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Film policier appartenant au genre du giallo, Torso, qui sort en Blu-ray chez Carlotta, comporte son lot de nudités féminines et de meurtres sanglants. Son auteur, Sergio Martino, l’explique dans l’un des suppléments : « On exploitait la nudité et la mort parfois gratuitement. »

Donc, effectivement, on trouve dans le film beaucoup de seins à l’air et du sang mais c’est bien à cela que l’on reconnaît un bon giallo. Ce qu’est Torso. Le film s’intitule en italien I corpi presentano tracce di violenza carnale (1973), qui signifie « Les corps présentent des traces de violences charnelles ». Ce que réfute d’ailleurs Martino qui rappelle que ce titre n’est pas le sien et qu’il est même un contresens.

Angela Covello, Carla Brait et Tina Aumont

L’action se déroule à Pérouse, très belle ville d’Ombrie dont Martino sait utiliser l’esthétique. Comme dans tout bon giallo qui se respecte, un tueur va commettre une série de meurtres, au couteau mais aussi par étranglement avec un foulard. On ne verra à chaque fois que ses mains gantées mais aussi son visage recouvert d’un masque qui le rend aussi terrifiant que le diabolique héros de Halloween, tourné cinq ans plus tard par John Carpenter. Ce qui ferait d’ailleurs de Torso l’un des premiers slashers. Et comme, à cette époque, beaucoup de cinéastes font référence à Hitchcock, on trouvera ici une allusion à Spellbound.

Roberto Bisacco, John Richardson, Carla Brait, Suzy Kendall et Tina Aumont

Après une rapide ouverture montrant des filles nues, le film s’intéresse à la conférence d’un enseignant en histoire de l’art (John Richardson) sur Le Pérugin et sur les questions de hasard et de nécessité. À propos du Saint Sébastien peint par l’artiste, le professeur insiste sur la fusion entre la douleur et l’extase. Tout ceci n’est bien sûr pas innocent, Sergio Martino proposant dès le départ des questions philosophiques et artistiques qui ne pourront être comprises qu’à la toute fin.

Dans Torso, les morts violentes sont liées au libertinage des victimes. Martino pose d’ailleurs sur la jeunesse un regard critique, la montrant se droguant et se livrant au sexe en public, comme dans la séquence du squat. À la différence de Fernando Di Leo qui, dans Avoir 20 ans (1978), ne condamne pas la liberté de mœurs mais ceux qu’elle offusque. Là où Martino excelle, c’est dans les séquences criminelles, toutes porteuses de tension, que l’action se passe dans la nuit près de ruines, dans une forêt marécageuse ou dans une maison, lorsque l’héroïne (Suzy Kendall), enfermée dans une chambre, tente de pousser la clef et de la faire tomber sur un journal glissé sous la porte.

Suzy Kendall

Martino est également expert à perdre le spectateur, qui joue au détective pour connaître l’identité du meurtrier et qui se met à douter de nombreux personnages. Il expérimente, nous sert d’entrée des crimes sanglants, des énucléations pour jouer ensuite avec le hors champ. On ne voit plus les morts mais on devine l’assassin découpant les corps.

Est-on en droit de replacer un tel scénario, dû à Martino lui-même et à l’habile Ernesto Gastaldi, dans le contexte politique de l’époque ? En 1973, l’Italie connaît une série d’attentats venant majoritairement de l’extrême droite — à Milan, Brescia, Bologne et dans plusieurs trains — et, également, de la gauche non parlementaire — quelques attaques aveugles et, surtout, des cibles ponctuelles et symboliques, tel Aldo Moro — et traverse ce que l’on a appelé les années de plomb. Cette insécurité se traduit dans Torso par des meurtres gratuits arrivant en ville et en campagne et l’on se dit que l’inquiétude qui gagne les protagonistes du film devait être partagée par l’ensemble des spectateurs, une inquiétude qui se prolongeait lorsqu’ils avaient quitté la salle.

Jean-Charles Lemeunier

Torso
Année : 1973
Titre original : I corpi presentano tracce di violenza carnale
Origine : Italie
Réalisateur : Sergio Martino
Scénariste : Ernesto Gastaldi et Sergio Martino
Photo : Giancarlo Ferrando
Musique : Guido et Maurizio De Angelis
Producteur : Carlo Ponti
Durée : 89 minutes
Avec : Suzy Kendall, Luc Merenda, Tina Aumont, John Richardson, Roberto Bisacco, Carla Brait…

Sortie en Blu-ray et 4K Ultra HD par Carlotta Films le 17 mars 2026.

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