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Comme Vincent Gallo dans Tetro, le héros de Twixt, le nouveau film de Francis Ford Coppola, a son œuvre derrière lui. Cet écrivain de seconde zone est d’entrée de jeu qualifié de « Stephen King au rabais » par le shérif local (Bruce Dern, formidable et dépenaillé), pourtant fan des récits de sorcellerie de ce Hall Baltimore. Lui, Baltimore, c’est Val Kilmer qui l’incarne. Depuis l’époque où il jouait le très sexy Jim Morrison pour Oliver Stone, Kilmer a gagné un embonpoint qui le fait ressembler à un moine replet. Ou, mais c’est une supposition, à Francis Ford lui-même.

Kilmer arrive donc, au début du récit, dans un de ces patelins paumés de l’Amérique profonde, semblable à Sam Neill quand il recherchait un autre ersatz de Stephen King, que jouait Jürgen Prochnow, dans L’antre de la folie de Carpenter. Le décor est campé, instillant une curieuse morbidité avec cet hôtel en ruines, ce beffroi aux multiples horloges qui ne marquent pas la même heure et ce drame qui hante chacun des habitants. On apprend en outre que Hall Baltimore a du mal à remplir ses pages blanches depuis la mort accidentelle de sa fille en bateau.

Pas de doute, se dit-on, Francis a décidé de passer outre ses propres démons, lui dont le fils Gian-Carlo s’est justement tué en tombant d’un hors-bord, en 1986. Il avait 22 ans et était accompagné par le fils de Ryan O’Neal, qui conduisait. Nous voilà mis en appétit devant de telles promesses : un des auteurs majeurs du cinéma mondial accepte de se mettre à nu. Las, il va falloir déchanter.

Une fois le décor installé, et joliment installé même, le film se met à traîner. Certes, les cauchemars de Hall Baltimore sont magnifiquement photographiés, mêlant noir et blanc et couleurs. Twixt est l’abréviation en anglais de Betwixt, un mot qui désigne un entre-deux. Le même qu’arpente Baltimore, qui sympathise avec une jolie fantôme (Elle Fanning, déjà remarquable dans le Somewhere de Sofia Coppola).

 

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Tout commence à se gâter avec l’arrivée d’Edgar Poe (Ben Chaplin). Déjà émotionnellement impliqué par le sujet traité, Coppola enfonce un peu plus le clou (ou le pieu, puisqu’on en retrouve un planté sur un cadavre) en livrant au spectateur qui n’a pas encore compris qu’un écrivain peut symboliser un cinéaste un petit digest de sa carrière. Poe (qui, entre parenthèses, est mort à Baltimore) renvoie aux débuts de Frankie, alors qu’il fourbissait ses armes auprès de Roger Corman. Les vampires, que Baltimore croise, sont un clin d’œil à Dracula. Quant au personnage assez ridicule de Flamingo (Alden Ehrenreich) qui cite Baudelaire dans le texte (sans doute la quintessence de la culture poétique pour un Américain), il symbolise le retour de Rusty James et de sa moto.

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Baltimore navigue donc entre cauchemar et réalité, poussé par le shérif à rechercher l’auteur de la mort d’une douzaine d’enfants, ce qui nous vaut un des dialogues les plus faussement poétiques et les plus crétins de ces dernières années. Dans ce rêve en noir et blanc où le sang gicle rouge (c’est joli mais tellement attendu) et où l’on assiste aux meurtres des enfants, Baltimore, navré, lance à Poe cette phrase qui peut tuer davantage de spectateurs que de gamins à l’écran : « C’est la mort de la beauté ».

Et il faudra bien admettre que, pour une fois, les publicités ne mentent pas : Twixt, c’est deux fois coupe-faim. L’histoire noueuse accouche d’une souris et l’aveu de Baltimore/Coppola sur la mort de l’enfant n’est malheureusement pas à la hauteur de ce qu’on attendait. Le film s’achève sur l’identité du meurtrier recherché par l’écrivain et le shérif, qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Trop investi, Coppola n’a pu maîtriser les péripéties de son scénario, le plus meurtrier de tous étant certainement le ridicule qui, comme chacun sait, tue.

Il existe dans la riche filmographie de Francis Ford Coppola un film qu’aucun de ses exégètes n’apprécie et que ses fans les plus pointus ont préféré oublier. Je me souviens même en avoir discuté un jour à Cannes avec Michel Ciment (Positif) qui, à la seule évocation du titre, a affiché une moue de dédain. Jack raconte l’histoire d’un enfant atteint de progéria et qui donc vieillit très vite. A 10 ans, il a le physique poilu de Robin Williams et, à la fin du film, ses parents voient leur vieillard de fils partir heureux vers l’aboutissement de sa courte vie. Une chance que Francis Ford, qui conclut ce film par un « À Gian-Carlo », n’aura pas eue : voir vieillir son fils. Cette dernière émotion vaut à mes yeux tellement plus que toutes les circonvolutions de Twixt.

Jean-Charles Lemeunier

Twixt, en salles le 11 avril

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Une réflexion sur “Twixt : deux fois coupe-faim

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