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Se décrire en 26 mots, autant qu’il y a de lettres dans l’alphabet, voilà un exercice peu aisé auquel s’est livré le cinéaste Patrice Leconte, à la demande du journaliste François Vey pour les éditions Kero. Le résultat est un petit livre qui se lit très facilement et dans lequel on apprend pas mal de choses.

Tout a donc commencé par une rencontre à la Maison de la Radio et par un conseil de film, celui de Denis Villeneuve si justement intitulé Premier contact. Excellent choix au demeurant, soumis par François Vey à Patrice Leconte ! Le journaliste a ensuite proposé au cinéaste l’idée du bouquin avec, comme première difficulté, ce devoir d’emplir l’alphabet et de trouver des sujets commençant par chacune des lettres. Si certaines mériteraient plusieurs chapitres différents – Leconte a choisi A comme acteurs, B comme Bronzés, C comme courts-métrages, mais il aurait tout aussi bien pu parler d’Alimentation, de Bande dessinée, de Comédies –, d’autres comme le W, le X ou le Y ont dû être plus malaisées à illustrer. Quoi qu’il en soit, le contrat a été parfaitement rempli. D’autres artistes se sont déjà risqués avant lui au jeu (Claude Lelouch, Michel Leeb, Louis Chedid, Michael Lonsdale) et Patrice Leconte, mais ce n’est pas une surprise pour qui le connaît un peu, s’en tire très bien.

 

 

L’intérêt du procédé est sans doute de nous faire découvrir un auteur dans le désordre. L’enfance (lettre E) arrive bien après qu’il ait parlé des Bronzés, son premier succès, ou des grands acteurs avec qui il a travaillé toute sa carrière. Il ne mentionne la bande dessinée, son premier métier chez Pilote avant d’aborder le cinéma, qu’avec la lettre D comme dessinateur. Il parvient malgré tout à se dévoiler un peu, à travers ses goûts littéraires ou musicaux (lettres L et M), ses obsessions (lettre O), ses postures (lettre Q avec un questionnaire de Proust), parle de sa jeunesse et de son problème de poids qu’il a réussi à surmonter (lettre J), de sa famille (lettre N comme naissances), etc. Il aborde également les différentes étapes de sa créativité : le dessin, le cinéma avec des courts et des longs-métrages, la publicité, le théâtre, l’écriture de romans, le plaisir de cadrer ses plans,etc.

 

 

Toutes ces confidences qui, au contraire d’un des titres de sa filmographie, ne sont pas trop intimes, juste ce qu’il faut, pourraient être réunies sous un même mot : pudeur. Car Patrice Leconte se livre sans se livrer, sans affect et avec toujours beaucoup d’humour. Il se raconte parce qu’il le faut, parce que c’est le but du livre, mais sans s’étaler, sans y mettre d’orgueil, sans parodier Boswell et son fameux « Mon sujet favori, moi-même ». C’est justement cette réserve, cette retenue, cette décence qui fait tout l’intérêt de ce dictionnaire et de la carrière de Patrice Leconte. Et, bien sûr, sa jeunesse d’esprit. Ne dit-il pas : « Être vieux, c’est être jeune plus longtemps que les autres » ?

Jean-Charles Lemeunier

Patrice Leconte, Le dictionnaire de ma vie, édition Kero, 17 euros.

 

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