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Précédé d’une litanie de dithyrambes (placardés en guise d’affiche pour l’exploitation française) après son passage dans plusieurs festivals où il fit sensation (L’Etrange, Cannes, entre autres), It Follows promettait quelques frissons de qualité et peut être même un futur classique instantané du genre. S’il est très réussi, le film de David Robert Mitchell ne colle pas entièrement à cette hype. Cependant, il mérite largement la découverte, ne serait-ce que pour son traitement d’une figure fantastique hantant le cadre.
Une entité d’origine inconnue poursuit des adolescents de Détroit afin de les tuer. La future victime est ainsi la seule à pouvoir voir cette créature prenant la forme humaine d’un parfait inconnu ou d’un proche. Une malédiction se propageant telle un virus puisque transmise après des rapports sexuels. Suite à ce passage à l’acte, le contaminé croit s’en être débarrassé mais n’a fait que reculer l’échéance, ajoutant simplement un degré de séparation entre lui et son funeste destin. It Follows s’amuse d’emblée du puritanisme généralement à l’œuvre dans les slashers, l’absence de sexe garantissant la survie or ici une des solutions envisagées pour échapper à la menace est de justement s’adonner à une partie de jambes en l’air.
La métaphore avec toute forme d’infection sexuellement transmissible est évidente mais ce n’est pas le sillon creusé par le réalisateur qui envisagera cette mort en marche comme la représentation du monde des adultes supplantant irrésistiblement celui des ados (malgré leur jeune âge, ils ont la mélancolie de leurs années passées) et la déliquescence de leur environnement, la fuite du groupe d’amis les amenant à se réfugier ou visiter des endroits délabrés.

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Mais quelquesoit la signification que l’on peut y déceler, l’important est que le film s’évertue avant tout à instaurer un climat d’angoisse permanent. Certes, le réalisateur a tendance à appuyer ses effets en faisant déclamer des citations explicites (Lazare lors de l’apparition du démon sur le campus, par exemple) mais il se montre plus subtil et efficace lorsqu’il use uniquement de la mise en scène. Ainsi, la belle idée qui parcourt le métrage est d’avoir conféré une certaine dangerosité à l’horizon indéfini du cadre de sorte que le poursuivi et le spectateur en soit rendu à le scruter. De même, toute personne isolée traversant le cadre est suspecte. Et quand la profondeur de champ est impossible à cause de l’endroit confiné où l’on se trouve, il ne reste plus qu’à demeurer désespéramment à l’écoute de toute démarche inconnue.
La manière de jouer avec application entre l’abstraction, la monstration de la menace et son absence rappelle indubitablement Halloween de John Carpenter. Mitchell n’en égale pas la maestria mais parvient comme le maître à formaliser une latence angoissante (surcadre, premier plan laissant toute latitude d’apparition au second…), faisant d’It Follows une variation inspirée Un rapprochement d’autant plus frappant et évident que la musique électro rythmant les images possède des sonorités renvoyant de façon troublante à la partition bien connue de Carpenter.

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En outre, Mitchell renforce sa stratégie de la tension en opérant des ruptures de tons lors de passages où les ados attendent groupés et immobiles et par des changements de focalisation. Alors que Mitchell adopte principalement le point de vue de la jeune Jay que l’on suit depuis le départ, il se permet d’en adopter un autre non pas dans le but de diversifier artificiellement la perception de l’arrivée de la créature mais bien parce que cela répond à une cohérence narrative. L’action de la séquence étant prise en main par un autre protagoniste, il est tout à fait légitime que le fantôme demeure invisible quand bien même il est déjà là.
Un joli essai sur le désœuvrement adolescent qui ne s’appesantit pas sur le sens à donner à ces images mais s’ingénie d’abord à formaliser un récit prenant, à la mise en scène élégante. Les récompenses glanées à Gérardmer ‘Prix de la critique et surtout Grand Prix) sont ainsi amplement méritées.

Nicolas Zugasti


IT FOLLOWS

Réalisateur : David Robert Mitchell
Scénario : David Robert Mitchell
Interprètes : Maika Moroe, Lili Sepe, Daniel Zovatto, Jake Weary, …
Photo : Mike Gioulakis
Montage : Julio Perez IV
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h40

Sortie française : 4 février 2015

 

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Une réflexion sur “«It Follows» de David Robert Mitchell (compétition) : histoire à suivre

  1. Vu hier ! Très bon ! La multiplication des plans – quasi fixes – révélant des chemins/routes balisés (entre des lignes d’arbres, par exemple) témoigne aussi de la nécessité d’avancer (et non de fuir, comme le montre la séquence finale) dans la vie.
    Et oui, la musique rappelle Carpenter, mais en moins épuré, en plus dense, notamment dans l’utilisation des synthés. 🙂
    Fabien.

    PS : l’actrice principale est très douée, j’espère qu’elle va percer et qu’on la reverra.

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