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En matière de femmes, dans sa chanson L’ancêtre, Brassens en réclamait « qui fument, crénom de nom ». Quand il s’agit de chats, les cinéphiles ne peuvent que lui faire écho. Un chat, oui d’accord, mais un qui fume, crénom de nom ! Oui, qui fume, crénom de nom ! Lorsque vous tiendrez entre vos mains le beau coffret d’À la recherche du plaisir, le film de Silvio Amadio que Le Chat qui fume vient d’éditer, vous ne pourrez qu’acquiescer. Ce thriller y est présent en DVD et Blu-ray avec de nombreux bonus et le CD de la musique de Teo Usuelli.

Quand il réalise en 1972 Alla ricerca del piacere, connu aussi sous le titre d’Amuck, Silvio Amadio a déjà derrière lui une petite carrière de scénariste et cinéaste, qui l’a mené essentiellement du péplum aux comédies et thrillers érotiques, via la case obligée du western spaghetti. Si l’on ne devait retenir que seulement quelques œuvres, À la recherche du plaisir serait en bonne place avec peut-être Peccati di gioventù (1975, Si douce si perverse, qu’il ne faut pas confondre avec le Si douces si perverses d’Umberto Lenzi, tourné en 1969) et La minorenne ou ses deux participations à la série de La lycéenne, autant de sujets plus ou moins polissons et interprétés par la belle Gloria Guida.

 

 

Quand ce n’est pas la Guida, c’est Barbara Bouchet, Rosalba Neri, Dagmar Lassander ou Rosemarie Dexter qui peuplent la filmographie de Silvio Amadio. On l’aura compris, le gaillard adore travailler avec les jolies filles, d’autant plus qu’elles attirent les spectateurs dans les salles. À la recherche du plaisir ne fait pas défaut à cette règle puisque Barbara Bouchet et Rosalba Neri se disputent les honneurs du générique. Auxquelles s’ajoutent quelques belles inconnues elles aussi dénudées. Bon, on vous aura prévenus, le film est un thriller érotique qui contient donc son lot de séquences assez faciles qui ne reposent que sur la beauté des corps dévoilés. Mais on aurait tort de ne le cantonner qu’à cela.

 

 

Première bonne raison, c’est que le premier rôle masculin est tenu par l’acteur américain Farley Granger. Entendre ce dernier parler de « meurtre parfait », c’est comme voir l’un des deux protagonistes de La corde de Hitchcock reprendre son récit là où il l’avait laissé vingt-quatre ans avant. Granger a vieilli mais son personnage semble tout aussi machiavélique. Comme s’il avait conservé les mêmes pulsions. C’est souvent là la grande force des gialli : embaucher des vedettes américaines sur le déclin et profiter de leur aura mythique. Granger ne fait pas ici défaut à cette règle. Se combine à cela une autre image de l’acteur véhiculée en sous-main : on le sait homosexuel dans la vraie vie et condamné au cinéma à interpréter des rôles un peu veules. Tel celui qu’il joue, toujours devant la caméra de Hitchcock, dans L’inconnu du Nord-Express, film qui commence par une séquence où l’on suit des chaussures entrant dans un train. Laquelle s’achève par un mec faisant du pied à un autre. Si dans L’inconnu, les rapports entre Granger et son acolyte Robert Walker sont plus que troubles, l’acteur traîne avec lui cette dimension crypto-gay qui, dans À la recherche du plaisir, lui colle encore comme un costume rétréci. L’homosexualité, mais féminine cette fois, est d’ailleurs au cœur du récit.

Face à Granger et dans un décor vénitien très photogénique, le film bénéficie de deux atouts féminins de choix. Barbara Bouchet, la blonde Américano-Germano-Italienne, a déjà été admirée dans l’autre sortie DVD du mois du Chat qui fume, La longue nuit de l’exorcisme – nous en avons parlé ici même il y a peu. Dans À la recherche du plaisir, elle est également en quête (il n’y a pas que le plaisir dans la vie) de son amie disparue. Celle-ci était secrétaire de l’écrivain Farley Granger, aussi Barbara a-t-elle réussi à se faire embaucher pour la remplacer. Barbara prend des risques, se fourre dans des situations compliquées et parfois inextricables en faisant un peu n’importe quoi, plonge allègrement et tête la première dans des pièges et, histoire de ne pas oublier qu’on regarde un film italien des années soixante-dix, se déshabille dès qu’elle en a l’occasion.

