebalancées par de nombreuses touches d’humour traversant le métrage et qui offrent peut être ses meilleurs moments au spectateur : les deux frères Jeff et Bart (Frank Faylen et Jeff Corey) travaillant pour Galt et qui ne font que se chamailler tout au long du récit, le shérif de la ville (Charles Kemper) faisant également office de dentiste pour les habitants, les habits revêtus par Barclay au début du métrage et qui le font davantage ressembler à un notable citadin qu’à un cowboy des plaines de l’ouest sauvage. Un « déguisement » pour un homme qui dissimule sa véritable identité et ses réelles motivations à Tanner, tout comme le personnage de Ben Brigade que Scott incarnait dans La Chevauchée de la vengeance trompait ses compagnons, et les spectateurs avec. Une dernière filiation avec l’œuvre de Boetticher qui finit d’appréhender L’Homme du Nevada comme un « brouillon » appréciable des westerns que le réalisateur tournera plus tard avec Randolph Scott.




Nettement meilleur et toujours coproduit par Scott-Brown, Les Massacreurs du Kansas (The Stranger Wore A Gun) bénéficie d’un tournage et d’une sortie en relief sur les écrans américains en 1953, choix des plus insolites et cocasses pour une réalisation du cinéaste borgne André De Toth (La Chevauchée des bannis, Le Cavalier traqué, La Rivière de nos amours, et L’Homme au masque de cire avec Vincent Price, lui aussi en relief). Le procédé de tournage apparaît d’ailleurs à plusieurs reprises à la vision du métrage en DVD, où l’on ressent la profondeur de champ et les effets sur les décors – un rocher au premier plan par exemple – recherchés par la mise en scène de De Toth, dynamique et très plaisante, notamment lors des scènes de poursuite à cheval.
Randolph Scott incarne Jeff Travis, un espion travaillant pour le compte d’un officier sudiste désavoué par son propre camp, William Clarke Quantrill, bandit impitoyable, violent et arriviste. Personnage ayant réellement existé, Quantrill et son gang (dont les frères James firent partie) décimèrent de nombreuses victimes civiles au cours de leur existence , notamment lors du célèbre massacre de Lawrence. Rabatteur pour Quantrill dans le métrage de De Toth, Travis est chargé de repérer les villes prospères et de se lier d’amitié avec ses habitants avant de les livrer à la rapacité et la sauvagerie du gang de hors-la-loi. Une manipulation cynique et sans scrupules qui éloigne le personnage campé par Scott de la figure boetticherienne ne présentant jamais l’acteur sous le visage d’une amoralité insensible.

Très rapidement dans le récit pourtant, Travis choisira de quitter Quantrill et sa bande, rongé par les remords quand le chef des bandits abattra de sang froid un vieil homme qui lui avait ouvert les bras et offert le gîte. Pourchassé pour sa participation aux exactions , le « héros » devra fuir et changer d’identité – il se fera appeler Mark Stone – mais persévèrera dans la manipulation et le mensonge : il cachera à la famille Conroy gérant le relais postal sa responsabilité dans la mort de leur oncle Jake, et offrira ses services au notable de la ville Jules Mourret (George Macready) qui cherche à s’emparer du butin régulièrement livré par la diligence de la malle-poste. Incapable de faire preuve d’une loyauté et d’une fidélité dans ses relations sociales, Travis n’hésitera pas à tromper Mourret et sa clique (dont ses deux bras droits incarnés par Lee Marvin et Ernest Borgnine) et raviver la concurrence avec le vieux rival de Mourret, Degas, rêvant de reprendre le contrôle de la ville et, accessoirement, mettre la main sur le magot. Au cœur de ce « jeu » fait d’impostures et de trahisons, Travis finira par laisser les deux clans ripoux s’entretuer, protégeant ainsi les Conroy de leur convoitise insatiable. C’est à travers la scène du « jeu de cartes » que le motif principal des Massacreurs du Kansas prendra tout son sens : même avec un mauvais jeu – une paire de sept – ne lui permettant pas théoriquement de battre les deux cowboys à sa table, Travis est celui qui est au cœur de l’image/du jeu, ses adversaires restant dans le hors-champ. Ce bluff ne suffira cependant pas à gagner la partie, puisque c’est son amie, avec une paire de neuf, qui remportera la mise. Et s’il semble vouloir arrêter le jeu de la manipulation, Travis ne sera pas capable de se ranger et se poser, lui qui refuse lors du finale la proposition de la famille Conroy de travailler pour eux, malgré l’attirance que lui porte la jolie Shelby Conroy (Joan Weldon). Une nouvelle variation du poor lonesome cowboy en quête de rédemption, comme les affectionnait tant Randolph Scott.

Fabien Le Duigou

> DVD sortis à la vente le 1er décembre 2010.

> Lire aussi les chroniques des DVD westerns de légende (tous disponibles chez Sidonis) dans DVD Park II n° 4, 5 & 6, ainsi que dans Versus n° 19 & 21.



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