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En Amérique, les comics sont un vivier inépuisable et désormais à la mode dont les adaptations se sont multipliées afin de répondre à un marché en pleine expansion. De sorte que la quantité prime sur la qualité. Ainsi pour une trilogie arachnéenne de haute volée, un diptyque du diurnambule Blade vraiment étonnant et la relance de la franchise Batman par Nolan nous aurons eu à supporter les Daredevil, Ghost Rider, Elektra et autres 4 Fantastiques. A défaut d’une véritable vision et d’un projet de mise en scène de la part du réalisateur, il faut retranscrire jusqu’à l’absurdité les cases de ces nouveaux objets de culte. Watchmen étant l’ultime représentation de cette aberration, occultant l’esprit animant la bande-dessinée de Moore et Gibbons pour n’en conserver que l’imagerie. En France point de super-héros iconiques mais impossible de rester à l’écart de cette tendance à revisiter un patrimoine culturel populaire. Le problème est que le résultat à l’écran reflète l’impossibilité de trancher entre la volonté de reproduire une narration plus adaptée à la planche à dessin, et celle de transgresser le matériau de base. Déjà bien échaudés par les adaptations foireuses du plus célèbre des gaulois (seul le Mission Cléopâtre de Chabat mérite de s’y attarder bien qu’il s’agisse d’un détournement dans l’univers des Nuls plutôt qu’une véritable aventure d’Astérix), voilà que débarque le 21 octobre, Lucky Luke avec Jean Dujardin dans le rôle-titre et réalisé par James Huth, responsable des nullissimes Brice de Nice et Hellphone.

Difficile d’attiser l’intérêt même si l’énorme capital sympathie dont bénéficie Dujardin depuis Un Gars, Une Fille et surtout les deux aventures de OSS 117 semble justifier à lui seul la mise en chantier d’un tel projet. Bon point, Huth fan déclaré de l’œuvre de Goscinny et Morris, a décidé de parsemer ici et là son film d’éléments et motifs présents sur le papier plutôt que de se borner à un recopiage servile d’une aventure en particulier. Une volonté de s’éloigner de la bande dessinée originelle qui ne tardera pas à se heurter au manque de cohérence et d’idées de la vague trame qui tient lieu de scénario. Et vu la direction d’acteur et la pauvreté de la mise en scène dont fait preuve Huth, pas facile de trouver de quoi se sustenter dans un spectacle clairement envisagé pour des gamins attardés. Même si le Lucky Luke dessiné ne pouvait se prévaloir d’une quelconque profondeur ou réflexivité au moins prenait-il avec sérieux, enthousiasme et honnêteté le genre dans lequel il s’inscrivait et le public auquel il s’adressait. Toute chose qu’oublie le film, sacrifiant les références nourrissant la BD (John Ford, Leone en premiers lieux) pour se concentrer sur des gags dignes du bac à sable.

Pourtant, cela avait relativement bien débuté, la première demi-heure est plutôt réussie, magnifiée par des décors de toute beauté (le désert de sel d’Argentine notamment) et l’on retrouve les délires graphiques des albums : la chape de fumée des cigarettes, opaque et stagnante, que l’on ne peut traverser qu’en se baissant, l’habileté surnaturelle de Luke à dégainer plus vite que son ombre, locomotive débarquant de nulle-part, ambiance signifiée par un code couleur (ici le rouge colore le cadre lors de l’assassinat des parents de Luke), etc. Mais difficile de se tromper quand on s’appuie autant sur les gags (le billet de 1 dollar que l’on transperce d’une balle et qui retombe sous forme de quarters troués) et la mise en images de la B.D originelle… Huth tente de donner une origine au comportement héroïque (ou super-héroïque tant les comics américains sont attachés à ce genre de justification) de Lucky Luke par un trauma que le récit en question devra amener à dépasser mais n’est pas Leone ou Raimi qui veut. Cependant, cela se gâte indéniablement dès le moment où notre poor lonesome cow-boy croit avoir tué en duel Pat Poker (Daniel Prévost). Effort louable de la part de Huth de tenter de reprendre en main la création de Morris et Goscinny malheureusement cela vire rapidement au grand n’importe quoi : Jolly Jumper, dont la B.D nous faisait partager ses pensées, ici parle (?!), Luke qui le pelote en dormant (??!!), la romance en carton pâte avec l’inévitable Alexandra Lamy, les persos insupportables de Jesse James (Melvil Poupaud) outrancier et grimacier et déclamant toutes les 5 minutes du shakespeare et de Billy The Kid, interprété par l’inénarrable Michael Youn (pas la peine d’en rajouter)… Le tout tendant vers des gags digne de Brice. Le gros (l’énorme, oui) souci est que Jean Dujardin cesse dès lors d’interpréter Lucky Luke et fait du Jean Dujardin.
Un film qui navigue à vue, tentant par à coup de reprendre une esthétique tirée de la B.D et dans le même temps voulant moderniser la légende et rendre le personnage plus sérieux en époussetant les résidus du génial Leone. Mis à part quelques fulgurances (l’entrée de James et du Kid dans le repaire du méchant, découpant leurs silhouettes à coup de balles), les 3/4 du film tombent à plat, jamais drôles ou enlevés, manquant cruellement de rythme et d’un récit suffisamment structuré. Si tout ce qui a précédé ne suffisait pas, le film se permet de révéler ses véritables intentions lorsque Luke et ses alliés d’un jour arrivent en face d’un gigantesque bandit manchot. Une représentation de l’antre du méchant qui se révèle être une figuration étonnante de lucidité de ce film qui n’est au final qu’une énorme machine à fric boursouflée uniquement destinée à vous soutirer vos deniers. Un cynisme affiché avec une honnêteté effrayante en face duquel les spectateurs, anesthésiés par une telle succession de bêtise, auront du mal à se révolter.

Nicolas Zugasti

> Sortie le 21 octobre 2009







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Une réflexion sur “« Lucky Luke » de James Huth

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