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Depuis son enfance, Jessica est hantée par des rêves récurrents dans lesquels elle est poursuivie par une mystérieuse créature à tête de cheval. Suite au décès de sa grand-mère maternelle, elle est contrainte de retourner dans la maison familiale. Après une nuit cauchemardesque, Jessica tombe malade et reste clouée au lit par une forte fièvre. Elle décide alors d’essayer de prendre le contrôle de ses cauchemars.

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Première réalisation de Romain Basset,  Horsehead est bien loin du simple film de genre à la française, du simple film d’horreur hexagonal que certains ont pu y voir. Certes, placé sous l’égide et l’influence de cinéastes connus et reconnus dans le long métrage d’épouvante tels Dario Argento, Mario Bava ou Lucio Fulci, sous ses dehors de film gothique « à la Hammer » Horsehead est avant tout une ballade onirique et mortuaire dans la psyché d’une héroïne semblant tout droit sortie de Suspiria ou de Profondo Rosso . Mêlant des hommages au peintre Johann Heinrich Füssli  mais également à des cinéastes comme  Lynch, Cocteau, Cronenberg et bien d’autres dont le poids aurait pu être insurmontable, développant habilement une intrigue empreint de surréalisme où les relations maternelles sont pointés du doigt et les relations paternelles quasi-absentes, Horsehead est un film ambitieux, porté par des décors sublimes et une interprétation remarquable. Bref, une fois n’est pas coutume, une tentative réussie de cinéma fantastique made in France qui méritait bien une interview de son trentenaire de réalisateur, Romain Basset.

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Versus :  quel est votre parcours avant la réalisation de ce film ?

Avant ce film j’ai réalisé plusieurs courts métrages en parallèle de mes études scientifiques. Je suis ingénieur géologue de formation. Au moment de rédiger ma thèse, j’attaquais mon premier scenario de long et il fallait choisir quel manuscrit finirait par voir le jour. J’ai choisi le cinéma.

Comment avait vous réussi a convaincre des producteurs de produire Horsehead ?

Convaincre des producteurs est finalement l’ultime étape de l’aventure Horsehead. C’est drôle… Nous avions commencé en indépendant total, avec de l’argent perso, celui des copains suffisamment fous pour nous suivre et le crowdfunding. Mais un an après une première session de tournage et malgré un promoreel qui enthousiasmait beaucoup de monde le film commençait à sombrer dans les limbes. C’est à ce moment que j’ai fait la rencontre d’Arnaud Grunberg de Starfix Productions qui a été séduit par nos images et le défi dément que représentait le projet. Sans eux le film n’aurait sans doute jamais pu voir le jour.

D’où provient l’idée du film ?

Elle provient du tableau Le Cauchemar de Füssli qui m’a toujours obsédé. Cette toile a pris un sens particulier lorsque j’ai su qu’elle représentait une situation de paralysie du sommeil. J’étais moi-même affecté par ces troubles à l’époque. De même, l’étymologie du titre de la toile signifie La Jument de la Nuit (1) . J’ai ensuite voulu écarter les rideaux pourpres du tableau pour m’intéresser à cette créature et à son symbolisme. Dans mon esprit le fameux cheval blafard de la toile n’est pas un simple cheval, un animal, mais plutôt une créature mythologique malfaisante, comme un centaure inversé. Et le symbolisme de la jument dans les rêves est également passionnant…

Pourquoi produire, pour sa première réalisation, un film d’horreur ?

A mon avis Horsehead n’est pas tout à fait un film d’horreur. J’ai du mal avec les appellations de façon générale. En tant que gros consommateur de films d’horreur calibrés, je connais bien les codes et le cahier des charges. Alors que je n’ai jamais pensé mon film dans ces termes. J’aime l’horreur essentiellement pour son pouvoir visuel. Parce que la métaphore induite par ce genre spécifique remet le médium cinéma à sa place : l’image est reine. C’est cette richesse que j’ai voulu conserver avec Horsehead : la force visuelle du cinéma d’horreur, pas sa narration ou cette recherche impérative du suspense ou de l’effet. Je voulais faire un film sincère et excessivement personnel, symboliste, avec des images fortes, travailler un climat poétique et macabre, pas faire peur au public à tout prix ou lui donner une efficacité de divertissement. L’idée était de partager une certaine sensibilité de cinéma, et d’essayer de créer un écho avec celle du spectateur. De faire résonner tous ces symboles et cette imagerie en lui pour qu’il vive le voyage proposé comme un trip personnel, qu’il s’interroge, et surtout pas qu’il suive un film avec un mode d’emploi. Je tenais vraiment à impliquer le spectateur à un niveau personnel, sans utiliser les codes habituels de l’immersion (finalement) passive.

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Quels ont été vos influences sur Horsehead ?

