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En vingt minutes, le premier épisode de la série Community formait un groupe de sept personnages où leurs personnalités, leurs fêlures amenées à être développées par la suite, pointaient déjà avec une certaine pertinence et humour. En une heure et quarante minutes, le film de Nakache et Mimran ne parvient jamais à aller au-delà du semblant d’idées amorcées et où le manque de rythme et d’horizon narratif clairement définis s’avèrent rédhibitoires.

L’équipe de Tout ce qui brille (réalisateurs comme la plupart des acteurs) tente de rééditer l’exploit du succès public de cette comédie toute en candeur et prévisibilité affligeante mais cela ne prend plus, surtout lorsque le duo de réalisateurs repart sur une construction similaire. Les deux jeunes femmes interprétées par Géraldine Nakache et Leïal Bekhti qui tentaient de fuir le quotidien morose de leur banlieue pour s’éclater dans les quartiers clinquants de Paris (et gagner en maturité) ont désormais pris comme échappatoire la ville de  New-York où la première travaille dans un établissement juif pour personnes âgées où elles leur prodiguent soins et cours de français tandis que la deuxième est la femme à tout faire d’une starlette du cinéma. Le grain de sable qui viendra perturber une mécanique déjà plus tellement bien huilée est le trio d’amis d’enfance venus dans la Grosse Pomme à la demande de l’une pour être la surprise de l’anniversaire de l’autre. Entre tourisme et vicissitudes d’une platitude hallucinante, les cinq amis vont vivre d’ennuyeuses aventures tournant autour de leurs petits nombrils avec en ligne de mire une remise en cause générale du groupe qui les fera basculer dans l’âge adulte (enfin, serait-on tenté d’écrire puisqu’ils ont la trentaine bien sonnés !) et imprègnera l’ensemble d’une certaine gravité à l’heure des choix. Enfin, ça c’est ce que l’on déduit de la bouillie narrative donnée en pâture à des spectateurs qui auront tôt faits de se repaître de la seule séquence digne d’intérêt de l’ensemble, le générique plutôt bien ouvragé et inventif montrant une vue aérienne de la ville et où les noms des acteurs, techniciens, producteurs, réalisateurs sont formés par les éléments urbains du paysage. Passés cette jolie entrée en matière, accrochez vos ceintures afin de supporter le vide horripilant censé former un récit questionnant ce que c’est avoir trente ans. Réponse filmée, c’est se comporter en parasite en profitant des bons plans induit par la situation confortable d’autrui, l’inconséquence en bandoulière et le refus de grandir chevillé au corps. Effets dévastateurs qui vont à l’encontre de ce que les réalisateurs ont voulu montrer si l’on s’en tient aux propos du dossier de presse, n’empêche qu’il est difficile d’apprécier autrement ce qu’il nous est donné à voir.
De plus, c’est également censé être un film de potes mais rien dans le film ne nous donne envie de faire partie de leur bande et partager leurs « délires ».

Deux séquences situées près de la conclusion sont emblématiques de tout ce que représente in fine ce film. La première voit le personnage de Marthe Villalonga (de très loin le personnage plus sympathique, truculent et le mieux joué. Cela donne une idée de la qualité d’interprétation du reste…) interpréter la chanson que le personnage de Nakache a appris à sa classe, un rap de Diam’s intitulé Peter Pan et dont les paroles scandent dans le refrain un net refus de grandir. Le film en plus de le montrer, l’exprime explicitement et intelligiblement. Les personnages ne sont soumis à aucune évolution, presque une régression car si au final les filles décident de repartir dans leur quartier d’origine auprès de leur familles ce n’est pas par choix mais parce qu’elles n’ont alors plus d’attaches professionnelles ou affectives dans la ville. On ne peut pas vraiment dire qu’elles remettent en cause leur nouvelle vie à l’aune de ce qu’elles ont laissé derrière elles. Est-ce qu’un constat d’échec suffit à rendre les plus matures ?

Autre séquence musicale, celle montrant en montage alterné les personnages chanter chacun dans leur coin New-York, New-York de Franck « The Voice » Sinatra afin d’illustrer leur état d’esprit du moment, pétri d’une cruelle désillusion. Une idée plutôt intéressante mais qui débarque sans aucune préparation prodiguée par un récit en friches qui progresse en zappant littéralement. L’émotion n’a pas le temps de s’installer puisque l’on passe tout de suite à autre chose la séquence à peine commencée. De fait, on ne s’attache pas vraiment à ces personnages que l’on regarde avec détachement, sans implication. D’autant que leurs relations ont mille fois été vues par ailleurs. Et puis à force d’ellipses et de non développement, les confrontations qui auraient dû naître de certaines inimités et incompréhension et qui auraient pu chambouler leur dynamique pour les faire évoluer n’adviennent jamais ou sont promptement évacuées. La superficialité règne en maîtresse et se voit parfaitement représentée par la deuxième séquence représentative. Alors qu’ils se remettent de leurs émotions dans l’appart de la star de cinéma pour qui le perso de Bekhti est aux petits soins, celle-ci débarque plus tôt que prévu. Tandis que les amis rassemblent rapidement leurs affaires pour quitter les lieux, l’actrice capricieuse leur dit de rester et leur raconte ses petits tracas de tournage en passant d’une émotion à l’autre en un clignement d’œil. Une mini tempête personnifiée qui au final fera du surplace, à l’image du film.

Enfin, il n’y a absolument aucun point de vue sur l’histoire. Nous sommes pourtant en présence de cinq personnages principaux qui ont une égalité de traitement et de présence à l’écran mais ils sont tellement lisses et insipides (mention spéciale à Manu Payet), si mal caractérisés qu’aucun n’a de véritable emprise, de regard plus ou moins pertinent sur les évènements. A moins que gueuler « Obama ! » tous les quarts d’heure en guise de ralliement et signe de satisfaction suffise…

Nicolas Zugasti

Nous York est en salles depuis le 7 novembre 2012

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