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Résistance
est un de ces films inédits au cinoche, balancé dans l’indifférence générale dans les bacs à solde des direct to DVD. Dans le cas présent (bon, dans quelques autres aussi, mais pas des masses), c’est une injustice. Ce long-métrage est l’une des œuvres qu’enfantèrent Mad Max et sa première suite. Qu’il y en eu du bis et du nanar aussi cheap qu’incontournable pour nos sympatoches amateurs de cinéma déviant ! Bin là, non, la chose ne relève en rien de cette éphémère sous-catégorie.

Réalisée en 1992 (1), cette production australienne particulièrement chiadée au niveau du cadre et de la photo (elle est tournée en format Panavision) est dotée d’un scénario signé d’un sibyllin The Macau Collective, ce dernier mot étant d’importance lorsque l’on regarde ce film coréalisé par Paul Elliott qui, s’il ne s’agit pas d’une homonymie, s’avère un opérateur caméra et directeur-photo turbinant depuis le milieu des années 80. Il est ainsi au générique de films bis (Armés pour répondre, The Tomb…), de néo séries B parfois goresques (comme Vendredi 13 n°7), mais aussi de productions plus familiales (genre My Girl), voire prestigieuses (Les Soldats de l’espérance), sans parler de son taf sur X séries TV (des Contes de la crypte à House of Cards). L’autre coréalisateur a un pedigree beaucoup moins long mais carrément plus intriguant : il s’agit de Hugh Keays-Byrne, Toecutter, le chef taré des motards en roues libres de Mad Max (et interprète du phénoménal Immortan Joe dans Fury Road). Bien connu en Australie pour sa conséquente carrière télévisuelle et théâtrale, cet acteur d’origine indienne est apparu dans moult films dont quelques-uns ont laissés de bons souvenirs aux cinéphages, tels Réactions en chaîne, Le Pays où rêvent les fourmis vertes et Le Sang des héros (toujours scandaleusement inédit en DVD zone 2). Non content de cosigner Résistance, il aurait largement participé au scénario et s’attribue un magnifique second rôle, antithèse de celui qu’il eut chez George Miller, comme vous le constaterez plus loin, fans avides. Le reste de la distribution nous est inconnu, tout juste remarque-t-on l’acteur jouant un membre des Forces Spéciales présentes ici : Vincent Gil, « l’aigle de la route » dans Mad Max.

Lorsque ce dernier et sa suite sortent sur les grands écrans, le cinéma australien est depuis le milieu des 70’s bien plus qu’en plein regain, mais en pleine renaissance (2), boosté par un nouveau gouvernement qui pratique l’inverse des précédents : aider et financer la production nationale plutôt que de vouloir soumettre et marginaliser les nouvelles têtes. Cela donnera, écrit grossièrement, deux types d’œuvres : celles qui feront le tour des festivals, celle qui feront le tour des salles de quartiers et des scores maousse en vidéoclubs. La fiesta dure une quinzaine d’années. Lorsque le projet Résistance aboutit, le cinéma australien n’a plus la même verve, entre les redites, la diminution des financements, l’expatriation vers Hollywood de nombres cinéastes importants… Mais foin que tout cela, dont la sérieuse autopsie demanderait un livre (3), passons à cet autre exemple de cinéma des grands espaces.

Le premier plan cadre nocturnement un bout de périphérique avec en fond les silhouettes de modernes gratte-ciels d’un quartier d’affaires. Il est suivit d’un entremêlement d’images dans un bus qui achemine on ne sait trop où une cohorte de militaires tout de bleus sapés et d’extraits de journaux TV auxquels on aura brièvement droit à plusieurs reprises au long de l’histoire : de toute évidence, le pays va à vau-l’eau, puisque les présentateurs-troncs causent surendettement, panique économique, grèves violentes, émeutes féroces, d’une armée épaulant la police, de multiplications d’actes terroristes, d’état d’urgence et de proposition de Loi martiale. Le tout évidemment illustré, dans un ensemble qui augure d’une société moribonde tentant un sursaut fascisant. Il est permis de penser à ce stade aux premières heures d’une société voisine à celle de Les Fils de l’homme ainsi qu’à l’intro du bien bis Les Traqués de l’an 2000. (4) Le film s’attache ensuite à décrire une hétéroclite communauté plus ou moins provisoire implantée dans la plaine d’Ithaca, faite de terres rases comme de gigantesques champs de cultures céréalières. Il y a là une station-service, une cafétéria, une sorte de snack-bar monté à la sauvage, quelques maisons délabrées, un campement frisant le bidonville et des habitations de torchis d’aborigènes agrégés à une population constituée d’une poignée de résidants, de marginaux fuyant les pollutions citadines, d’employés aux commerces du coin, de salariés d’une minoterie proche et de travailleurs agricoles.

