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En voilà un qui ne cesse de bouger et qui est le héros de L’Histoire du soldat, un film d’animation réalisé en 1984 par R.O. Blechman et jusqu’à présent inédit en salles. Il sort donc ce 9 avril, distribué par Malavida.

Avant que l’histoire ne débute, Blechman prend soin de la situer dans son contexte historique. « La Grande Guerre avait englouti toutes les vieilles valeurs et, à la place, ce n’était pas un centre mais un vide à emplir de nouvelles formes d’art. »

L’animateur nous présente le compositeur Igor Stravinsky, déraciné par la révolution russe et qui a trouvé refuge au bord du lac Léman. Son avenir, précise-t-il, est incertain. Stravinsky pense qu’il pourrait rejoindre sa patrie grâce à la musique. Il reprend un vieux conte russe et, avec l’aide de l’écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz, il écrit l’histoire de ce soldat qui rentre chez lui après la guerre.

© Malavida Films

Vertov — c’est le nom que lui a donné Blechman, qui fait penser au pionnier du cinéma russe, Dziga Vertov — part donc une première fois des champs de bataille pour rentrer chez lui et se marier.

Pour raconter ce premier parcours, Blechman utilise un dessin simple qui, parfois, se transforme en abstraction au point de ressembler aux œuvres des artistes contemporains de Stravinsky et Ramuz : Mondrian, Malevitch, Paul Klee, Kandinsky… Il utilise également des photographies ou reprend des thèmes cinématographiques : images perforées des pellicules ou séquences rappelant des films. Ainsi, les ouvriers fabriquant les vinyles pourraient sortir des Temps modernes de Chaplin et le couple de mariés qui se retrouve perché au sommet d’une pièce montée, démultiplié sur chaque rangée du gâteau, est digne des comédies musicales américaines à la Busby Berkeley.

© Malavida Films

Tout heureux de rentrer chez lui, jouant de la musique, le soldat rencontre un inconnu qui désire lui acheter son violon. Il s’agit évidemment du Diable qui lui propose en échange un livre prédisant l’avenir. Le Diable montre au soldat un futur très riche, fait d’actions qui grimpent en bourse et de télex annonciateurs de profits.

Blechman présente ici une critique du capitalisme, tout en gardant en mémoire que, derrière la rencontre du Diable dans la steppe russe, se profilent sans doute aussi les ombres de Lénine et Staline.

© Malavida Films

On l’a déjà précisé, le soldat ne cesse de partir : de chez le Diable, de son village puis, enfin, du château où il se retrouvera. Est-ce là une nouvelle fois un parallèle avec la vie de Stravinsky ? Après son départ de Saint-Petersbourg, le compositeur a vécu à Paris, à Rome et en Suisse. Il ne retournera en Russie qu’en 1962, alors qu’il est devenu citoyen américain.

On s’en doute, si cette Histoire du soldat ne peut que plaire aux enfants, le film est aussi destiné à un public adulte, grâce à toutes ses références historiques et artistiques. À noter que, dans la version originale, les voix sont celles du cinéaste serbe Dušan Makavejev (le soldat), de l’acteur suédois Max von Sydow (le Diable) et d’André Gregory (le narrateur), que l’on connaît surtout pour sa participation au film de Louis Malle My Dinner with André (1981). Dans la v.f., on reconnaîtra encore plus facilement Henri Salvador (le soldat), Serge Gainsbourg (le Diable) et François Périer (le narrateur).

Jean-Charles Lemeunier

Sortie en salles par Malavida Films le 9 avril 2025.

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