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Il y a eu, dans la représentation au cinéma du second conflit mondial, plusieurs étapes importantes. Le chagrin et la pitié (1969) de Marcel Ophuls a mis la collaboration sur le devant de la scène, brisant la dichotomie “gentils Français résistants contre méchants Allemands nazis”. La même année, Les Damnés de Visconti sexualise la guerre et l’on n’oubliera pas de sitôt Helmut Berger chantant dans un cabaret nazi à la manière de Marlene Dietrich. On retrouve dans Portier de nuit (1974) deux des interprètes de Visconti, Charlotte Rampling et Dirk Bogarde. Là encore, le propos est sexualisé et Liliana Cavani va encore plus loin. Puisque l’image de Marlene Dietrich dans L’ange bleu a été pervertie par Visconti et ses Damnés (alors que Dietrich avait quitté l’Allemagne pour fuir les nazis), tout se passe comme si, à présent, Marlene donnait son tour de chant seins nus, entourée de croix gammées.
C’est une des images les plus connues de Portier de nuit : coiffée d’une casquette d’officier SS, le buste nu strié de deux bretelles, la belle Charlotte chante pour un parterre vert-de-gris, accompagné à l’accordéon par un musicien caché sous un masque blanc.
On sait les polémiques qui ont accompagné la sortie du film, celui-ci étant même retiré de l’affiche dans certains pays : la victime des camps d’extermination était tombée amoureuse de son bourreau et, quelques années après la débâcle nazie, le retrouvant par hasard dans un hôtel viennois sous le nouvel uniforme d’un portier de nuit, retombait dans ses bras et retraversait cette ligne indéfinissable qui sépare la haine de la passion.

Sur un rythme lent, l’histoire est ponctuée de flashbacks du temps de la guerre, avant de basculer dans un huis clos étouffant, les deux amants devenant la cible des anciens copains de jeu de Bogarde. Trente-cinq ans après, le malaise subsiste grâce à l’interprétation. Formidable dans l’ambiguïté, Dirk Bogarde montre une suavité malsaine, une douceur sadique très troublante d’autant plus qu’il passe de l’odieux au pathétique. Quant à la toute jeune Charlotte Rampling, elle incarne avec beaucoup de talent une victime qui peut basculer dans la cruauté (voir la scène de la salle de bains où elle brise un flacon pour que Bogarde se blesse le pied). Leopold von Sacher-Masoch n’est pas loin mais il faudra attendre quelques années encore, en 1980 exactement, pour que le troisième (et moins connu) des frères Taviani, Franco Brogi Taviani, porte à l’écran la vie de celui qui a inspiré le mot masochisme.
Dans les bonus, outre l’intéressante interview de la Cavani, on pourra voir le documentaire que la réalisatrice a tourné sur les femmes dans la Résistance, un sujet qui l’a inspirée pour écrire avec Italo Moscati le scénario de Portier de nuit.

Jean-Charles Lemeunier

> Film sorti en DVD chez Wild Side le 25 octobre 2011.

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