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Il y a chez Clint Eastwood, dont on salue la sortie de son nouveau film « Le cas Richard Jewell », une veine humaniste qui avait trouvé son point d’orgue dans « Impitoyable » (1992), « Un monde parfait » (1993) ou « Million Dollar Baby » (2004). Et que l’on retrouve ici, intacte, magnifiée non seulement par l’interprétation de Paul Walter Hauser mais aussi par celle de ses comparses : Kathy Bates, Sam Rockwell, Olivia Wilde et Jon Hamm.

L’ironie dont Eastwood dose systématiquement ses récits est ici une nouvelle fois présente. Et à travers l’histoire de Richard Jewell, un homme qui, ayant découvert une bombe dans un parc, est devenu un héros avant d’être soupçonné par le FBI — et l’ensemble de la population — d’être l’instigateur de l’attentat, le cinéaste ne nous parlerait-il pas d’aujourd’hui ? Lui qui a incarné un journaliste décrié par tous qui parvenait à sauver la vie d’un condamné (Jugé coupable) attaque ici, par le biais de la presse à sensation, les réseaux sociaux qui dégainent plus vite que leur ombre, d’autant plus si la nouvelle est fausse ou invérifiée. Ou bien nous dit-il simplement que la nocivité humaine a toujours trouvé le moyen de s’exprimer, par les on-dit, la presse ou Internet.

 

 

De même, Richard Jewell pourrait être l’alter ego d’Eastwood, à quelques détails près. Certes, le héros du Cas Richard Jewell (Paul Walter Hauser) est jeune, obèse et bas de plafond alors que le cinéaste est âgé, svelte et intelligent. Mais tous deux sont Républicains et Hollywood a pas mal reproché à Clint ses convictions politiques. Alors, du haut de son mètre 93 et de ses 90 balais, le grand cinéaste règle quelques comptes. Oui, on peut être Républicain, aimer les armes à feu (c’est le cas de Jewell), être passablement con et profondément honnête et mériter que l’on s’intéresse à soi.

 

 

Tout au long du film, Eastwood prend ainsi le contrepied des règles de bienséance. On accroche son émotion à un mec qui, au premier plan, ne présente que peu d’intérêt, on se passionne pour ce qui lui arrive et on bascule dans son camp. Face à lui, une journaliste bien pimpante (Olivia Wilde), qui picole et ne crache pas sur une partie de jambes en l’air — ce qui, à Hollywood, est généralement bien vu — va en fait se placer dans le mauvais camp. Quant à l’avocat (Sam Rockwell), il est présenté d’emblée comme un gueulard mal embouché, un raté et il passe la moitié du film à se balader en bermuda, ce qui n’ajoute pas grand chose à sa crédibilité déjà pas mal écorchée.

 

 

Tous ces anti-héros, à une époque qui glorifie les super-héros, sont portés aux sommets par un cinéaste qui croit davantage aux valeurs humaines qu’aux effets spéciaux. Et dont le classicisme sage n’est finalement qu’un vernis qui craque de toutes parts avec le traitement des différents personnages. Non seulement Le cas Richard Jewell est un excellent film mais l’on est heureux d’apprendre qu’au bout de 65 ans de carrière, dont bientôt cinquante à mettre en scène, Clint Eastwood s’intéresse toujours au monde qui l’entoure et à ceux qui le peuplent, cherchant de plus en plus au cœur de ses scénarios — puisque American Sniper, Sully, Le 15h17 pour Paris, La mule et Richard Jewell sont tirés d’histoires vraies — une sincérité que la fiction, à force d’épuiser les stocks Marvel et DC Comics, parvient de moins en moins à approcher.

Jean-Charles Lemeunier

Le cas Richard Jewell
Titre original : Richard Jewell
Origine : États-Unis
Réal. : Clint Eastwood
Scén. : Billy Ray d’après Marie Brenner, Kent Alexander et Kevin Salwen
Photo : Yves Bélanger
Musique : Arturo Sandoval
Montage : Joel Cox
Prod. : Jennifer Davisson, Leonardo DiCaprio, Clint Eastwood, Jonah Hill, Jessica Meier, Kevin Misher, Tim Moore
Durée : 129 min
Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm, Olivia Wilde, Ian Gomez…

Sortie le 19 février 2020.

 

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