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cheeseburger

Vous en avez votre claque de devoir vous taper, soir après soir, les bêtisiers de Noël, Le père Noël est une ordure, Maman, j’ai raté l’avion 25 ou le best of de vos émissions favorites ? En clair, vous en avez assez des chaînes gratuites de la TNT, un nom qui vous donne envie de dynamiter votre téléviseur ? Elephant Films a ce qu’il vous faut, qui sort en combo Blu-ray et DVD ou en DVD seuls quatre comédies américaines dont l’une, justement, estampillée 1987, est un joyeux éparpillement façon puzzle de la télé ricaine, de ses coupures pub, de ses vieux films et de ses comiques ringards… Si l’on ajoute que Joe Dante et John Landis sont les copilotes de ce navire en perdition, déjà culte lors de sa sortie, l’on ne peut que se précipiter.

Alors ? Des comédies qui sentent le sapin, comme pourraient les décrire quelques détracteurs mal embouchés sous prétexte qu’elles proviennent du fin fond des années quatre-vingt ? Parfaitement ! Qui sentent le sapin parce qu’elles y ont toute leur place, sous le sapin. La preuve.

 

amazon

 

Ce serait un euphémisme tiède de seulement dire qu’Amazon Women on the Moon, devenu en français Cheeseburger Film Sandwich suite à un précédent film de John Landis, vaut le détour. Non, le film vaut plus que cela, plus qu’un détour, plus qu’une seule vision. Dante, Landis et leurs trois collègues, Peter Horton, Robert K. Weiss et Carl Gottlieb — à qui l’on doit tout de même un Caveman mémorable joué par Ringo Starr et sa madame, la délicieuse Barbara Bach — nous livrent une succession de sketches marrants, toujours cinéphiles et jamais agressifs envers ce média dont ils se moquent gentiment. Ils détournent tout : les pubs stupides qui deviennent hilarantes (il faut voir Joe Pantoliano avec sa moquette sur la tête), les débats critiques sur les films, le piratage vidéo, les clips musicaux, les téléfilms érotiques…

 

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Bien sûr, quiconque se met en tête de parler de Cheeseburger Film Sandwich ne peut qu’évoquer le nonsense de Hellzappopin’, sans doute le film initiateur de ce genre de délires. Les gags se succèdent ici à un rythme effréné, se font écho l’un l’autre, et l’on passe d’une cascade de malheurs qui surviennent au pauvre Arsenio Hall au catapultage de Lou Jacobi, roi de la zappette, dans une succession de films et d’émissions s’enchaînant sur son poste de télé. Les cinéastes rendent hommage aux univers différents qui les ont bercés pendant leur adolescence : la SF des années cinquante, les films de pirates, les films de guerre (dans un sketch coupé que l’on retrouve en bonus), les films d’ados, les émissions mythiques (genre Believe It or Not qui devient ici, sous le patronage de Henry Silva, Bullshit or Not), les films d’horreur de la Universal, d’ailleurs productrice du film — le fils de l’Homme invisible, incarné par Ed Begley Jr, est vraiment génial, qui croit avoir retrouvé la formule de son père et se balade tout guilleret à poil sous l’œil blasé des habitués de la taverne. Chaque nouvel épisode nous renvoie avec plaisir dans un genre filmique dont on maîtrise forcément les codes. Sans que pour autant les auteurs se cantonnent au passé. Ainsi le sketch réalisé par Carl Gottlieb où Monique Gabrielle, qui vient d’être Emmanuelle dans le cinquième épisode de la saga sous la tutelle de Walerian Borowczyk, incarne l’Américaine parfaite, tant chez elle que lorsqu’elle fait ses courses ou va à l’église. Sauf qu’elle est la star de Pethouse, alter ego de la revue coquine Penthouse, et que tout ce qu’elle fait, elle le fait entièrement nue.

 

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Cinéphile, The Last Remake of Beau Geste (1977, Mon « Beau » légionnaire) l’est tout autant qui se base sur le récit maintes fois porté à l’écran de Beau Geste. Sorti en 1924, le roman de Percival Christopher Wren montre la fascination de l’époque pour la Légion étrangère. Un vol ayant été commis dans sa demeure familiale, Beau Geste s’engage dans la Légion, suivi par ses deux frères, jusqu’à ce que le mystère soit éclairci. Le cinéma s’est rapidement emparé du sujet, le film le plus célèbre étant celui de William Wellman dans lequel Beau a la classe de Gary Cooper, mais l’a également rapidement parodié, comme avec Beau Hunks (1931, Les deux légionnaires), avec Laurel et Hardy. Dans le cas présent, Beau (Michael York) a été adopté avec son frère jumeau (Marty Feldman), parce que le patriarche Geste (Trevor Howard) avait eu une fille (Sinead Cusack).

