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Considéré comme un auteur culte par une génération d’aficionados du cinéma de genre, Takashi Miike est sans conteste l’un des réalisateurs les plus prolifiques au monde, capable de mettre en boîte trois ou quatre films par an depuis le début des années 2000. À ce rythme, évidemment, la qualité intrinsèque de sa production est variable. Remarqué en Europe suite à Audition en 1999 (sorte de Liaison fatale en beaucoup plus trash) et Visitor Q (2001) où il revisite le Théorème de Pasolini, Miike s’impose véritablement auprès des fans avec Ichi the Killer, adaptation gore du manga éponyme, où sa virtuosité technique impressionne. Un peu oublié ces derniers temps malgré quelques fulgurances, malheureusement sorties directement en DVD comme Crows Zero ou Sukiyaki Western Django (tous deux réalisés en 2007), Miike reçoit une consécration et une reconnaissance inattendues en 2011 lorsqu’il est sélectionné en compétition officielle à Cannes pour Hara-kiri : mort d’un samouraï, remake du film tourné en 1962. Mais Hara-kiri n’est pas la première immersion de Miike dans le film de samouraï.

Réparons d’emblée une injustice : 13 assassins (2010), autre incursion du cinéaste japonais dans le chambara, n’a pas bénéficié en France d’une sortie méritée au cinéma. D’une puissance narrative et visuelle impressionnante, ce remake du film d’Eiichi Kudo datant de 1963, malgré la qualité exceptionnelle du Blu-ray qui sort le 20 mars chez Seven Sept, aurait en effet gagné à être projeté sur grand écran. Ce long-métrage raconte la mise en place puis le déroulement d’une bataille légendaire. Un haut dignitaire du shogunat Tokugawa recrute treize samouraïs en vue d’assassiner un shogun du clan Akashi, devenu violeur et meurtrier incontrôlable. Le but de ces samouraïs (qui doivent lutter à 13 contre 300 !), ne sera atteint que s’ils arrivent à organiser leur guet-apens dans un endroit propice. Débute alors ce qui s’apparente à une mission suicide.

Pour qui connaît l’œuvre du cinéaste japonais, la première partie de 13 assassins a de quoi agréablement surprendre. À quelques scènes trash près (en permanence induites par les conséquences des crimes du shogun, remarquablement interprété et habité par Goro Inagaki), la première heure du film met en place, de façon brillante mais classique, la construction du complot. Prenant le temps d’installer le climat inhérent à ce genre de long-métrage à la façon des grands maîtres japonais que sont Akira Kurosawa (on pense aux Sept samouraïs, bien évidemment) ou Kenji Mizoguchi (il faut voir impérativement Les 47 ronins sur une trame quasi-identique), Takashi Miike étonne par la force narrative qui imbibe cette partie. Maîtrisant parfaitement le cadre et l’image, bénéficiant d’une photographie digne des plus grands esthètes du cinéma asiatique, l’auteur d’Audition élabore une intrigue au premier abord brouillonne, mais qu’il parvient finalement à rendre limpide et dont l’apogée (une balade bucolique de quelques assassins dans la forêt pour se rendre au point de ralliement) rappelle le grand Kurosawa de La Forteresse cachée.

Dans la deuxième partie du film, parfait contrepoint à la première, on retrouve l’habileté technique qui fait souvent la force, et parfois la faiblesse, de ce boulimique de la pellicule. Lancé dans une bataille homérique, pleine de bris et de fureur où les adversaires semblent plus près du millier d’hommes que de la centaine, les treize rebelles emploient leur force et leur ruse à hacher menu tout ce qui se présente sous leur lame. Retrouvant l’excès de ces précédents films dans une bataille magnifiquement chorégraphiée et royalement découpée (malgré le nombre impressionnant de figurants) qui dure près de trois quarts d’heure, Miike réalise le mix fantasmé entre Les Sept samouraïs et La Horde sauvage. Créant un nouveau genre que l’on pourrait appeler chambara crépusculaire (comme l’a créé avant lui, pour le western, le « maître Peckinpah »), The Great Takashi conçoit avec 13 Assassins une œuvre forte et prenante, bref : un chef-d’œuvre. Ce portrait d’un groupe d’hommes oscillant entre honneur et violence, parfaits antihéros de ce Japon féodal constitue une mise en bouche parfaite avant Hara-kiri : mort d’un samouraï dont la sortie DVD est annoncée sous peu, grande œuvre qui confirme la stature prise par l’ancien spécialiste du cinéma de genre.

« 13 assassins » est sorti le 20 mars chez Seven Sept, en DVD et en Blu-ray.

 Fabrice Simon

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