On ne peut pas dire qu’il soit très futé Jean Chevalin, interprété par Benoît Poelvoorde dans le film de Pascal Elbé, La Bonne Étoile, qu’UGC sort en DVD. En tout cas très éloigné de Nostradamus lui qui, sous les premiers tirs d’obus de 1939, prédit : « On va leur foutre une branlée, aux Boches ! »
L’avenir lui prouvera vite que non et ce paysan plutôt fainéant et déserteur va alors trouver une idée qu’il juge excellente : il s’est rendu compte que des Juifs étaient accueillis dans un château, alors que lui, sa femme (Audrey Lamy) et son fils (Louis Lagorce Douce-Doussière) n’ont quasiment plus rien à se mettre sous la dent. « Si, pour mettre ma famille à l’abri et bouffer à ma faim, déclare-t-il, il faut devenir juif, je deviens juif ! »

Voilà donc la famille Chevalin qui, grâce à de faux papiers, devient Chevalovitch et va se plonger direct dans l’enfer de l’Occupation. Certes, de La Grande Vadrouille à Papy fait de la Résistance, la guerre a déjà été le sujet de comédies. Et d’ailleurs, le personnage tenu par Poelvoorde peut être rapproché de ceux qu’interprétait Bourvil : un type naïf mais finalement au grand cœur et dont le film va prouver l’humanité. La nouveauté chez Pascal Elbé, c’est que jamais il ne ridiculise l’ennemi. Et s’il montre finalement peu les nazis, il met au premier plan l’ignominie des collabos, passeurs, délateurs ou membres de la Gestapo française. Dans le rôle d’un de ces odieux personnages, David Talbot excelle et la scène où il gifle Zabou Breitman est très forte. Comme dans une version plus légère du Chagrin et la Pitié.

Car tout n’est pas que comédie dans La Bonne Étoile, bien au contraire. Pascal Elbé sait ménager humour et tension, drame et relâchement et nous offre de belles séquences originales, telle celle du shabbat. Ou filme encore le courage ordinaire, à l’image de cette jeune fille juive, refusée dans un restaurant où elle a l’habitude d’aller, et qui s’insurge : « Pourquoi vous acceptez ça ?, demande-t-elle au patron. On a toujours le choix ! »
Alors oui, on rit des bévues de Chevalin/Chevalovitch, de son manque de connaissance de la religion à laquelle il prétend appartenir, mais on retient son souffle lors des séquences dramatiques de la rafle ou du passage en zone libre. Le thème de la culpabilité s’ajoute au scénario. À cause de Chevalin, le personnage de coiffeur juif joué par Pascal Elbé lui-même a perdu tout contact avec son jeune fils. Ce sentiment de culpabilité, Elbé nous montre qu’il devait être partagé par tous les non-Juifs qui constataient le drame vécu par leurs concitoyens sans pouvoir faire grand chose.

La Bonne Étoile — et l’on ne peut qu’apprécier le jeu de mot puisqu’en s’accrochant volontairement l’étoile jaune, Chevalin va trouver sa bonne étoile qui le transformera — nous fait traverser avec ses héros les affres de l’Occupation jusqu’à un moment où le film bascule. On ne sait que penser de sa conclusion assez étrange, dont comprend le symbolisme — elle se place sous le signe de la solidarité — mais sur laquelle se pose des questions. Est-elle rêvée ? Se déroule-t-elle après une longue ellipse ? À chaque spectateur, sans doute, de l’interpréter à sa façon.
Jean-Charles Lemeunier
La Bonne Étoile
Année : 2025
Origine : France
Réal., scén. : Pascal Elbé
Photo : Gilles Henry
Musique : Romain Allender, Valentin Couineau
Montage : Virginie Bruant
Durée : 102 min
Avec Benoît Poelvoorde, Audrey Lamy, Zabou Breitman, Pascal Elbé, Louis Lagorce Douce-Doussière, Jeanne Rosa, Hugo Becker, Philippe Uchan, Patrick Ligardes, David Talbot, Stephan Wojtowicz…
Sortie par UGC en DVD le 12 mars 2026, en VOD le 18 mars 2026.