Home

Ça y est. Les emballages des papillotes ont rejoint la poubelle, les cadeaux sont rangés et le traîneau du père Noël est parti en révision dans l’attente de prochaines réjouissances. On va donc pouvoir repasser aux choses sérieuses : fini les rennes et autres petits lutins, les conifères, leurs guirlandes et leurs boules, voici quelques films qui ne participent pas, loin de là, à l’esprit de Noël. Préparons-nous donc à entrer, avec la collection “Sexploitation” de Bach Films, dans le sein des seins.

Signé par un vieux routier du film sexy, R.L. Frost (ou Lee Frost ou Elov Peterssons ou Les Emerson ou Carl Borch ou F.C. Perl ou Leoni Valentino), Hot Spur (1968, L’éperon brûlant) creuse un peu plus le sillon du western érotique, créé une dizaine d’années plus tôt par Peter Perry Jr/Bethel Buckalew, sur un scénario d’Ed Wood Jr (Revenge of the Virgins, 1959, avec sa tribu d’Indiennes topless, disponible également chez Bach Films sous le titre La revanche des vierges) et Russ Meyer (Wild Gals of the Naked West, 1962, et ses cowgirls à fortes poitrines). Cette même année 1968, sortira également Brand of Shame de Byron Mabe, autre fleuron du genre. Il semble que cet Éperon brûlant ait été le premier sexy western à être projeté en France.

La bonne idée de Bach Films est de mettre sur le marché quelques films mythiques d’exploitation. Les histoires officielles du cinéma ne s’intéressent hélas qu’aux grands studios. Elles racontent même que le fameux Code Hays qui interdisait de montrer à l’écran la drogue, la prostitution (en tout cas, il ne fallait pas que les personnages principaux soient drogués ou prostitués), le sexe, les seins, les organes génitaux ou même un couple dans le même lit a cessé au milieu des années soixante. Selon ces mêmes histoires officielles, le premier film dans lequel une actrice s’est montrée seins nus est The Pawnbroker (1964, Le prêteur sur gages) de Sidney Lumet.

Or, alors que sévissait le code de censure, plusieurs petits malins le contournaient allègrement. Ils n’étaient pas produits par les grands studios mais par des indépendants, ne passaient pas par la censure et se proclamaient même éducatifs. L’un des plus célèbres du genre est Child Bride (1938, Harry Revier), dans lequel un fermier des Ozarks se marie avec une gamine de 12 ans… Coutume locale paraît-il. Fillette mais malgré tout femme mariée, l’héroïne se baignait longuement nue dans un lac et son institutrice libérale, qui combattait les mariages avec des enfants, était attachée et fouettée. Citons encore, dans la même veine, Lash of the Penitentes (1936, du même Revier) où, là encore, une femme est fouettée, seins nus, face à la caméra, et quelques films de Dwain Esper (Maniac en 1934, Marihuana en 1936, How to Undress in Front of Your Husband, 1937, ou Sex Madness, 1938), autant de films dans lesquels les spectateurs pouvaient se réjouir de l’apparition d’actrices dévêtues, malgré les foudres de la censure.

Tout cela nous amène à Russ Meyer, qui commence à sévir dès la fin des années cinquante. Ces films d’exploitation, qui attiraient à l’époque de leur sortie tous ceux qui étaient fatigués des histoires moralisatrices des grands studios et les petits lubriques qui espéraient voir des filles à poil, continuent aujourd’hui à intéresser, en DVD, ces gros pervers que sont… les cinéphiles, toujours heureux de tomber sur un filon ignoré de la plupart des livres d’histoire du 7e art.
L’exploitation a pris bien des noms : sexploitation si le principal sujet du film est le sexe ; blaxploitation quand les acteurs sont en grandes majorité black ; nunsploitation si les héroïnes évoluent dans un couvent ; nazisploitation si ces mêmes héroïnes subissent les dépravations des SS ; WIP (pour Women in Prison) si les personnages féminins se retrouvent emprisonnées dans quelques geôles malsaines asiatiques, sud-américaines ou, pourquoi pas, américaines.

Récemment, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont remis au goût du jour les films d’exploitation sous la dénomination Grindhouse, un terme qui désignaient tout à la fois les salles qui projetaient ce type de produits (souvent des drive-in) mais aussi les films eux-mêmes. Planète terreur (2007, Robert Rodriguez) et Boulevard de la mort (2007, Quentin tarantino) rendent hommage aux films d’exploitation, suivis par Run Bitch Run (2009, Joseph Guzman), Machete (2010, Robert Rodriguez et Ethan Maniquis) et Nude Nuns With Big Guns (2010, Joseph Guzman).

Revenons à cet Éperon brûlant qui démarre sur les chapeaux de roue avec le viol d’une serveuse mexicaine par deux cowboys machos et brutaux, sous l’œil d’un pauvre peon qui ressemble à Mouloudji, époque Disparus de Saint-Agil. Il est joué par Joseph Mascolo, future star du petit écran (Amour, gloire et beauté, Santa Barbara, Des jours et des vies, etc.) qui, curieusement, sur son site internet, ne mentionne pas du tout sa participation à Hot Spur.
Mouloudji Jr parvient à se faire embaucher dans le ranch où travaillent les deux pistoleros salauds. Le patron, c’est James Arena à la tout aussi sale gueule. Il est marié à Susan Gordon, blonde gironde et ancienne prostituée qui a, depuis, accédé au rang de la grande bourgeoisie ranchère. Tout le monde, dans le ranch, à l’exception d’un cowboy un peu plus sympathique, méprise le pauvre Mexicain. Alors, me direz-vous, et le sexe, dans tout ça ? Outre le viol du début, on assiste à une séquence d’orgie entre les mêmes cowboys et quelques accortes barmaids qui ne portent rien sur elles hormis leurs tuniques, rapidement ôtées. Et puis, nous avons ce petit Mouloudji, obsédé par des images récurrentes : celles du viol de sa sœur, tous seins dehors, par James Arena et ses sbires. Alors, pour se venger, le jeune homme ravira sa ravissante patronne, lui fera subir les derniers outrages, et attendra patiemment, les armes à la main, l’objet de sa vengeance : les violeurs de sa sœur.

