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Dans l’intéressante discussion entre critiques australiens, disponible dans les bonus DVD et Blu-ray de Razorback (1984), que vient d’éditer Carlotta, on entend dire que « le style l’emporte sur le fond ». Plusieurs d’entre eux encensent le cinéaste Russell Mulcahy, qui signait ici son deuxième long-métrage après Derek and Clive Get the Horn en 1979, comme étant le grand pourvoyeur de clips de Duran Duran, mais aussi d’Elton John et, ponctuellement, des Stranglers, de Paul McCartney, de Rod Stewart, des Rolling Stones et de Billy Joel.

 

 

Plus connu chez nous pour ses deux Highlander (1986 et 1991), Mulcahy se révèle effectivement avec Razorback comme un grand styliste. Certains de ses plans sont magnifiques, comme lorsque le héros se réfugie au sommet d’une éolienne ou lorsqu’il se retrouve sous un ciel rouge ou dans un désert blanc. Citons encore ces squelettes animaux qui se confondent avec ceux des dinosaures ou de bestioles fantasmagoriques.

 

 

Adapté d’un roman de Peter Brennan par Everett De Roche, le scénario somme toute classique fonctionne toujours. Une bête effrayante et gigantesque est traquée par un homme qui lui doit sa déchéance : un sanglier du nom de Razorback. Ce pourrait être une baleine blanche, un requin ou un bison, l’enjeu est à chaque fois le même mais l’équivalent du capitaine Achab, ici le vieux chasseur incarné par Bill Kerr, ne sera pas le pivot central du film. Au contraire, Mulcahy et son scénariste le remplacent par un jeune blanc bec débarqué de New York (Gregory Harrison) et qui ne connaît rien à l’outback, ce désert australien qui servit de titre — conjointement à Wake in Fright — à ce formidable film de Ted Kotcheff de 1971 dans lequel on voyait les Australiens chasser les kangourous en les éblouissant à l’aide de phares. Ici, le système est également utilisé par deux demeurés (Chris Haywood et David Argue), détestables à souhait et dignes des films rednecks américains.

 

 

Harrison, donc, se retrouve bombardé héros sans qu’il le veuille puisqu’il débarque dans ce coin paumé d’Australie à la recherche de sa femme, une journaliste militante pour le droit des animaux (Judy Morris). Il est, tout au long du film, très maladroit, cible de moqueries et de maltraitances, godiche aussi avec la jolie chercheuse (Arkie Whiteley) qu’il croise sur sa route.

 

 

Comme le soulignent les critiques australiens dans le bonus, Razorback renvoie aussi à l’histoire de Lindy Chamberlain, dont la fille disparut en 1980 alors que la famille campait à Uluru, ce fantastique inselberg du désert australien. La mère accusa un dingo, chien errant sauvage, ce que le tribunal nia au départ avant de reconnaître les parents innocents trente ans plus tard. Fred Schepisi tira de ce drame Un cri dans la nuit en 1988, avec Meryl Streep. Dans Razorback, personne ne croit Bill Kerr quand il affirme l’existence d’un sanglier géant tueur d’enfants.

 

 

Si le film contient un certain nombre d’éléments de référence américains, à commencer bien sûr par Moby Dick mais avec également les personnages des deux tarés tapis dans leur mine, Razorback possède un supplément d’âme australien qui lui donne un charme supplémentaire.

Jean-Charles Lemeunier

Razorback
Année : 1984
Origine : Australie
Réal. : Russell Mulcahy
Scén. : Everett De Roche d’après le roman de Peter Brennan
Photo : Dean Semler
Musique : Iva Davies
Montage : William M. Anderson
Durée : 95 min
Avec Gregory Harrison, Arkie Whiteley, Bill Kerr, Chris Haywood, David Argue…

Sortie en DVD et édition collector Blu-ray Steelbook par Carlotta Films le 10 juillet 2019.

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