Suivant la voie tracée par ses habituels complices Mel Brooks et Gene Wilder, Marty Feldman marque ce dernier remake de Beau Geste (traduction du titre original) de deux repères : les clins d’œil aux initiés et connaisseurs des films anciens et la subversion des schémas classiques. Et il passe des uns à l’autre avec beaucoup d’originalité, de talent et une sacrée dose d’effets comiques garantis. Dès le générique, Marty nous indique ce qui sera présent tout au long du film : il a récupéré le vieux globe terrestre de la Universal et il le fait tourner en noir et blanc jusqu’au moment où, en bas à gauche de l’écran, une porte s’ouvre et l’employé du studio chargé des décors (Feldman lui-même) vient compresser la Terre pour en faire tomber les continents et n’en garder qu’un sur lequel va se dérouler le récit : l’Afrique. Cet excellent gag est aussitôt suivi d’un autre : le doigt qui pointe l’Afrique laisse dans le sol un trou dans lequel va tomber un légionnaire. Le ton est donné, le film peut démarrer sur une belle chanson vantant la Légion qui se bat pour la France, pour la gloire et l’argent. « Nous violerons les femmes et tuerons les hommes pour la France, chantent les vaillants militaires, et nous pourrons même une fois tuer les femmes et violer les hommes. »

 

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Tout le film va ainsi osciller, outre les gags purs, entre l’hommage et le démontage des clichés. On verra ainsi apparaître au cours du film Gary Cooper dans une jolie scène qui le met en face de Feldman et un succédané de Valentino. Sur les doigts de Peter Ustinov, le capitaine du fort où arrive Beau, on peut lire « Hate » d’un côté et « Lo » de l’autre, jusqu’au moment où Ustinov desserre ses mains : le mot inscrit est « loathing » (« dégoût »). Quant à la cicatrice qui barre la joue d’Ustinov, elle a tendance à se balader sur son visage comme naguère la bosse de Feldman se baladait sur son dos dans Frankenstein Junior. Les gags vont bon train et contaminent jusqu’au dialogue. « La vie, prévient Ustinov, est aussi brève qu’un pet de papillon. » Côté subversion, Feldman va se moquer de la Justice — le juge Hugh Griffith mène sa condamnation comme une vente aux enchères —, de la bravoure militaire — les médailles sont comme des hémorroïdes, entend-on, et les cendres d’un héros seront jetées dans les chiottes. Quant à la moralité de l’histoire, elle sera pas mal ventilée par des incestes en tous genres.

 

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Avec In God We Trust (1980, La Bible ne fait pas le moine), Feldman montre plus d’ambition encore dans le sujet traité, sans doute plus de lourdeur aussi dans sa mise en scène. Il n’est pas aisé de se moquer de la religion et de l’argent. Dans cette histoire de moine simplet (Feldman) qui quitte son couvent pour aller à la découverte de la grande ville, ce sont les interprètes qui méritent quelques commentaires. Louise Lasser, la prostituée au grand cœur qui recueille Feldman, fut la femme et l’interprète de Woody Allen. On reconnaîtra en Peter Boyle, le prédicateur soiffard, la créature de Frankenstein Junior, film de Mel Brooks dans lequel Marty Feldman, on l’a déjà mentionné, campait l’inoubliable bossu Igor. Le personnage le plus étonnant de La Bible ne fait pas le moine est, sans aucun doute, l’évangéliste Armageddon T. Thunderbird à qui le non moins étonnant Andy Kaufman prête ses traits. Ce comique américain, dont la vie fut l’objet du film Man on the Moon avec Jim Carrey, est méconnu chez nous alors qu’il jouit d’un véritable culte aux États-Unis où beaucoup de monde, à la manière d’Elvis, pense qu’il est toujours vivant, bien qu’officiellement déclaré mort depuis 1984. Enfin, signalons encore Richard Pryor dans le rôle de Dieu, qui précède de 23 ans Morgan Freeman dans le même rôle — et, surtout, la même couleur. On se doute du malaise qu’a dû créer à l’époque, en 1980 dans un public blanc et chrétien, la vision d’un comédien noir incarnant la divinité suprême.

 

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L’argent est également au cœur de Brewster’s Millions (1985, Comment claquer un million de dollars par jour) dont Walter Hill disait, lors de son passage au Festival Lumière de Lyon, en octobre dernier, qu’il était son film préféré. Le sujet a, certes, pris quelques rides avec ses allées et venues entre le monde du base-ball et celui de la finance, mais le discours sur le dollar et les façons de le dépenser restent d’actualité. Le scénario est un classique de la comédie anglo-saxonne dont les premières versions remontent à l’aube du cinéma — dont l’une avec Fatty Arbuckle —, et dont les remakes les plus connus seront tournés par Thornton Freeland en 1935 en Angleterre puis par Allan Dwan dix ans plus tard aux États-Unis et enfin par Sidney J. Furie en 1961 sous le titre Three on a Spree. Un brave type peu fortuné hérite d’un oncle facétieux d’une somme colossale à la condition de dépenser un million par jour pendant un mois, sans placer son argent. Dans la version de Walter Hill, les véreux se placent bien entendu dans le camp des riches et, curieusement — mais ne sommes-nous pas dans une comédie ? —, l’homme de loi incarné par Pat Hingle, chargé de vérifier qu’aucune tricherie n’a lieu, restera honnête jusqu’au bout. Richard Pryor et John Candy en font des tonnes, cela fait partie du cahier des charges, et, curieusement, le film fonctionne grâce à la sympathie que fait naître Pryor et, surtout, à la causticité dont se pare la description des milieux financiers new-yorkais.

Jean-Charles Lemeunier

Quatre comédies en combo (Blu-ray + DVD) et DVD sorties par Elephant Films depuis le 14 décembre 2016.

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