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Seule réalisation de l’acteur Martin Gabel, qui travailla au théâtre aux côtés d’Orson Welles avant d’incarner à l’écran quelques mafieux bien retors, The Lost Moment (1947) est difficile à qualifier : gothique ? Romantique ? Film noir, comme semble l’indiquer la collection dans laquelle l’éditeur Sidonis-Calysta l’a logé, celle des Perles noires ? Appartenant aux créneaux psychologique, fantastique ou horrifique ?

Les pistes à suivre sont finalement nombreuses qui n’aboutissent pas toutes. Adapté par Leonardo Bercovici de la fameuse nouvelle de Henry James Les papiers d’Aspern, The Lost Moment met en scène un éditeur (Robert Cummings) qui veut récupérer les lettres d’amour qu’un célèbre poète américain du XIXe a écrites à une femme, aujourd’hui âgée de 105 ans et vivant dans un vieux palazzo vénitien. Cummings vient louer une chambre dans cette vaste demeure décrépite et fait la connaissance de la vieille dame (Agnes Moorehead, elle aussi actrice du Mercury Theatre de Welles) et de sa nièce, la tout à la fois revêche – il faut la voir guindée et engoncée dans des vêtements aussi stricts que sombres – et séduisante Susan Hayward. L’actrice, qui n’a aucun mal à jouer une double personnalité, est l’atout majeur du film.

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La vieille maison, avec ses couloirs et ses escaliers, renvoie au gothique britannique. La vieille dame est assez inquiétante, comme l’est cette étrange musique qui sourd des murs et que Cummings entend la nuit, lorsqu’il parcourt les corridors à la recherche des lettres. Curieusement, le film prend parfois des détours qu’il abandonne, comme s’il errait lui aussi dans ce vaste palais et laissait tomber une voie qui s’avérait impraticable. Telle cette romance naissante entre Cummings et celle qui semble n’être qu’un fantôme et qui précède d’une année le fameux film de William Dieterle, Portrait of Jennie (Le portrait de Jennie), dans lequel un jeune peintre brosse le portrait d’une jeune femme qui semble sortie du passé. Le plus amusant est que le scénario de Jennie, tiré d’un roman de Robert Nathan par Paul Osborn, Peter Berneis et, non crédités, Ben Hecht et David O. Selznick, a été adapté par Leonardo Bercovici. Lequel a sans doute pu mettre en œuvre dans Jennie ce qu’il n’avait fait qu’esquisser dans The Lost Moment.

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Sans vouloir spoiler quoi que ce soit, la piste fantomatique s’essouffle tout en révélant que Susan Hayward est une morte parmi les vivants, une vivante parmi les morts. Plusieurs impasses sont ainsi esquissées : la folie, la vengeance, l’éventualité d’une fin tragique. Cette dernière étant la plus incompréhensible à abandonner. Comme si le producteur – et pourtant, il s’agit ici de Walter Wanger, dont le nom reste attaché à Ford, Hitchcock, Lang, Tourneur, Ophuls, Siegel, Wise, Mankiewicz – avait eu peur de déplaire à son public et avait préféré trahir la nouvelle de Henry James. Certes, le personnage incarné par Cummings aura mûri au cours de l’aventure mais la conclusion déçoit malgré tout.

The Lost Moment nous laisse ainsi nous aussi, à la manière de Susan Hayward, dans un entre-deux. Séduisant par bien des aspects mais ne tenant pas toutes ses promesses, l’œuvre reste une découverte intéressante et attire notre attention sur Martin Gabel. Pourquoi n’a-t-il réalisé que cet unique sujet, lui qui fut par ailleurs producteur d’un autre film de Susan Hayward, Smash Up (1947, Une vie perdue), que signa Stuart Heisler ? La question reste sans réponse, comme elle le reste pour Charles Laughton et sa fameuse Nuit du chasseur.

Jean-Charles Lemeunier

The Lost Moment
Année : 1947
Pays : États-Unis
Réalisateur : Martin Gabel
Scénario : Leonardo Bercovici d’après Henry James
Images : Hal Mohr
Musique : Daniele Amfitheatrof
Montage : Milton Carruth
Production : Walter Wanger Productions, Universal
Avec Robert Cummings, Susan Hayward, Agnes Moorehead, Joan Lorring, Eduardo Ciannelli, John Archer, Frank Puglia, Minerva Urecal, William Edmunds
DVD sorti le 7 avril 2015 chez Sidonis-Calysta

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