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Le nom de Dennis Quaid au générique de cette petite production, distribuée dans nos contrées par Sony, devrait mettre immédiatement la puce à l’oreille : quand l’interprète légendaire de L’Étoffe des héros et de L’Aventure intérieure appose son nom sur l’affiche d’un film, on sait déjà que celui-ci sera, au mieux médiocre, au pire nullissime. Et ce n’est pas la récente bonne surprise de Pandorum qui renversera tout à fait cette tendance. Il semblerait que ce pauvre Quaid, pourtant doté d’immenses qualités et d’un charisme fou, ait un mal fou à choisir sérieusement ses scénarios, profitant de quelques belles occasions pour briser la litanie de ses navets (Loin du paradis ou Le Jour d’après dans deux genres très différents). Si ce n’était que lui… Mais pour Légion, et c’est bien plus grave, le comédien maudit attire un autre grand acteur dans les filets de l’insignifiance : que vient faire Paul Bettany, l’immense comparse de Russell Crowe dans Master and Commander et Un homme d’exception, dans pareille galère blasphématoire ? Certes, le scénario lui proposait des ailes d’ange ; mais il aurait dû se méfier en lisant, dès les premières pages, qu’il lui faudrait se les couper, geste qui résonne comme la métaphore d’une castration de talent.

Son arrivée façon Terminator, nu comme un verre, dans les rues de Los Angeles, ainsi que cette ablation immédiate des organes aviaires, a pour effet d’intriguer le chaland. Le propos du scénariste Peter Schink (monteur sur Barb Wire tout de même !) s’avère plutôt intrigant : afin de punir la race qu’il a lui-même créée, et la détruire pour la seconde fois après le fameux déluge, le Créateur envoie sur Terre une armée d’anges qui prennent possession des corps humains. Ces possédés prennent les attributs traditionnellement réservés aux démons de cinéma : yeux sombres et fixes, dents allongées, voix caverneuse, membres extensibles, tendance à mordiller la jugulaire de son prochain. La première grosse attaque du film, par exemple, met en scène une paisible grand-maman qui brusquement s’en vient insulter les clients d’un restauroute perdu au milieu de nulle part, avant de sautiller de murs en plafond toutes dents dehors. Pas très catholique, tout ça. S’il voit ce film, c’est sûr, Jésus crise.

Une fois passée cette attaque et mis en place le dispositif narratif – qui voit une bande d’amateurs aussi représentatifs de la société qu’un panel de sondés se barricader dans le routier pour résister aux marées successives des armées angéliques, façon Assaut ou La Nuit des morts-vivants version auréolée – les bonnes idées suivent le mouvement et se barricadent, effrayées à l’idée de montrer leur nez délicat. La suite n’est donc qu’un étalage de poncifs rébarbatifs et de situations débiles, tandis que le spectateur passe l’essentiel de son temps à se demander pourquoi, si Dieu a vraiment envie d’empêcher la naissance d’un mouflet capable de sauver cette maudite humanité, il ne la fait pas simplement disparaître d’un claquement de doigts, plutôt que d’envoyer trois cents pauvres badauds dont les mâchoires s’étirent comme du chewing-gum et qui tombent prosaïquement sous les balles, plutôt que de nous infliger ce déchaînement de mauvaises répliques lancées à intervalles réguliers, tel un glas annonçant la fin du monde.

Ce serait faire un faux procès à Légion, toutefois, que d’insinuer qu’on s’y ennuie. La pilule passe plutôt bien, pourvu qu’on se fasse à l’idée que l’ange Gabriel, « tonton flingueur » du casino Paradis, se castagne avec une masse épaisse en argent massif ; et que les benêts agressés acquiescent sans poser de questions lorsque Michael, tout frais débarqué en voiture de police, leur annonce la fin du monde et les exhorte à se défendre contre une marée de créatures divines mais dangereuses. Au bout de plusieurs heures, tout de même, l’un des personnages finit par lui demander : au fait, qu’est-ce qui se passe ? Bien : c’est précisément la question que l’on se pose au même moment.

Eric Nuevo

> Sortie en salles le 24 mars 2010



Légion – L’Armée des anges, bande-annonce en VOST



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