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Documentaire italien sélectionné dans de nombreux festivals européens – avec quelques prix à son actif – La Bocca del Lupo (La gueule du loup) est initialement une commande d’une fondation jésuite au réalisateur Pietro Marcello. La fondation souhaitait un documentaire sur les bas-quartiers Génois (Croce Bianca, Via Prè, Sottoripa,…) et sa population de sans-abris et marginaux en tout genre. Une population que la Fondation connaît bien et assiste quotidiennement.
Après un temps d’observation et d’acculturation relevant quasiment d’un travail d’ethnologue qui s’inscrit dans un milieu inconnu, le réalisateur rencontre le personnage d’Enzo, ancien gangster qui aura passé une grande partie de sa vie derrière les barreaux. Une gueule burinée qui n’aurait pas dépareillée dans les polars italiens des années 1970. Dès lors, Pietro Marcello sait que son film ne peut pas faire l’impasse sur cet homme qui a réussi à se reconstruire à travers l’amour (il rencontre en prison Mary, un transsexuel ; ils entameront tous les deux une histoire passionnelle qui dure encore aujourd’hui) même si sa réintégration sociale – notamment professionnelle – est plus problématique.

La Bocca del Lupo retrace donc autant l’histoire des quartiers populaires de Gênes que celle d’Enzo le truand amoureux. Une voix off (celle d’Enzo, même si ce n’est pas lui qui déclame ces paroles) évoque le déclin de ces quartiers tout en suggestion et en poésie, loin d’un argumentaire économique ou sociologique, le réalisateur ayant choisi de faire parler l’Histoire par des images d’archives du XXème siècle. Des images de chantiers côtoient alors celles de la vie passée dans ces quartiers ouvriers.
De l’apogée industrielle des zones portuaires de la ville du début du siècle à la désindustrialisation et les suppressions d’emplois qui frappera irrémédiablement le prolétariat de ces quartiers, le spectateur est pris dans un maelström d’images, sans aucun repère temporel lui précisant à quelle époque il se situe. La confusion est renforcée car même les images les plus récentes sont quelquefois vieillies par un certain grain sur l’image. Les notes de production indiquent par ailleurs que le film n’a pas été conçu selon un scénario précis, mais qu’il a réellement pris forme dans la salle de montage, à travers l’agencement de toutes ces images qui encadrent les rencontres avec Enzo.

C’est donc en entrant par la petite porte de l’intimisme que La Bocca del Lupo raconte le désenchantement du « Rêve industriel » génois et une histoire d’amour certes singulière mais qui fait ressortir l’universalité de ce sentiment. Un métrage reposant quasi-uniquement sur les sensations éprouvées à la vision de ces images, qui peut parfois paraître hermétique au spectateur. Une belle expérience sensorielle et humaine, à l’immersion quelquefois difficile, mais qui au final vaut largement d’être vécue.

Fabien Le Duigou

> Sortie en salles le 23 juin 2010



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