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Pendant quelques mois, les nouvelles concernant Kim Ki-Duk ne laissaient guère de place à l’optimisme. Profondément marqué par l’accident stupide de son actrice principale qui échappa de peu à la strangulation sur le tournage de Dream en 2008, le cinéaste sud-coréen avait décidé de se retirer du monde cinématographique et de se consacrer exclusivement à la méditation et à la peinture. Réalisateur autodidacte issu d’un milieu modeste, Kim Ki-Duk commence une brillante carrière en 1996 avec le déjà très controversé Crocodile. Suivront ensuite quatorze films en douze années qui façonneront une filmographie solide atteignant des sommets (L’Île, Locataires, Adresse inconnue…) à peine entachée par quelques réussites mineures (L’Arc, Time ou The Coast Guard). D’où l’inquiétude des fans à l’annonce de son probable retrait. Certes inégal dans ses œuvres mais profondément doué, le cinéaste propose des long-métrages mettant en scène de façon violente les inutiles tentatives de survie des exclus de la société post-fasciste sud-coréenne. Après trois longues années de silence, Kim Ki-Duk revint enfin en 2011 à la réalisation avec Arirang, Amen puis Pieta, lion d’Or du festival de Venise 2012. Réunion improbable entre deux êtres torturés, ce long-métrage est un conte féroce imposant aux spectateurs ébahis, dans un premier temps, une multitude de scènes chocs d’une cruauté absolue avant un basculement vers une parfaite histoire d’amour incestueuse d’un calme salutaire.

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Kang-do est un usurier sans scrupule qui n’hésite pas à mutiler ses clients, afin que l’indemnisation de l’assurance rembourse les taux d’intérêts exorbitants qu’il impose. Un jour, une femme prétendant être sa mère frappe à sa porte. Se sentant coupable d’avoir abandonné son enfant et de l’avoir laissé grandir sans amour, elle observe, voire se rend complice des exactions de son fils. Ce dernier, au moyen d’actes violents, se laisse finalement convaincre et l’accepte comme sa mère. En même temps qu’une certaine complicité s’installe entre eux, Kang-do doit faire face à ses propres exactions pour retrouver sa mère qui se fait croire piégée. Œuvre forte et brutale, Pieta marque une scission dans la filmographie du cinéaste. En effet, si l’on retrouve, parsemées tout au long du récit, les obsessions du maître (et notamment l’idée même de la rédemption, pivot principal de la première partie de son œuvre), ce film choc marque de façon évidente une rupture et un renouvellement salutaire dans le fond mais également dans la forme. Ainsi, les scènes parfaitement élaborées et photographiées qui magnifiaient les précédentes réalisations de Kim Ki-Duk, laissent place, dans Pieta, aux images âpres et à une mise en scène hésitante proche d’un style documentaire. Mais, au delà de ses nombreuses qualités, Pieta est surtout une réflexion sur l’œuvre passée, présente et future de Kim Ki-Duk.

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Dès la première scène où un handicapé moteur place une chaîne autour de son cou puis décide de se pendre, la référence à l’accident de l’actrice Lee Na-Young sur Dream est évidente. Après cette scène inaugurale forte, la première partie du film qui suit le quotidien de Kang-do, si l’on excepte la modification de la forme précédemment évoquée, ressemble indubitablement aux précédents opus du cinéaste par la mise en scène des corps mutilés, le sacrifice des marginaux de la société sud-coréenne ainsi que la violence des actes et des paroles.Mais, dans la deuxième partie du film, soit dès l’acceptation de la présence de sa prétendue mère par l’usurier, Pieta bascule dans une relation mère/fils certes incestueuse mais incroyablement apaisante et rarement vue dans toute l’œuvre du cinéaste. Une accalmie avant la tempête montrant une évolution certaine et souhaitée qui inciterait à la curiosité devant les prochaines réalisation du natif de Bonghwa. Mais attention ! Si Pieta annonce de manière frappante la renaissance de Kim Ki-Duk, la dernière partie du film, vengeance cruelle et ambiguë entraînant une rédemption des plus féroces, annonce de façon contradictoire une issue incertaine sur la continuité de cette œuvre et poserait plutôt une inquiétude.Surgit alors dans l’esprit des spectateurs une interrogation sur la poursuite de la carrière d’un des réalisateurs les plus attractifs du cinéma mondial.

Fabrice Simon

Sorti au cinéma le 10 avril.

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