D’emblée, on remarque le nombre conséquent de femmes dans cette humanité. Tout le métrage va confirmer ces primordiales présences : qu’il s’agisse de saisonnières débarquant en convoi de véhicules usés mais solides chargés comme des tanks en transhumance, d’employées diverses ou de natives curieuses, les femmes, de tous âges, supplantent largement les hommes. Ce sont surtout elles qui vont d’abord réagir aux événements prochains. Hormis celui d’Hugh Keays-Byrne, incarnant un sympathique gros ours fabriquant un alambic et traumatisé par d’anciennes tortures policières datant d’un passé activiste, tous les rôles importants sont accordés à des actrices, occasionnant de nombreux beaux portraits de femmes, rares catalogue de caractères féminins. Ce sont elles qui s’insurgent les premières lorsqu’une trouvaille gouvernementale pour maintenir une économie défaillante à moindre coût fait que l’embauche de saisonniers est drastiquement revue à la baisse au « profit » de l’emploi de prisonniers d’une ferme pénitentiaire des environs. Les réactions houleuses coïncident avec l’arrivée du bus vu en début de film. Le bled est quasiment bouclé, avec un barrage filtrant tenu par des hommes en armes peu amènes bientôt relégués au rang de rigolos par l’arrivée d’un commando des Forces Spéciales doté d’un étonnant véhicule blindé, sorte de gros scarabée aux roues aussi hautes qu’un homme. Le ton monte. Viennent les premiers heurts et une escalade dans les événements qui aboutit à un assassinat ciblé alors qu’est promulguée la Loi martiale. C’est l’insurrection, l’amorce d’une guérilla longtemps au net désavantage de civils subissant une répression aveugle. Dans un camp comme dans l’autre, la violence va primer, la Loi ne plus être qu’une notion obsolète.

Cette guerre d’Hitaca Plains symbolise ce qui ce passe partout sur le continent. Un pays (et probablement le monde) s’effondre, implose via l’aube d’une guerre civile vue par le petit bout de la lorgnette, version campagnarde des catastrophes débutant dans les villes. Lorsque cette petite guerre s’achève, la société que ses protagonistes ont connue n’a plus longtemps à vivre. Quelques survivants restent sur place, parce que c’est leur coin, croyant peut-être encore à une amélioration. Les autres s’organisent et redeviennent nomades. Au final plus contemplatif que spectaculaire, se retenant d’une overdose d’action pour marquer d’autant plus lorsqu’elle surgit, Résistance est une œuvre aussi humaniste que pessimiste tendant à une illustration plausible (comme le premier George Miller) d’un proche futur évidemment non souhaitable. Le dernier plan, celui au crépuscule d’une route traversant une plaine avec au loin des sommets montagneux, évoque fortement la conclusion de Mad Max, l’ouverture du second et la toute fin de Terminator. On s’attend presque à voir surgir la Jeep décapotée d’une Sarah Connor accompagnée de son chien, regardant au loin approcher la Grande Tempête.

Laurent Hellebé

 

(1) Et non pas en 1997, comme votre serviteur y fit allusion dans la première version du texte sur Mad Max qui ouvrait l’essai Tirs groupés en 2006. La fiche IMDB marque le film en 1994 et 1997, probablement les dates de sorties cinéma puis DVD aux USA

(2) Voir les films de cette période chroniqués dans la rubrique Roots du blog versusien, tels L’Attaque des fourgons blindés, Backclash, Le Châtiment de la pierre magique

(3) Mais vous pouvez trouver ici et là, chez des soldeurs et via le net, le très bon Le cinéma australien, édité par le Centre Georges Pompidou en 1991, et voir le documentaire de Mark Hartley, No Quite Hollywood, disponible en DVD chez MK2

(4) Une production anglo-australienne de chez Hemdale, la boîte de John Daly et David Hemmings, dans laquelle jouait Roger Ward, le supérieur de Max dans Mad Max, et réalisée par Brian Trenchard-Smith, par ailleurs remercié au générique de Résistance

RESISTANCE
Réalisateur : Hugh Keays-Byrne & Paul Elliott
Scénario : Macau Collective
Interprètes : Lorna Leslie, Jennifer Claire, Bob Noble, Hugh Keays-Byrne, Mirabai Peart, Helen Jones…
Photo : Sally Bongers
Montage : Stewart Young
Bande originale : Davood A. Tabrizi
Origine : Australie
Durée : 1h52
Sortie : 4 avril 1997

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