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Pendant qu’un certain cinéma de structure relativement classique renouvelle thrillers, suspenses et films d’espionnage en se politisant (ou en faisant semblant) ; pendant que films d’exploitation, néo-séries B, « petits » polars et comédies continuent leurs vies en étant tournés soit par de sympathiques artisans soit par des tâcherons ; pendant que se renouvelle en profondeur le polar dans toute l’ampleur de ce terme générique ; pendant que les grandes compagnies de productions ou/et de distributions semblent jouer leur va-tout dans la sortie de films catastrophes (parfois hic) surchargés de vedettes, de stars aux rabais et de
has-been évocateurs du bon vieux temps d’avant ; pendant qu’explosent en apothéoses jouissives de nouvelles générations de films érotiques et pornographiques ; pendant qu’éclosent slashers et autres horreurs pelliculaires diverses et variées… se joue sur deux tableaux l’hallali du Nouvel Hollywood.
Regardez quelques-uns des grands
hits des années Vietnam. Regardez les grands flops de cette décennie et du début de la suivante. Remarquez un point d’intersection, l’an 1977 avec Le Convoi de la peur et La Guerre des étoiles. Remarquez dans la galaxie 7e art cette poignée d’étoiles naissantes, de supernovas, de gouffres d’antimatières aux noms évocateurs. Tenez, L’Exorciste et Les Dents de la mer. Ceux-là sauvent la mise à des Majors, à des moguls. Ils font bander, sont excitants, sont formidables, sont vraiment bons, rapportent un max de fric. D’autres, par-contre, même si parfois bien reçus par la critique, même si rentables à moyens ou long terme (remember Apocalypse Now), réactivent une peur séminale de l’Industrie : le four, le bide, l’échec, l’incontrôlable tournage de démons en liberté. C’est La Porte du Paradis, c’est Popeye, c’est Coup de cœur. Tous, de l’Alpha à l’Omega, tous conçus par les géniteurs du Nouvel Hollywood. On appelle cela creuser sa tombe.
Ici, dans l’Hexagone, dans la
french patrie du cinoche, dans le pays des Droits de l’homme qui sentent le sapin, de ces œuvres on en a glosé, parlé, débattu. On les a le plus souvent justement défendus, on les a loués, on les a reconnus. Parfois, plus rarement, dit du mal d’une aigreur tordue.

Il faudra donc une trentaine d’années, une génération, pour que paraissent sur le territoire national et dans des formats domestiques plus que dignes des copies flamboyantes escortées de bonus méritants quelques-uns des films-monstres touchés-coulés sur l’océan du grand rêve pelliculaire. On eut droit à Coup de cœur et La Porte du Paradis fin 2013. On a droit au Convoi de la peur, pardon, Sorcerer, en cette année 2015, l’occasion de prouver une nouvelle fois, nonobstant les couts et les couleuvres, que certains papys ont encore la niaque.

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Regardez la carrière 2.0 du sieur Friedkin. à soixante-cinq ans, en l’an 2000, il nous balance un
Enfer du devoir d’une écrasante maîtrise technique aussi polémique et ambigu que certains de ces titres de gloire : il faut tout de même avoir un sens de la provocation encore solide pour sortir à l’orée d’une période de films plutôt anti-Bush et anti intervention en Irak un film de guerre se déroulant dans un chaud pays lointain en montrant par quelques plans quasi-subliminaux dont le réalisateur a le secret des civils musulmans armés, dont un enfant, sulfatant des Marines retranchés dans un fort de circonstance. Trois ans plus tard, Will le renard madré propose avec Traqué un exercice de style épuré qui balance hors du ring les 9/10e (au moins) des faiseurs de films d’action hollywoodien du moment. Entre-temps, il participe à la ressortie d’un Exorciste retravaillé. De nouveau trois ans plus tard, alors que depuis quelques années déjà il met en scène des opéras que nous ne verrons jamais nous autres pauvres péquins, Friedkin emballe Bug, une petite production adaptée d’une pièce de théâtre qui se révèle l’un des films les plus étouffant jamais fait sur le thème de la paranoïa. Bill le baroudeur a alors soixante-et-onze ans. Prend-t-il sa retraite à la clôture de cette première décennie du nouveau siècle ? Que nenni. En 2011, il participe au renouveau du polar, revisitant le redneck-movie avec un Killer Joe pas piqué des hannetons. Un film monstrueux, plein d’humour, glauque à souhait, déviant, malpoli. Satisfait mais fatigué de ces dernières entreprises collectives quand bien même les tournages n’ont pas connus de tensions électriques à balancer les potards dans le rouge, Willy Boy s’attelle à des Mémoires, Friedkin Connection. Elles sortent en 2013 aux States, fin 2014 en France. Est-ce bien tout ? Pas tout à fait : Sorcecer, alias Le Convoi de la peur in french, film maudit, sacrifié, malchanceux, ressort à l’été 2015 (pour les quatre-vingt ans du réalisateur) en conservant son titre original, dans une copie au métrage à peine retouché mais néanmoins restaurée, restauration resplendissante rappelant qu’il s’agit là d’une œuvre boudée et pourtant maîtresse.

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L’histoire, on la connait, les anecdotes d’un tournage tendu aussi. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il s’agit là d’une histoire d’hommes. D’hommes vidés, au bout du rouleau, exilés dans un cloaque exotique, survivants misérables pas si éloignés de bagnards libérés mais relégués sur un territoire aussi beau qu’hostile. Quand ils se portent volontaires pour l’explosive mission de transport, c’est, d’abord, dans l’espoir d’une porte de sortie vers un monde plus riche, plus blanc, plus en rapport avec leur background. Mais il s’agit tout autant, hommes que nous sommes, de relever un défi, d’être en mouvement, de savoir si… Tout pour ne pas pourrir sur pieds, zombies blafards et peureux. Film noir, film d’aventures, film de durs-à-cuire, Sorcerer est peut-être surtout un cauchemar éveillé, une vision morbide de la finitude, une réalité hallucinée renvoyant presque idéalement à l’idée de réalité floue voulue par Georges Arnaud, qui commençait son roman Le salaire de la peur par une sorte d’avertissement s’achevant par quelques mots d’une fascinante étrangeté. A peu de choses près, il écrivait : « Le Guatemala n’existe pas. Je le sais, j’y ai vécu. »

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Blu-ray et DVD en pressage français suivrons dans quelques mois, les plus
hardcore des fans de ce chef-d’œuvre s’étant procurés le Blu-ray US depuis déjà un bon bout de temps. Toujours est-il qu’il y aura là de quoi passer de guillerettes fêtes de faims damnées.

Laurent Hellebé

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SORCERER
Réalisateur : William Friedkin
Scénario : Wallon Green d’après le roman “The Wages of Fear” de Georges Arnaud
Interprètes : Roy Scheider, Bruno Cremer, Joe Spinell, Francisco Rabal, Amidou …
Photo : Dick Bush & John Stephens
Montage : Robert Lambert & Bud Smith
Bande originale : Tangerine Dream
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h01
Sortie française : 15 novembre 1978

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