Voilà un film qu’il faut découvrir absolument. D’autant plus que Carlotta nous en offre une nouvelle restauration 4K et le propose, pour la première fois, en 4K UHD et Blu-ray dans des versions cinéma et Director’s Cut. Signé par Michael Almereyda, Nadja n’est pas toujours facile d’accès, plusieurs séquences étant tournées avec une caméra PXL 2000, également appelée PixelVision. L’appareil, qui est en fait un jouet commercialisé par Fisher Price, propose des images pixelisées qui donnent au film un côté arty pouvant, suivant les goûts, plaire ou déplaire. Autant dire, pour ceux que l’originalité passionne, que le film est un choc graphique, avec un magnifique noir et blanc — quand il n’est pas bien sûr pixelisé — et des plans dont on se souvient longtemps après les avoir vus.
« Qui suis-je ? » se demandait Nadja dans le roman éponyme d’André Breton. Cette question, la Nadja du film d’Almereyda se la pose également. Incarnée par Elina Löwenson, future muse de Bertrand Mandico, cette jeune et très jolie jeune femme est en fait la fille de Dracula. Elle vit à New York, où elle rencontre Lucy (Galaxy Craze), laquelle est mariée à Jim (Martin Donovan).

On va retrouver, dans ce récit d’errance, les grands personnages mythiques de la saga : Van Helsing (joué par un Peter Fonda chevelu et complètement déjanté), Renfield (Karl Geary), Lucy (Galaxy Craze)…
Van Helsing, le plus connu des chasseurs de vampires pour qui s’intéresse à Bram Stoker et aux films qui ont été adaptés de son œuvre, sort de prison pour avoir planté un pieu dans le cœur d’un homme. Si le nom du personnage et son geste ne détonnent pas dans un film de la Hammer, reconnaissons que tout cela devient très étrange dans le New York contemporain. « On est entré dans une zone d’ombre », remarque Van Helsing et tout Nadja repose sur cette étrangeté expressionniste faite d’ombres et de lumières.

On peut voir ainsi deux belles femmes prendre à pleine main une grosse tarentule et la caresser. Nadja, filmée en gros plan, marcher normalement dans une rue quand d’autres, derrières elle, se déplacent au ralenti. Des déambulations dans des lieux étranges et fantomatiques, et pourtant situés à New York.
Tout est ainsi surprenant et beau, cauchemar peuplé de personnages atypiques, jusqu’à cet employé de la morgue incarné par David Lynch, lequel produit le film. Ajoutons que, dans les bonus, on retrouvera des interviews d’Elina Löwensohn, de la productrice Mary Sweeney, de l’assistante de production Amy Hobby, du chef op’ Jim Denault et du musicien Simon Fisher Turner.
Jean-Charles Lemeunier
Nadja
Année : 1994
Origine : États-Unis
Réal., scén. : Michael Almereyda
Photo : Jim Denault
Musique : Simon Fisher Turner
Montage : David Leonard
Prod. :Mary Sweeney, Amy Hobby, David Lynch
Durée : 93 min
Avec Elina Löwensohn, Suzy Amis, Galaxy Craze, Martin Donovan, Peter Fonda, Jared Harris, David Lynch…
Sortie pour la première fois en 4K UHD et Blu-ray par Carlotta Films le 20 octobre 2026.