Imaginons un camp de vacances américain de l’été 2003 où des gamins de 12-13 ans s’entraînent au water polo. Vont se jouer là des jeux cruels, des questions de domination et d’exclusion qui montrent qu’en ces domaines, les enfants sont à l’image des adultes. On a déjà vu cela dans de nombreux films dont Sa Majesté des mouches est sans doute le plus perturbant.
Sur un sujet sans doute bien exploré, The Plague, le film de Charlie Polinger qui sort en Blu-ray et DVD chez Blaq Out, crée une forte impression. Car il est visuellement très intéressant. Dès la première séquence, la caméra est placée au fond d’une piscine dans laquelle des enfants plongent soudain. Dans le supplément, Charlie Polinger explique que cela lui a fait penser à des balles qui jaillissaient et qu’il a fait en sorte d’accompagner, dans la bande sonore, cette image de sons adéquats. Immédiatement, on comprend que l’on a affaire à un film maîtrisé, que ce soit du point de vue de l’image et de la musique que de celle du récit.

Tout au long du film, les enfants viennent perturber l’équilibre géométrique des lieux, comme si, toujours selon Polinger, « des enfants amenaient des couleurs et du chaos dans un décor industriel neutre ». Il ajoute : « Comme un tableau de Jackson Pollock perturbé par des enfants. »
Dans tout groupe, on trouve un enfant à part, qui ne fait rien pour intégrer le cercle qui le tient à distance. C’est le cas d’Eli (Kenny Rasmussen), dont les rougeurs sur la peau font dire aux autres qu’il est porteur de la peste. Ben (Everett Blunck), qui se sent lui aussi mal à l’aise face aux autres qui se moquent de son accent de Boston, va hésiter : faire partie du groupe ou se rapprocher d’Eli.

Habillant ces férocités adolescentes, injustes et à la limite du sadisme, Charlie Polinger offrent des plans appartenant au domaine du rêve, tel celui de jeunes filles qui semblent marcher sur l’eau alors qu’elles ont été filmées la tête en bas dans la piscine, leurs pieds affleurant la surface, et que l’image a été renversée. Ou ce plan géométrique de l’espace, strié de lignes droites, là où les enfants apportent du désordre.
Ce film sensible parvient à nous faire ressentir l’anxiété de Ben et d’Eli, ce qui est accentué par la manière de filmer, proche des films d’horreur. Jusqu’au bal final qui peut faire penser à Carrie, le baquet de sang en moins. Parmi d’autres sources d’inspiration, Polinger cite également un personnage du Full Metal Jacket de Kubrick, incarné par Vincent D’Onofrio, que les autres surnomment « Grosse baleine ». « Eli est proche de lui, lui qui est une boule d’énergie négative. »

Parmi les nombreux points positifs de The Plague, on notera la qualité de l’interprétation. Aux côtés de Joel Edgerton, les enfants sont remarquables, qu’ils jouent des ados mal dans leur peau ou ceux qui, malgré leur visage angélique, persécutent leurs camarades.
Dernière interrogation : pourquoi avoir choisi de préciser 2003 comme l’année où se déroule le camp de vacances ? C’est que Charlie Polinger est né en 1990 et qu’il avait exactement 13 ans cette année-là, soit l’âge de ses personnages. Autant dire qu’il y a certainement beaucoup de détails autobiographiques dans ce récit, ce qu’il ne nie pas. D’autant plus que The Plague est son premier long-métrage, tourné après deux courts.
Jean-Charles Lemeunier
The Plague
Année : 2025
Origine : États-Unis
Réal., scén. : Charlie Polinger
Photo : Steven Breckon
Musique : Johan Lenox
Montage : Simon Njoo, Henry Hayes
Durée : 98 min
Avec Everett Blunck, Kayo Martin, Kenny Rasmussen, Joel Edgerton…
Sortie en Blu-ray et DVD par Blaq Out le 7 octobre 2026.