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Bien connu des spectateurs de Canal + et plus spécifiquement des programmes du Groland, Gustave De Kervern et Benoît Délépine importent depuis quelques années leur univers bien particuliers sur le grand écran. Auteurs des déjà bien barrés Aaltra (2004) et Avida (2006), ils refont surface cette année avec Louise-Michel (sans « e », oui cela revêt même une grande importance), un conte de Noël très spécial. Autrement dit, très grolandais !

Tout commence dans une usine fabriquant des cintres et sise en Picardie. Les employées subissent leur travail harassant et aliénant jusqu’à l’heure de quitter leur lieu de travail, véritable moment de joie (limite si elles ne se bousculent pas pour pointer la première !). Toutes sauf Louise (Yolande Moreau, fabuleuse de présence physique), qui traîne sa peine et son état dépressif même hors les murs. Et puis, parce que le contexte économique l’exige (la crise économique actuelle ne faisant qu’appuyer une situation délabrée depuis bien longtemps), il faut délocaliser l’usine. Tandis que Francis Kuntz fait diversion en leur offrant…de nouvelles blouses (!) (une séquence aussi drôle que dérangeante car vraisemblable, bien dans l’esprit Groland), les propriétaires profitent de la nuit tombée pour vider les lieux. Et au moment de l’embauche, c’est à l’intérieur d’une usine désaffectée que les ouvrières vont pénétrer. Désespérées mais bien plus en colère, elles décident rapidement de ne pas se morfondre et de répliquer par une action collective. Plutôt que de partir chacune de leur côté avec une indemnité dérisoire, autant tout mettre en commun pour financer une solution. Et c’est la taciturne Louise qui la proposera, animée par un passé violent (voir le sort qu’elle réserve au banquier venu réclamer les traites impayées : superbement jouissif !) : engager un tueur professionnel pour buter le patron ! Une solution aussi radicale que limpide. Face à la mort sociale que génère ce genre de délocalisation, les victimes vont réagir en semant une mort cette fois-ci bien physique.
Problème, où trouver un tel professionnel ? Louise en fait son affaire et finira par dénicher rapidement et par hasard la perle rare. Du moins c’est ce qu’elle pense car il s’avère que l’homme en question, Michel, s’occupe de question de sécurité certes mais sans qu’il soit question qu’il refroidisse quelqu’un. De plus c’est un lâche doublé (triplé, ça se dit ?) d’un bonimenteur et d’un paranoïaque. Et évidemment, rien n’ira comme prévu. D’autant moins que la véritable cible semble se dérober à chaque fois, puisque chaque cadavre laissé fumant sur le bitume renvoie à un responsable plus haut placé dans la hiérarchie. Le simple gérant de l’usine ne fait qu’obéir aux ordres d’une société bruxelloise elle-même obéissant à des administrateurs basés dans un paradis fiscal, etc… Une quête sans fin, kafkaïenne en diable et drôle à en mourir. Car si le ton est décalé, les dialogues désopilants, les situations et la caractérisation des personnages savoureuses (Poelvoorde en théoricien du complot et reproduisant un certain jour de septembre en miniatures est abominablement hilarant), les réalisateurs parlent de choses graves et se montrent aussi violents que les patrons licenciant à tour de bras.

Je ne voudrais pas trop en dévoiler mais Délépine et De Kervern mélangent habilement quête identitaire et chasse au criminel en col blanc pour culminer vers une réappropriation de leur vie par nos deux illuminés. Il est intéressant de noter qu’aucun des protagonistes n’assume vraiment ses actes ou ses manques, du moins pas avant la conclusion. Que se soient les patrons renvoyant toujours à un supérieur hypothétique ou même Michel qui tentera de faire faire le sale boulot par des connaissances au bout du rouleau (soit atteint d’une maladie incurable, soit n’ayant plus rien à attendre de la vie. Des scènes fortes où le burlesque le dispute à l’émotion. Un véritable numéro d’équilibriste parfaitement maîtrisé) ou encore Louise qui se mettra en rogne dès qu’on lui rappellera qu’elle ne sait pas lire.

Désolé, c’est vraiment un avis à chaud et un peu bordélique, un peu comme le film d’ailleurs puisque ce dernier est tellement enthousiasmant qu’il incite à convaincre le plus grand nombre d’aller le voir. Surtout, c’est un formidable coup de pied au cul qui peut s’avérer fondamental au vu de la crise actuelle, des mesures prises par le gouvernement ou des troubles émaillant la Grèce. En tout cas, c’est l’espoir et surtout l’interrogation formulée par le film, qu’attendons-nous pour leur foutre au cul ? De Kervern l’avoue, lui-même est assez couard dans son genre. Il fait des films engagés où  la sincérité et les convictions profondes transparaissent sans mal mais son action se limite à ça. Mais ça, c’est déjà beaucoup. Mieux, dans un paysage cinématographique français formaté et frelaté, c’est carrément énorme.
Dernière petite chose, le titre du film fait référence à Louise Michel, anarchiste communiste ayant combattu sur les barricades de La Commune. Sauf qu’ici le film est intitulé Louise-Michel. Mais là encore, le trait d’union a toute son importance voire fait la différence. Et la force ?

> Sortie le 24 décembre 2008.

Nicolas Zugasti

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