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En sortant simultanément en combo DVD/Blu-ray deux gialli d’Emilio Miraglia, Artus Films remet sur le devant de la scène un cinéaste rare — il a signé six réalisations entre 1967 et 1972 —, sans cesse tenté par l’originalité et le brassage des genres. La notte che Evelyn uscì dalla tomba (1971, L’appel de la chair) et La dama rossa uccide sette volte (1972, La dame rouge tua sept fois) hésitent entre le gothique et le giallo (genre italien très codé), entre le fantastique, la folie et la machination.

L’appel de la chair

Le démarrage de L’appel de la chair, qui montre une tentative d’évasion d’une clinique psychiatrique, est curieusement détaché du scénario et complètement symbolique. Est-ce une clé pour ce qui va suivre ? Pour mieux comprendre le personnage joué par Anthony Steffen, playboy meurtri par la mort de son épouse Evelyn ? Et obsédé par sa trahison et par la couleur de ses cheveux (elle était rousse) ?

Dans les deux films, Miraglia utilise les même ressorts : il brouille les pistes, se sert de décors et de coups de théâtre qui font basculer soudain le récit dans un tout autre genre. Il en est ainsi de la salle de torture totalement gothique de L’appel de la chair ou des apparitions de la dame rouge, elle aussi baptisée Evelyn, dans La dame rouge tua sept fois. Comme si le giallo n’était pas le genre principal de chacun des deux films mais qu’il rayonnait d’un halo contaminant d’autres genres.

Dans un supplément, Emmanuel Le Gagne (Culturopoing), à propos de L’appel de la chair, parle de « l’exemple unique d’un film qui appelle une distorsion temporelle », soulignant « l’importance de la direction artistique de Lorenzo Baraldi, qui contribue à la réussite du film ». Ce en quoi on ne saurait lui donner tort. Il suit en cela l’historien Roberto Curti qui qualifie l’œuvre de « film hybride » qui se promène du genre gothique à « la croissante popularité du giallo à la Dario Argento ».

Ici et là, Miraglia nous étonne par des plans très beaux, très composés. Dans L’appel de la chair, Marina Malfatti, vêtue d’une robe à carreaux bleus et blancs, passe devant un porche où les briques rouges et blanches semblent répondre à la tenue de l’actrice. Notons encore, dans La dame rouge, les séquences dans les caves où, par un trou, se déversent des rats et un liquide noirâtre du meilleur effet. Et tous ces décors et costumes dans lesquels apparaît la couleur rouge. Ces éclairs baroques, qui parsèment des films somme toute classiques, retiennent l’attention. De même que la sophistication des intrigues. Dans les deux films, on ne sait plus qui manipule qui et chacun des protagonistes peut se révéler le coupable idéal. Ajoutons que les deux sujets sont écrits par Miraglia lui-même et Fabio Pittorru (avec l’aide de Massimo Felisatti pour L’appel de la chair).

Barbara Bouchet dans La dame rouge tua sept fois

Enfin, dans les deux films, Miraglia insiste sur la beauté de ses actrices : Marina Malfatti et Erika Blanc pour L’appel de la chair ; Barbara Bouchet, Marina Malfatti, Pia Giancaro et Sybil Danning dans La dame rouge. Omniprésent dans le giallo, le courant érotique n’est ici qu’amorcé. Il deviendra plus tard la colonne vertébrale du genre.

Jean-Charles Lemeunier

L’appel de la chair et La dame rouge tua sept fois d’Emilio Miraglia : sortie en combos DVD/Blu-ray par Artus Films le 7 septembre 2021.

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