Home

Ce n’est pas la première fois que le cinéma s’empare de cet artefact de plaisir charnel qu’est la « poupée gonflable » : Love Object – film américain fascinant mais bancal – date de 2004, soit deux ans plus tard que son homologue français Monique, trop potache pour convaincre malgré le génial Albert Dupontel dans le rôle principal.
Mis en scène par Hirokazu Kore-Eda (réalisateur japonais qui a ses amateurs au sein de VERSUS, et responsable de Nobody Knows, After Life, Still Walking, Distance, etc.) Air Doll témoigne tout autant de la récente mode des sextoys et autres gadgets sexuels en plastique que de la misère sexuelle et affective contemporaine. Les premières scènes sont d’ailleurs révélatrices de cette substitution qui s’opère chez certains hommes : un quadragénaire mal dans sa peau a pour compagne une poupée gonflable avec qui il partage son quotidien. Il lui parle, mange avec elle, lui fait prendre son bain. Et bien sûr, lui fait l’amour chaque soir. Kore-Eda n’élude d’ailleurs pas cette dimension érotique alors que la plupart des films préfèrent ne pas dévoiler ce coït si dérangeant aux yeux des spectateurs. Ici, on voit cet homme s’exciter comme un diable sur sa compagne de plastique, puis nettoyer le vagin artificiel usagé. Troublantes sans être choquantes, ces séquences laissent craindre au spectateur un métrage misérabiliste et voyeuriste, exposant le pathétisme de cet homme malheureux, humilié dans son travail, et renfermé sur lui. Fort heureusement (quoique…) le réalisateur change d’optique et adopte le point de vue de cette poupée qui prend vie au contact de la pluie lors d’une très jolie scène de transformation : le métrage suivra donc cette poupée qui va apprendre et développer des sentiments humains au contact des autres.

Difficile pourtant d’apprécier le film de Kore-Eda : si certaines scènes sont émouvantes, si la maîtrise formelle du cinéaste est évidente, ce portait d’un « être de caoutchouc » à la recherche de son identité et son rapport à l’humanité est des plus exaspérants et pénibles pour le spectateur. Cette quête existentielle d’une poupée gonflable aurait pu être sympathique et rafraîchissante, mais c’est l’ennui qui s’installe progressivement dans ce métrage de plus de deux heures (pas sûr que le film aurait évité cet écueil en étant raccourci cependant). D’autant plus que Kore-Eda n’est pas avare en symbolisme excessif et quelque peu maladroit par endroits, même si pertinent au demeurant : toute cette allégorie autour de l’ouverture/déchirure à son bras par exemple, qui revient trop souvent, lasse alors que l’idée était en soi intéressante. Quelques touches d’humour sont alors les bienvenues, notamment la scène avec cette dame qui a des varices aux jambes. Il me semble pourtant que je suis l’un des seuls à avoir ri franchement lors de la projection-presse… Petit moment de solitude lors d’une projection où la somnolence et la lassitude ont évincé toutes les émotions que l’on recherche au cinéma.

Air Doll constitue donc un film naïf (ce qui n’est pas un reproche) et ennuyant (là par contre c’en est un !), parfois drôle et touchant, et qui n’est pas sans rappeler – au moins dans sa tonalité et son approche – le très controversé Je suis un cyborg de Park Chan-wook. Une chose est sûre, ce n’est pas ce métrage dont la tagline pourrait être « Sartre chez les poupées gonflables » qui va me réconcilier avec le philosophe français. Replongez-vous plutôt dans l’œuvre de Mamoru Oshii, dont Ghost in the Shell reste sur le sujet une référence incontournable et indémodable.

Fabien Le Duigou

> Film sorti en salles le 16 juin 2010

> Lire aussi notre chronique cannoise dans VERSUS n° 16.



Bookmark and Share
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s