La Vie d’après est un curieux film qui ne semble pas savoir où il va ni quel sujet véritablement choisir. Ce que confirmait d’ailleurs un de ses auteurs, Olivier Lamour, venu à Lyon pour le présenter, en compagnie de François Hollande. Et autant dire que cette rencontre apprit à ceux qui y ont assisté beaucoup plus de choses que le film.
À l’origine de ce documentaire, la journaliste Béatrice Vallaeys désirait interroger François Hollande sur ses activités depuis son départ de l’Élysée. Que fait-on après, quand on a quitté la présidence de la République ? Vaste sujet. La caméra suit donc François Hollande, d’une séance de dédicace d’un livre à une campagne électorale, en passant par la période du Covid.

Or, Béatrice Vallaeys meurt en juillet 2022, avant la fin du tournage — ce qui amène un véritable coup de tonnerre scénaristique dans un film qui manquait de ligne directrice — et l’équipe se retrouve désemparée.
« Ce film a été souhaité par Béatrice Vallaeys, expliquait François Hollande, qui est venue en 2019 voir la vie d’un ancien président. Il aurait dû être tourné en un an ou deux, mais le tournage a duré plus que cela, interrompu par la période du Covid. Il s’est terminé avec la mort de Béatrice Vallaeys. Olivier, qui avait filmé la totalité des épisodes, a repris le montage avec le fils de Béatrice, Félix Stefanaggi. C’était un film de Béatrice Vallaeys avec Béatrice Vallaeys, où je n’étais qu’un figurant ! » Et il ajoute, avec un sourire : « Il faut que Macron regarde le film pour savoir ce qu’il va faire après. »
Pour revenir au projet du film, Olivier Lamour témoigne de son désarroi après la mort de la journaliste : « Nous avions une juxtaposition de moments qui n’amenaient nulle part. Nous avons dérushé avec Félix Stefanaggi et la monteuse, pour se rendre compte que Béatrice était présente dans beaucoup de séquences. C’était un personnage ! »
Il ajoute : « J’aime quand il ne se passe rien. Mon premier court-métrage s’appelait Il ne se passe rien à Palavas-les-Flots. Dans le projet du film, il y avait un début : le passage de l’Élysée. Avant, vous êtes président et puis tout s’arrête. Ce passage, peu d’hommes le vivent. Nous avions la possibilité d’accompagner ce moment. Béatrice parlait d’une traversée du désert et évoque même, devant le président, le désert des Tartares. Ce genre de film n’a jamais été fait. »

François Hollande remarque : « Un homme politique est toujours en campagne pour conquérir le pouvoir. Quand on y est, et même après, on reste en campagne pour défendre ses idées. J’ai accepté l’idée du film et je me disais que le micro aurait pu me trahir. Il faut toujours faire attention, toute parole est interprétée. »
Sur le sujet-même du documentaire, il convient : « La vie d’après ne peut pas être la même que la vie d’avant. Les convictions sont les mêmes mais les gens qui vont me rencontrer me regardent différemment, à travers l’expérience que j’ai eue. Ils viennent voir un ancien président pour poser des questions relatives à la fonction exercée. On a été modifié par la fonction ! »
Il remarque encore que sa plus grande frustration, une fois au poste de président, a été de « ne pas être en lien avec les citoyens ». « Quand j’étais maire ou député, j’allais sur les marchés. Là, ce n’était plus possible. En France, la fonction présidentielle crée cet éloignement. L’Élysée reçoit énormément de lettres critiques. J’ai demandé qu’on en choisisse quelques-unes et j’ai invité à l’Élysée ceux qui les avaient écrites. Mais ils étaient impressionnés par le cadre et la relation n’a jamais été simple et franche. »
Bien qu’il ait été déçu par certains aspects du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça… , François Hollande n’a jamais voulu, « comme d’autres », sélectionner la presse. « Aujourd’hui, les réseaux sociaux changent tout. Macron communique davantage avec eux et c’est Obama qui avait commencé à le faire. Mais c’est fondamental qu’on laisse la presse faire son travail. Le pouvoir n’est pas votre propriété, il va s’arrêter. C’est cela, la démocratie et il est très important de se souvenir qu’il y a un terme. On constate que le monde ne s’écroule pas après votre départ. »

Pris par d’autres engagements tenant sans doute à la campagne des élections municipales françaises, l’ancien chef de l’État dut quitter la conférence, tandis qu’Olivier Lamour restait. On en profita pour l’interroger sur François Hollande.
« C’est un personnage très chaleureux, accessible, très disert, très drôle qui a le sens de la répartie et est accessible. Il est surtout indéstabilisable. »
On le voit en effet dans le film, sur un marché, affronter un homme qui se déclare à gauche et critique l’ensemble de la politique menée par Hollande. Lui ne bronche pas, écoute et répond calmement et courtoisement.
Olivier Lamour poursuit son portrait : « François Hollande a beaucoup de mémoire. Il a quelque chose de secret, je dirais de mitterrandien » D’où, sans doute, l’affiche de La Vie d’après qui montre Hollande de dos, un labrador noir à ses pieds.
Le film n’a pour l’instant pas de date de sortie officielle mais Olivier Lamour et François Hollande vont le présenter là où on le demande. « L’idée, conclut le réalisateur, est d’accompagner le film et la vie de cet objet étrange. »
Jean-Charles Lemeunier
Le film n’a pas de date connue de sortie en salles.
