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Chaque semaine ou presque une comédie débarque du grand nulle part hollywoodien pour venir titiller de près nos zygomatiques, avec un savoir-faire autrement plus appréciable que celui des fabricants de rire frelaté bien de chez nous (qui a dit Camping 2 ? Pas moi, mais je l’ai pensé très fort). Ce mercredi 12 mai sera donc placé sous le signe du « Frat Pack », du moins en partie puisque de cette bande de joyeux drilles fleurons des comiques du grand et du petit écran étasuniens (parmi lesquels Will Ferrell et Ben Stiller), seul Steve Carell répond présent. Il y interprète un mari tranquille, bon père et bon employé de bureau qui décide de rompre la monotonie des sorties très sages et prévisibles du vendredi soir avec sa chère et tendre (Tina Fey, avec laquelle il forme un couple épatant à l’écran). Direction, donc, le restaurant le plus branché de la Grosse Pomme pour ces deux banlieusards qui, après s’être faits refouler faute de réservation, usurpent la place de tourtereaux appelés à rejoindre leur table par l’hôtesse des lieux. C’est le début d’un petit quiproquo qui les entraînera dans de grosses péripéties au cours desquelles deux ripoux au service d’un procureur marron et d’un mafieux amateur de spaghetti (Ray Liotta dans une caricature de lui-même, sympathique néanmoins) leur mèneront la vie dure. Avec rencontre d’un ex de madame spécialiste de l’espionnage industriel (Mark Wahlberg), une course-poursuite en marche arrière et un numéro de lap dance absurde.

Vendu comme une pellicule hilarante, Crazy Night (de son vrai titre Date Night ; quelle idiote manie de donner un autre titre en anglais à la version française d’un film américain) ne provoque pas les éclats de rire qu’était parvenu à susciter par exemple l’excellent Very Bad Trip (de son vrai titre The Hangover ; quelle idiote manie, etc., etc.). Ici, les situations s’enchaînent à un rythme enthousiasmant mais relativement tranquille considérant la frénésie à laquelle peut se livrer le genre sous l’impulsion de réalisateurs sachant manier le rire à la perfection (un Blake Edwards dans ses meilleurs jours). On se déride de bon cœur, certes (dès ces premières minutes de réveil brutal par les enfants chamailleurs), on sourit souvent et on se laisse volontiers porter par les gags, mimiques, répliques acidulées des Foster, qui ont le bon goût de ne pas correspondre tout à fait au cliché des banlieusards engoncés dans la platitude de leur quotidien ; le dénouement où nos antihéros croient enfin pouvoir retrouver le goût de l’amour torride à même leur gazon au petit matin ne dément pas cette légère distanciation des enjeux et finalités formatées dans le genre : après pareille nuit, qui aurait encore l’énergie nécessaire ? Bien observé, même si anecdotique à l’échelle de tout le film, traversé par de bonnes idées et une honnêteté artistique malgré la facilité du scénario plus qu’invraisemblable (mais… c’est une comédie). Même rattrapés par les contingences de la vie familiale (la confrontation des idéaux affectifs et domestiques de chacun fonctionne ; l’écriture comme la direction sonnent juste, ce qui n’est pas négligeable dans une production de ce type), les Foster n’en conservent pas moins une part de loufoquerie, notamment dans leurs petits numéros de « doublage vocal » des clients du restaurant où ils dînent chaque vendredi soir. Une légère touche de décontraction, d’imagination dans la caractérisation de ce couple à la complicité attachante. Du couple au duo comique, la frontière reste poreuse dans Crazy Night, et la fraîcheur du métrage s’apprécie à l’aune de cette caractéristique fréquemment visée dans le genre, mais rarement atteinte.

L’idée de casser les représentations attendues projette sur l’histoire des aspérités suffisantes pour un spectacle attrayant, comme cette image disgracieuse de madame en principe sexy mais affublée d’une gouttière dentaire au moment du coucher (la bave aux lèvres !) et dans un tout autre registre, cette cavale en voitures pare-choc avant contre pare-choc avant, astucieuse idée qui n’aurait pas dépareillé dans un petit film d’action aux atours plus marqués. Ces ciselures disséminées dans le récit comme dans la mise en scène relèvent le plat d’une chronique de situations maritales autrement assez convenue quoique bien emballée. Même effleuré par souci de ne pas alourdir l’ensemble, le mélange des genres rend le film de Shawn Levy plus surprenant. Du travail de professionnels (on ne prend pas de risque de médiocrité avec le réalisateur des distrayants La Nuit au musée 1 et 2 – et bientôt 3), sans profondeur d’âme mais avec sympathie et proximité – de celles qui nous divertissent en toute spontanéité. Ce que le film perd en niveau d’analyse et d’ingéniosité, il le gagne dans sa capacité à nous attacher à lui et, à l’instar de ces voitures accrochées l’une à l’autre lors de la fameuse poursuite, à ne plus nous lâcher, même, et surtout, dans les moments les plus chahutés.

Stéphane Ledien

> Sortie en salles le 12 mai 2010

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