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Manoir terreur

 

Il en est de certains films comme des recettes concoctées à la va-vite, avec des ingrédients restant dans le frigo, et qui s’avèrent succulentes. Horror (Le manoir de la terreur), drame gothique cuisiné en 1963 par Alberto De Martino sous le nom sonnant davantage anglo-saxon de Martin Herbert, est de ceux-là.

Les spécialistes ont trop souvent tendance à tracer une ligne sur du papier millimétré. Tous ceux qui sont de ce côté méritent qu’on s’y intéresse. Les autres… ben c’est les autres, quoi. Moralité : on les laisse de côté. Donc, si vous évoquez devant eux le gothique italien des années soixante, l’écume leur viendra à la bouche – avec raison – en nommant Mario Bava et Riccardo Freda. Et un petit peu Antonio Margheriti et Giorgio Ferroni. Le reste n’est pour eux que menu fretin et c’est à peine s’ils desserreront les dents en identifiant Alberto De Martino. Il est vrai que la filmo du monsieur est beaucoup moins excitante que la présence de Laura Gemser dans le plus nanar des nanars. Quelques péplums, dont Persée l’invincible et Le triomphe d’Hercule et un western pastaciutta (Django tire le premier) avant que l’érotisme ne pointe le bout de son sein – ou plutôt celui de Romina Power dans Perversion – et que la copie de L’exorciste (L’Antéchrist) ne fasse pas tourner la tête à grand monde, à part peut-être Carla Gravina dans le rôle de la possédée. On pourrait encore citer OK Connery, sorti en France sous le titre d’Opération frère cadet, sous-James Bond interprété par Neil Connery, le vrai frère de Sean. Pas de quoi écrire à la famille, plaisanteront les détracteurs du pauvre Alberto. Reste que Perversion a ses aficionados et que Holocauste 2000, dernier film du cinéaste italien réunissant Kirk Douglas et Agostina Belli, a un charme certain. Et que Le manoir de la terreur est une carrément bonne surprise.

Tout démarre pourtant dans le classicisme… le plus classique. Une sœur (Joan Hills, alias Ombretta Colli), sa copine (Iran Eory) et le frère de cette dernière (Richard Davis, de son vrai nom Vanni Materassi) débarquent dans un château lugubre. C’est celui du frère de la première nommée (Gérard Tichy), qui répond au doux prénom de Roderick comme avant lui le seigneur de la maison Usher. Il y a bien évidemment du Poe dans cette histoire – l’écrivain américain est même mentionné au générique – alors qu’il s’agit plus d’un « à la manière de » que d’une véritable transposition.

 

le-manoir-de-la-terreur01 Liné

 

Une fois l’atmosphère posée et les divers personnages présentés (il faut encore citer Helga Liné, au charme vénéneux, dans le rôle de la gouvernante, et Leo Anchoriz dans celui du médecin), on peut se laisser glisser dans l’action. Ces six personnages en quête de hauteur – et d’horreur – , trois hommes, trois femmes, trois à qui le spectateur accorde sa confiance, trois dont il se méfie, retiennent rapidement l’attention. Il plane un vrai mystère, une réelle angoisse dans ce Manoir de la terreur, avec ses séquences de rêve/cauchemar et cette scène étonnante qui annonce le giallo Je suis vivant d’Aldo Lado, tout en reprenant l’idée du cercueil vitré de L’effroyable secret du Dr Hitchcock de Freda. Bien sûr, force est de reconnaître que le scénario, signé des deux frères Corbucci, Bruno et Sergio – plutôt spécialistes du western que du gothique à la Hammer – est un peu paresseux, sauvé par une mise en scène inventive et le jeu des acteurs. L’exercice dut plaire à Sergio Corbucci qui, l’année suivante, se laissait entraîner avec Antonio Margheriti dans une Danse macabre qu’il signe avec Giovanni Grimaldi, autre coscénariste de ce Manoir de la terreur.

On peut difficilement en dire plus sur le scénario de ce Manoir, de peur de divulguer par inadvertance un élément essentiel du suspense. Ajoutons juste qu’il est question d’une malédiction et d’un fantôme. Certes, nous ne sommes pas en présence du plus effrayant de tous les trépassés du cinéma d’horreur mais celui d’Horror a néanmoins de la gueule et son pesant de frissons.

LE-MANOIR-DE-LA-TERREUR-1963

On suit avec d’autant plus d’intérêt ce Manoir de la terreur qu’on ne s’attendait pas réellement à cela. Le film comporte de nombreuses surprises, comme celle de nous conduire hors du château et donc du studio, dans le beau décor d’une église en ruines. Laquelle se trouve, si l’on en croit les toujours aussi savants commentaires d’Alain Petit dans le bonus, quelque part en Espagne, beaucoup utilisée dans un Jess Franco (L’horrible Dr Orloff) et dans les westerns tournés au pays de la paella. Nous revoilà à parler petits plats. Quand je vous disais que Le manoir de la terreur ne sentait pas le réchauffé et valait le détour.

Jean-Charles Lemeunier

Le manoir de la terreur

Titre original : Horror

Pays : Italie, Espagne

Réalisateur : Martin Herbert (Alberto De Martino)

Scénario : Bruno et Sergio Corbucci, Giovanni Grimadi

D’après Edgar Allan Poe

Photographie : Alexander Ulloa (Alejandro Ulloa)

Musique : Francis Clark (Carlo Franci) et Giuseppe Piccillo

Montage : Otello Colangeli

Avec Gérard Tichy, Leo Anchoriz, Joan Hills (Ombretta Colli), Helga Liné, Iran Eory, Richard Davis (Vanni Materassi)

Édité en DVD  par Artus Films depuis le 3 mars 2015

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