 

 

Quant à la brune Italienne Rosalba Neri, si son nom ne dit plus grand chose aujourd’hui, les spectateurs de l’époque n’ont certes pas pu oublier sa participation au film de Fernando Di Leo La bestia uccide a sangue freddo (1971, La clinique sanglante, exploité aussi sous le titre douteux des Insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock). Et pourquoi n’ont-ils pu le faire ? Parce que la Neri s’y masturbait d’une façon vraiment très explicite – allez, on dit que les gros plans n’étaient pas pris sur elle. Dans le rôle de l’épouse de Farley Granger, Rosalba joue l’ambiguïté en se montrant traîtreusement amicale.

C’est souvent le cas chez les cinéastes italiens de cette époque : ils réfléchissent sur ce qu’est leur métier. Dans une séquence de partouze bourgeoise, l’assistance regarde une version érotique du Petit Chaperon rouge, mal filmée, peu excitante, avec une fille grassouillette en capeline rouge qui passe son temps à trémousser ses fesses celluliteuses pour fuir devant le Grand Méchant Loup. Dans le salon, les spectateurs n’en perdent pas une miette, la bave aux lèvres. Comme si Amadio nous disait : petits veinards, moi je vous livre un vrai scénario, un vrai film bien photographié par Aldo Giordani, avec une belle musique de Teo Usuelli et des nanas sacrément plus jolies que ce Petit Chaperon.

Ne nous emballons pas pour autant. Amadio n’est pas un premier de la classe du Centro sperimentale di cinematrografia. De Thésée et le Minotaure aux Révoltés de l’Albatros et de Pour mille dollars par jour à ses lycéennes qui se dessalent, Silvio a surfé tant bien que mal sur toutes les modes, de la toge au costume de pirate et du stetson à l’érotisme. Il n’empêche : il connaît son métier et a forcément un point de vue dessus.

 

 

Tout au long d’À la recherche du plaisir, on ne peut que reconnaître des qualités à la tension que développe Amadio dans sa mise en scène. Que ce soit dans la scène de la cave ou dans celle de la lagune, la maîtrise du cinéaste est certaine. Ne cherchons pas dans ce genre de films une psychologie très développée. Parfois, les réactions des personnages sont étranges mais c’est ainsi que le genre va ! Vers la fin, alors que nous pensons avoir compris les tenants et aboutissants de l’histoire et alors que la pauvre Barbara Bouchet vient d’échapper à la mort dans une séquence spectaculaire de sables mouvants, tout soudain bascule et l’on ne fait plus, le temps de quelques plans, la part des choses entre la réalité et ce qui a pu être fantasmé. Puis l’explication arrive, délivrée par Farley Granger, et là encore nous ne sommes plus très sûrs de ce qui est vrai ou faux. Là dessus, Amadio qui s’amuse avec nos nerfs change de cap et passe du thriller aux codes du giallo pur et dur avec l’apparition d’une arme blanche et d’une main mystérieuse qui, la tenant, commet un meurtre. Jusqu’au bout, le spectateur va ainsi être baladé pour son plus grand plaisir. Lui qui, comme les héros du film, est aussi à la recherche de celui-ci.

Ajoutons pour conclure la richesse habituelle des bonus proposés par Le Chat qui fume : interviews de Rosalba Neri et Barbara Bouchet, du fils du cinéaste, Stefano Amadio, du critique Philippe Chouvel et du programmateur de la Cinémathèque française, Jean-François Rauger. De la belle ouvrage, comme on disait autrefois !

Jean-Charles Lemeunier

À la recherche du plaisir
Année : 1972
Titre original : Alla ricerca del piacere
Réal. et scén. : Silvio Amadio
Photo : Aldo Giordani
Musique : Teo Usuelli
Montage : Antonio Siciliano
Prod. : Italo Zingarelli
Durée : 100 min
Avec Farley Granger, Barbara Bouchet, Rosalba Neri, Umberto Raho, Nino Segurini…

Film sorti en combo DVD/Blu-ray/CD par Le Chat qui fume le 15 juin 2017.

 


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