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À la nouvelle vision de King of New York (1989), le film d’Abel Ferrara que Carlotta ressort en Blu-ray et Ultra HD, une personnalité s’impose : celle de Christopher Walken. Cet acteur incroyable, mis en relief par sa performance dans Voyage au bout de l’enfer, est capable de montrer tout en même temps : de la souffrance, de la fragilité et une extrême dureté. Il a ici la beauté du diable et, en roi de New York, il est bien entendu formidable.

Abel Ferrara décide de s’intéresser aux différentes familles mafieuses qui tiennent la ville qui ne dort jamais. Ambigu comme jamais, il nous propose une sorte d’ange rédempteur qui, tout en se débarrassant de la concurrence, agit pour le bien commun en faisant disparaître des crapules. Outre le charisme de son interprète, le cinéaste se sert de ses bons sentiments pour faire pencher la balance de son côté : « Les hôpitaux, affirme le personnage joué par Walken, ne doivent pas être réservés aux nantis. »

Chez Ferrara, comme chez beaucoup de cinéastes new-yorkais dont les liens familiaux basculent vers l’Italie, la rémission est importante et, les catholiques le savent, on peut pardonner les péchés. Sauf qu’ici, quelques flics qui apparaissent intègres et dont les méthodes s’apparentent à celles des gangsters qu’ils pourchassent — ils sont joués par Victor Argo, David Caruso et Wesley Snipes — ne semblent pas décidés à le faire.

Face à eux, des voyous tout aussi féroces que stylés sont interprétés par Larry Fishburne, Giancarlo Esposito et Paul Calderon. La prestance est des deux côtés et Ferrara insiste sur l’élégance, qu’elle soit vestimentaire ou artistique, tant sa mise en scène se révèle parfois digne d’une chorégraphie. Une élégance qui n’exclut bien sûr pas la violence.

King of New York est un jeu d’ombres et de lumières, de sordide et de brillant, de haute société et de bas-fonds. Ici, les triades sont cinéphiles — leur chef se projette en salle le Nosferatu muet de Murnau —, les narco-trafiquants se considèrent comme des businessmen et l’époque est en train de changer. Avec la chute du mur de Berlin contemporaine, le capitalisme devient de plus en plus sauvage, la société aussi. Abel Ferrara note les mutations et ouvre la voie aux polars et séries télévisées des années futures.

Oui, on se replongera avec délice dans ce King of New York pour Christopher Walken, pour l’apparition fugace de Steve Buscemi, pour l’art et les messages de Ferrara, qui ne passe pas son temps à mêler les leçons de morale au voyeurisme de la violence. Il montre, favorise tantôt le pour, tantôt le contre. Au spectateur de faire son choix.

Jean-Charles Lemeunier

The King of New York
Année : 1989
Origine : États-Unis
Titre original : King of New York
Réal. : Abel Ferrara
Scén. : Nicholas St. John
Photo : Bojan Bazelli
Musique : Joe Delia
Montage : Anthony Redman
Durée : 103 min
Avec Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne, Victor Argo, Wesley Snipes, Janet Julian, Joey Chin, Giancarlo Esposito, Steve Buscemi…

Sortie dans une nouvelle restauration 4K en Blu-ray et Ultra HD par Carlotta Films le 8 septembre 2021.

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