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Imaginons un blind test amélioré, où les oreilles ne seraient pas les seules concernées, mais les yeux également. En fait, pour simplifier, disons qu’on vous amène dans une salle cannoise sans rien vous dire et qu’on vous demande de reconnaître quel pourrait être le réalisateur du film projeté.

Le jazz des années trente suivi d’images en noir et blanc de New York pourraient vous faire pencher pour Woody Allen. Grossière erreur : les plans suivants, toujours tirés des archives, montrent des ouvriers sur les chantiers des gratte-ciel, des Noirs dansant dans les clubs de Harlem, des clochards sur un banc… Il s’agit bien de Ken Loach qui ramène son héros Jimmy (Barry Ward) dans son village natal, un Irlandais exilé depuis une dizaine d’années dans la Grosse Pomme pour raisons politiques. Le pays est déchiré entre les partisans d’une trêve avec la Grande-Bretagne et ceux qui luttent pour l’indépendance. Jimmy représente une troisième voie, il est communiste. Ii tenait auparavant un dancing où les jeunes venaient non seulement danser mais aussi prendre des cours de musique, de dessin et de littérature.

C’est bien là la force de Ken Loach : même lorsqu’il évoque le passé, le cinéaste britannique sait relier son sujet au présent. C’était déjà le cas avec The Wind That Shakes the Barley (Le vent se lève), Palme d’Or à Cannes en 2006. À travers les épisodes de la guerre civile irlandaise des années 1922-23 et des soldats anglais qui fracassaient les portes à coups de crosse pour sortir les villageois de leurs maisons, Loach nous renvoyait à des échos beaucoup plus contemporains : à l’époque de la sortie du film, les télévisions montraient l’occupation de l’armée israélienne dans les Territoires palestiniens et le combat fratricide que se livraient le Fatah et le Hamas pour détenir les rênes de l’Autorité palestinienne.

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Avec Jimmy’s Hall, Loach parle de la crise (et le krach de 29 fut tout aussi néfaste que l’est notre tsunami boursier actuel), de l’ingérence de la religion dans les affaires politiques et de la difficulté pour les gens pauvres de vivre dans leur pays, expulsés qu’ils sont par les riches propriétaires terriens.

Ken Loach nous a souvent raconté ce genre d’histoires : des gens de petite condition, ouvriers ou paysans, qui ne baissent pas la tête face à l’ordre établi. Ils choisissent toujours de se battre et leur solidarité réchauffe le cœur. Car chez Loach, les larmes ne sont souvent pas éloignées du rire.

à la demande des jeunes du village, Jimmy reconstruit avec eux son dancing et chacun va pouvoir s’éduquer comme il l’entend : en apprenant les pas de ces danses venues d’Amérique et dont Jimmy a ramené plusieurs disques de New York, en jouant d’un instrument, en dessinant, en parlant de la poésie de Yeats… C’est ainsi que se construit en peuple : en s’éduquant. Bien entendu, les opposants de Jimmy (le curé conservateur, formidablement incarné par Jim Norton, mais aussi les fascistes) voient tout cela d’un mauvais œil.Ils feront tout pour stopper Jimmy dans son élan, appuyés par les policiers qui sont toujours du côté du pouvoir. Ce qui nous vaut d’ailleurs une séquence extrêmement drôle, lorsque les peelers, les flics irlandais, viennent arrêter Jimmy.

Ce personnage, tel qu’il est décrit par Loach et son habituel scénariste Paul Laverty, semble trop beau pour être vrai. Un carton final nous apprend que James Gralton a réellement existé. Si la réalité dépasse souvent la fiction, rendons grâce alors à la fiction de nous remettre sur le devant de la scène des réalités que l’on aurait tort d’oublier.

Jean-Charles Lemeunier

 

Jimmy’s Hall

de Ken Loach

Scénario : Paul Laverty

Images : Robbie Ryan

Interprètes : Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton, Francis Maggee

1h46

Distributeur : Le Pacte

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