Pour rejoindre la question précédente, mes influences sont multiples. Forcément le cinéma d’horreur italien avec lequel j’ai grandi et j’ai appris à apprécier un cadre travaillé ou la photographie explicite d’un film, la beauté poétique et sexuée d’un meurtre bien filmé. Le cinéma gothique de la Hammer également pour son climat et sa façon de créer une densité dans l’image. Atmosphère gothique chargée, couleurs saturées du développement Technicolor, esthétisation du grotesque. Je suis un fan absolu de Dr. Jekyll & Sister Hyde de Roy Ward Baker, pour moi le meilleur artisan de cette vague. Mais au delà de ces références visibles je dirais que le film est entièrement sous influences plus ou moins digérées, qu’elles soient cinématographiques ( Le Testament d’Orphée de Cocteau bien sûr, le cinéma de la chair de Cronenberg, le minimalisme surpuissant de l’expressionnisme allemand, l’onirisme du surréalisme) ou picturales ( Füssli de manière générale et le dark romantisme, Les Juments de Gustave Moreau, les compositions en clair obscur de De La Tour ), ou encore sonores ( les adult themes for voice de Mike Patton ), voire autre ( Le Musée des Arts Forains )… La plupart ne sont pas volontaires mais constituent plutôt je pense le résultat inconscient des chemins de traverse empruntés par mon esprit pendant l’écriture du film et les réflexions qui l’ont accompagnée. Je ne crois pas au degré zéro de la création.

Quand on voit l’affiche et le rouge des rideaux plus l’aspect onirique de la tête de cheval, on pense également à David Lynch que vous ne citez pas. L’auteur de Twin Peaks n’est pas (in)consciemment une référence ?

Citer Lynch me semble particulièrement prétentieux et j’essaye d’éviter. Comme pour Cocteau d’ailleurs dont je ne parle qu’à partir du moment où on me lance explicitement sur la référence. Donc oui, évidemment pour Lynch. Le velours dense de ces rideaux pourpres c’est l’onirisme de Lost Highway bien avant la référence baroque au lit à baldaquins…

Ce film n’est pas un Giallo mais on pense beaucoup a Argento par les rouges satures et l’héroïne livrée a elle seule et en conflit avec les générations précédentes.

Tout à fait d’accord avec la référence thématique des héroïnes à la Argento !

Voyez-vous les relations maternelles comme un poids dont il faut s’affranchir ?

Le poids des relations maternelles dont il faut s’affranchir c’est LE thème du film. Follow the wolf, par exemple, n’est pas une référence directe à Neil Jordan que j’adore mais plutôt  une référence à la louve romaine, capitoline, symbole de la maternité, que l’héroïne doit suivre pour trouver la vérité, la clef dans son ventre…

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D’un autre cote il y a pas non plus de relations paternelles !

Le père est le grand absent. Un point d’interrogation. Toute l’histoire ne tourne qu’autour de la psychologie et la généalogie féminine. C’est dans ce sens que je voulais diaboliser la figure paternelle, tout ce qu’il en reste c’est le souvenir enfantin, par conséquent transformé et perverti, que Jessica a de son grand père démoniaque. Le grand père ( et sa voix étrange ) ne sont que le souvenir grotesque qui a imprimé la mémoire de Jessica quand elle était enfant…
Est-ce que tourner en anglais vous semblait une évidence ?

Tourner en anglais était une vraie volonté pour plusieurs raisons. Pour prolonger l’atmosphère gothique britannique générale que nous recherchions, mais également pour avoir des dialogues plus concis, plus péchus. Je trouve le français dans les films de genre trop verbeux et tourner en français aurait juré avec l’atmosphère recherchée. Je trouve que la langue place le spectateur dans un certain climat, la langue participe au voyage que propose le film.

L’idée de prendre Philippe Nahon pour jouer un prêtre est vraiment excellente. Comment celle-ci s’est imposée a vous ?

Je trouvais que ça avait du sens de jouer sur le contraste du personnage infâme qu’il a incarné dans ses rôles les plus mémorables chez Noé. Et lui faire enfiler la soutane et lui faire déclamer un texte plein de remords, je voyais ça comme une sorte d’exorcisme ou de confession sur ces rôles de salauds qui l’ont rendu célèbre. Ça me faisait marrer. J’adore Philippe. C’est un type humainement exceptionnel…

Nahon en prêtre confesseur, un femme seins nus crucifiée,…vous avez quelque chose contre la religion ?

La religion est selon moi le plus significatif exemple du paradoxe humain : entre grandeur absolue et bêtise innée. Elle lui permet de bâtir des cathédrales ou de s’entre-détruire. Pour l’un comme pour l’autre, l’homme n’a jamais eu besoin d’autre chose que d’un prétexte -aussi convaincant soit-il – pour se mettre au travail et la religion constitue l’excuse parfaite.

Avez-vous en tête votre prochain projet ?

J’ en ai plusieurs en tête ! Je recherche actuellement mes prochains producteurs, en espérant que Horsehead va m’y aider…

(1) Le Cauchemar en anglais se dit  The Nightmare d’où the mare of the night, La jument de la nuit.

Propos recueilli par Fabrice Simon

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