Hot Spur souffre vraisemblablement, outre le manque de moyens, de sa version française, la seule hélas disponible (ainsi que pour les autres titres de la collection). Bien que son jeune et sombre héros ne prononce pas énormément de mots, Frost parvient néanmoins à le faire exister devant sa caméra, à le rendre attendrissant. Antiraciste et antimachiste, par sa brutalité et son voyeurisme, assez nouveaux à l’époque, L’éperon brûlant mérite largement qu’on s’intéresse à sa vision.

Ce qui n’est pas forcément le cas de l’autre western, plutôt pseudo-western, proposé dans cette collection des films d’exploitation. Signées (sous le nom de Col. Robert Freeman) et produites par le célébrissime David F. Friedman (qui signait aussi Col. David Friedman et fut l’un des promoteurs du genre, baptisé le monarque de l’exploitation), Les chevauchées amoureuses de Zorro (1972) sont un démarquage assez lourdingue et bon enfant des aventures du justicier masqué. Pas la peine de faire un gigantesque effort de mémoire : tout le monde a bien en tête la série télévisée de Disney avec Don Diego et le sergent Garcia. Dans ces Chevauchées amoureuses, Don Diego est toujours là, surjouant l’efféminé quand il porte le nom de Vega et pourfendant ses ennemis sitôt qu’il enfile son costume noir. Et, parmi les militaires qu’il combat, se trouve un certain sergent Latio (interprété par Bob Cresse, par ailleurs scénariste du film, également scénariste et producteur de L’éperon brûlant), tout aussi benêt que son homologue Garcia.

Alors, qu’a-t-il de si extraordinaire, ce freluquet de Don Diego (parce que Douglas Frey, qui l’incarne, n’a rien du héros viril auquel on s’attend) ? Et bien il emballe les nanas, des prostituées madrilènes aux jeunes filles comme il faut de Californie, en passant par la tante de sa promise. Ah, pour chevaucher, il chevauche, et pas seulement Tornado. Malheureusement, tout cela est filmé mollement, les gags sont navrants et l’érotisme pas très excitant. Par contre, les amateurs de séries Z trouveront toujours du plaisir à se mettre sous la dent ce croustillant nanar qui ne se prend jamais au sérieux.

Avec le beaucoup plus intéressant Exponerad (1971, La possédée), film suédois réalisé par le Finlandais Gustav Wiklund, nous abordons le film d’exploitation scandinave, un univers mal connu chez nous et que l’on commence à découvrir grâce à Bach Films et aux films que l’éditeur propose : trois avec Christina Lindberg (La possédée, Anita et Libre-échanges) et deux signés Marc Ahlberg (Flossie et Bel-Ami), lequel a également, sous le nom de Mac Ahlberg, signé la photo de Re-Animator (1985) de Stuart Gordon.

C’est donc la troublante Christina Lindberg qui se trouve au cœur de cet étrange Exponerad. Une Christina Lindberg que l’on aimerait bien retrouver, si Bach Films parvenait à mettre la main sur la copie, dans le mythique Thriller – en grym film (1974, de Bo Arne Vibenius), dans lequel elle se balade avec un flingue à la main et un bandeau sur l’œil. Ça vous rappelle vaguement une silhouette croisée ailleurs ? Souvenez-vous de Darryl Hannah dans le Kill Bill de Tarantino.

Troublante, Christina (ou Cristina ou Kristina, selon les génériques) l’est : elle est belle mais garde constamment un visage hermétiquement fermé. Elle ne sourit jamais et semble subir tout ce qui lui arrive, bonheur et malheur. Et des malheurs, la pauvre petite en connaît, elle qui a rencontré un photographe maquereau (Heinz Hopf) qui, non content de prendre des clichés d’elle nue dans toutes les positions, la livre au premier venu au cours de soirées orgiaques.

Exponerad raconte la fuite de la jeune femme : elle rencontre d’abord un couple de naturistes puis est rejointe par son amoureux (Björn Adelly). Tout est filmé premier degré, y compris les nombreux phantasmes de Christina. Comme Susannah York dans Images de Robert Altman, sorti l’année suivante, Christina, toujours imperturbable, peut s’imaginer violée par le conducteur qui l’a prise en stop, précipitée dans le vide par une femme ou victime d’un accident de la circulation. D’où la frustration qui naît à la fin du film : on pense que l’aventure est née dans l’imagination de Christina mais le film s’arrête sur un plan rapidement coupé. En fouinant un peu, on apprend qu’il existe deux films en un : la version originale suédoise, beaucoup plus longue, qui montre que la fin n’est qu’un phantasme de plus. Et la version française distribuée par Alpha France (celle que nous présente Bach Films), qui a raccourci plusieurs séquences et largement modifié le finale de l’œuvre. C’est d’ailleurs Francis Mischkind, fondateur d’Alpha France et aujourd’hui producteur de Blue One, qui, dans les bonus de la collection, dit quelques mots sur chacun des films.

Jean-Charles Lemeunier

Films sortis en DVD depuis août 2011

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s