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Dans la fin des années soixante, un nouveau genre conquiert le public espagnol, le fantaterror. Sous la chape du franquisme, le genre explore de nouveaux territoires, se risque à quelques écarts politiques et glisse quelques nudités féminines. En 1971, s’inspirant tout à la fois des vampires et des morts-vivants, le cinéaste Amando de Ossorio créé des personnages terrifiants, les Templiers aveugles. Quatre films naîtront de cette inspiration : La noche del terror ciego (1971, La Révolte des morts-vivants), El ataque de los muertos sin ojos (1973, Le Retour des morts-vivants), El buque maldito (1974, Le Monde des morts-vivants) et La noche de las gaviotas (1975, La Chevauchée des morts-vivants). 

Le Retour des morts-vivants

Après La Chevauchée des morts-vivants, sorti en DVD en 2024, voici donc Le Chat qui fume qui nous sert sur un plateau Le Retour et Le Monde, sachant que les films ne se suivent pas et peuvent être vus séparément. Devenus mythiques avec le temps — beaucoup de revues spécialisées en parlent —, on va enfin pouvoir goûter à ces effrayants chevaliers sans yeux qu’une malédiction fait revenir régulièrement — et un bonheur pour les cinéphiles amateurs du genre.

Le Monde des morts-vivants

Ces personnages sont tellement emblématiques qu’ils ont pu servir de modèles aux Nazguls du Seigneur des anneaux. On sait que Peter Jackson est resté très fidèle au texte de Tolkien et que les Nazguls y sont bien décrits. Peut-être est-ce Ossorio qui, lui-même, s’est inspiré des cavaliers fantomatiques de Tolkien pour créer ces squelettes encapuchonnés ? Quoi qu’il en soit, soyons sûrs que ces Templiers aveugles ont un sacré look et les voir chevauchant leurs montures, dans Le Retour des morts-vivants, ou sortir de l’eau, dans Le Monde des morts-vivants, fait un sacré effet !

Si Le Retour se déroule au Portugal et Le Monde au milieu de la mer, c’est que la censure franquiste refusait que des sujets dérangeants soient situés en Espagne-même. C’est bien connu et Michel Simon ne l’affirmait-il pas dans Drôle de drame ? À force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver. Certes, les templiers n’ont pas réellement déferlé sur la péninsule ibérique mais en 1975, à la mort du Caudillo, les franquistes comprirent que commençait pour eux le début de la fin.

Le Monde des morts-vivants

Cela a été mentionné, les templiers tiennent à la fois des vampires et des morts-vivants de Romero. Dans Le Retour, un humain les aide, qui tient pour eux le même rôle que Reinfield dans Dracula, et il leur faut du sang pour être ranimés. Comme cela fut souvent montré dans les Dracula de la Hammer. À la fin du Retour, des humains se retrouvent coincés dans une église assiégée par les templiers. Ce qui, bien sûr, rappelle La Nuit des morts-vivants. Mais selon le critique Angel Sala (le directeur du festival de Sitges), qui intervient dans un bonus, ce finale est également un hommage au western Rio Bravo de Howard Hawks.

Le Retour des morts-vivants

Le gore est très présent dans Le Retour, avec des gros plans de couteaux s’enfonçant dans les chairs et un cœur dévoré à pleines dents, de même que l’érotisme. Lequel est beaucoup plus soft dans Le Monde, avec un tas de filles en maillot — mais qui restent en maillot, sans les ôter. Le scénario de ce dernier film est très étrange, le meilleur de la tétralogie selon le cinéaste Victor Matellano, lui aussi présent dans un supplément. Malgré son rythme lent, il nous entraîne dans le monde de la publicité et de ses idées stupides : placer deux jeunes femmes dans un hors-bord, en plein milieu de l’océan. L’histoire des templiers va alors croiser une autre légende, celle du Hollandais volant et de son galion fantôme.

Le Monde des morts-vivants

De ce scénario somme toute simpliste (des gens montent sur un bateau vide qu’ils explorent), Ossorio va savoir mener à bien son projet : créer une atmosphère inquiétante, sans musique (sauf quand apparaissent les fantômes), tout en réussissant à se faire côtoyer deux mondes totalement étrangers. Car le film s’ouvre sur la modernité, où il est question de publicité, de recherches météorologiques et de science maritime, pour s’enfoncer dans la terreur et le fantastique avec des chevaliers maudits, un vaisseau fantôme, une croix enflammée, un trésor et bien d’autres éléments dignes des meilleurs récits d’aventures.

Jean-Charles Lemeunier

« Le Retour des morts-vivants » et « Le Monde des morts-vivants » d’Amando de Ossorio : sortie en DVD/Blu-ray par Le Chat qui fume en mars 2026.

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