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L’univers du stand-up à l’américaine semble nous être interdit ; du moins, il paraît difficilement apte à traverser les frontières. Question d’humour ? Affaire de culture ? Ou est-ce simplement que je fais ma mauvaise tronche et que je ne veux pas accepter des jeux de mots trop gras pour ma sensibilité ? Que nenni. La faute en revient à Judd Apatow, scénariste et réalisateur de Funny People, autrefois aux commandes écrites et filmées de 40 ans toujours puceau et En cloque, mode d’emploi, deux films qui, paraît-il, permettaient de faire travailler correctement les zygomatiques. Je n’avais, pour ma part, pas eu l’occasion de me lancer dans l’aventure de ces deux « perles » d’humour américain, avec quelque regret, mais c’est un manque qui peut être aisément comblé. Seulement il ne faudra pas se contenter de penser à Funny People en lançant les galettes de ses films précédents dans le lecteur DVD, tant Apatow semble avoir perdu de cet humour qui faisait son charme. Pour être tout à fait clair : cette dernière livraison tourne largement à vide, comme si le metteur en scène s’évertuait à avancer sur un vélo d’appartement, et sa durée excessive y est pour beaucoup. 2h20 suffiraient amplement à projeter deux bons films, ou un double programme à l’ancienne ; et pour une comédie, c’est définitivement beaucoup trop long. Disons que la moitié du temps aurait largement suffi pour un ton comique qui se veut, justement, véloce et implacable. Osons une comparaison : si un comique devait faire du stand-up durant 2h20, en sortirait-il quelque chose de bon ? Sans doute pas, puisque leurs numéros ne durent qu’une dizaine de minutes à peine. Les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures – toujours ! – et les comédies qui tirent le moins en longueur les plus intéressantes.

Ou alors, c’est que le cinéaste considère qu’il doit porter un message… Et là, l’histoire se complique. L’humour aussi. C’est le problème de Funny People : plutôt bon dans sa première partie, avec un Apatow visiblement maître de son sujet, le film, via des protagonistes caricaturaux mais attachants (comprendre : un croisement entre des nazes et des geeks qui préfèrent parler de gonzesses durant des heures plutôt que d’aller se prendre des vestes face à la gent féminine, trop exigeante pour eux), tourne en dérision l’univers désenchanté et sordide du stand-up, d’où sont extraits des foules de comiques vulgaires et misogynes. Et cet univers le mérite bien : protagonistes agaçants et prétentieux, public désagréable, blagues foireuses. Les « stand-upeurs » passent l’essentiel de leur spectacle à évoquer des noms d’oiseaux et à explorer leurs parties génitales, quand ils ne fantasment pas sur la scatologie la plus primaire. Il y a quelque chose de jouissif à respirer tout ce cynisme et cette ironie de bon aloi. Mais les choses se gâtent dans la seconde partie, dès lors que son principal personnage, le célèbre faiseur de blagues Georges Simmons, atteint d’une forme rare de maladie du sang et promis à une mort hautement probable, tente de reconquérir son amour de jeunesse qu’il n’aurait jamais dû laisser tomber, et qui s’est marié à un brillant cadre australien, doté d’un accent à couper à la machette africaine. Apatow perd alors toute sa hargne ; et un événement advient qui renverse cette sympathique machine qu’il aura fallu une heure pour démarrer. Pourquoi un tel revirement pour passer d’un comique gras mais intéressant à une romance ennuyeuse et boursouflée ? Mystère.

George Simmons est un trublion totalement en déni de réalité. Excellemment joué par Adam Sandler, qui heureusement lui prête ses traits, Simmons n’est plus qu’une image médiatique que les gens reconnaissent sur leur chemin, mais qui ne correspond plus à aucun référent matériel. Il n’a plus d’existence propre ; et personne n’a envie de savoir que, chez lui, dans son intimité, cet homme qui fait rire l’Amérique dans des films aux titres ô combien savoureux et qui n’ont de cesse d’être rediffusés pour les gogos qui regardent la télévision plus de cinq heures par jour (et je ne parle toujours pas de la France, contrairement à ce qu’on pourrait croire), peut s’avérer être un humain triste. Tout simplement triste. Parce qu’il n’a plus de compagne – seulement des compagnes d’un soir – et parce qu’il n’a pas de véritable ami, à tel point qu’il prend le débutant Ira Wright (Seth Rogen, sympathique) pour lui servir de pourvoyeur de vannes mais également de pote éphémère. Finalement, l’aspect humain de Simmons resurgit lorsque la maladie – et le fatal horizon de la mort – le renvoie à sa condition de mortel. Pour un homme public, réputé, acclamé et célébré partout, la présence de la maladie qui ronge les cellules est comme ce conseiller qu’on attribut traditionnellement à César et qui ne cessait, paraît-il, de lui répéter : « Rappelle-toi que tu n’es qu’un homme ». Voilà ce qu’apprend la maladie à Simmons. Et voilà ce que nous dit le film : les « funny people » ne sont pas des gens très drôles, en réalité. Dès le coup d’envoi de la seconde partie, cet état de fait explose en morceaux. Et le soufflé retombe à mesure que la moralité de cette histoire se fait jour. Merci Judd, nous avions besoin de vous pour comprendre que le succès n’est pas tout dans la vie.

Reste donc, grosso modo, la première heure, attaque en règle contre l’égocentrisme masculin de ces comiques à la mode qui, pour devenir un tant soit peu célèbres, jouent la carte permanente du « zizi, pipi, caca » auprès d’un auditoire décérébré. Tout n’est pas amusant (le problème de la culture ou de la langue, encore une fois ?) mais pourquoi pas. À James Taylor, venu chanter à l’ouverture d’un séminaire MySpace (ce qui fait dire au chanteur « Fuck Facebook ! »), Ira Wright, déjà assistant personnel de Simmons et wannabe comique en herbe, demande : « Vous n’en avez pas marre d’interpréter toujours la même chanson ? ». Ce à quoi Taylor rétorque : « Et toi, tu n’en pas assez de parler toujours de ta bite ? ». Voilà qui résumerait assez justement la portée critique de Funny People, dont les personnages d’adolescents pervers ne conçoivent l’existence qu’à travers l’expression sexuelle, autrefois transgressive mais désormais passée de mode. Le plus triste, c’est que les séquences du film qui ne font pas appel à ces inepties d’adolescents sont plutôt amusantes, voire très drôles : au détour de références cinématographiques particulièrement bien vues, tels ces renvois à Piège de cristal lorsque le médecin suédois apparaît, on se donne l’occasion de bien s’entraîner les mâchoires. Mais ces moments restent des exceptions : sûr qu’on ne saurait faire du stand-up pendant deux heures et qu’il faut savoir trouver des moments pour s’affaler sur ses acquis.

Eric Nuevo

> Sortie en salles le 7 octobre 2009




Funny People – Bande-annonce en VOST



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2 réflexions sur “« Funny People » de Judd Apatow

  1. À noter aussi une performance vocale bien barge de la part d’Eric Bana, ici complètement survolté en mari australien physiquement, heu, impressionnant. Vous vous souviendrez longtemps de son : « Cameron Diaz ? Fuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuck ! ».

    S.L.

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